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L’assignation communautaire et identitaire ou la fabrique de l’ennemi intérieur ?

« Or donc, comme il suffit à un corps débile d’un petit choc survenu du dehors pour tomber malade, que parfois même le désordre s’y manifeste sans cause extérieure, pareillement n’est-il pas vrai qu’une cité, dans une situation analogue, est atteinte par le mal et se déchire elle-même pour un futile prétexte, l’un et l’autre des partis ayant demandé secours à un Etat oligarchique ou démocratique ? et parfois la discorde n’y éclate-t-elle pas, même sans intervention étrangère ? »

Platon, La République.

Quel terrible constat lorsque des flux de populations sont stigmatisées par le terme immigrés, réfugiés, et  que cette désignation prend son acception la plus péjorative (dérapages des élus FN, Républicains, PS, les assimilant à des terroristes, des voleurs de poules, des violeurs) lorsque cela touche les pauvres déshérités forcés à l’exil à cause de guerres (Syrie, Irak) et de bouleversements climatiques (Sahel, Bengladesh) ; et que d’autres flux, populations privilégiées bénéficiant des accords de Schengen, peuvent voyager et s’installer sans problème où bon leur semble.

Il est courant de nos jours de dénoncer le communautarisme en Europe, alors que le Contrat social fondé sur le citoyen et l’individu, a toujours été privilégié, et que le séparatisme social et la discrimination orchestrée d’en haut n’est jamais remise en cause (Eric Maurin, Le ghetto français, enquête sur le séparatisme social, éd. Seuil).

Mais étrangement, tous ceux qui réfléchissent sur les éléments qui ont permis de banaliser ce phénomène, comme une constatation ou une résignation ; qui en réalité cache une tout autre réalité historique, politique, et sociale ; sont soit traités de sociologues versés dans la culture de l’excuse ou de l’angélisme, soit de collabos à l’islamo-gauchisme.

Il est intéressant de voir au niveau national et international ce qui a permis un tel revirement philosophique, alors que, il n’y a pas si longtemps, les modèles assimilationnistes ou intégrationnistes fondés sur une unité nationale dans sa diversité étaient de mise. Et le sont toujours en théorie…

Que s’est-il passé depuis Mitterrand ? Et à qui profite le communautarisme ? Comment sommes-nous passés du Contrat Social où chaque citoyen était (est) considéré dans une égalité de droits, dans une fraternité et dans une liberté, qui faisaient la fierté de notre système démocratique, à ne réduire l’identité nationale qu’à sa plus simple expression, celle de communautés éparses et inconciliables, à tel point que l’image du vivre ensemble ne se conçoit qu’à travers la figure ou la médiation d’un prêtre (dialogue interreligieux), d’un imam (Chalghoumi) et d’un rabbin (cf, le film, Vivre ensemble) ? Ou à une assignation identitaire et communautaire réduisant le citoyen supposé de confession juive ou musulmane, à sa plus simple expression (CRIF, CFCM). Rappelons-nous de cette expression malheureuse de Préfet musulman, de la part de Nicolas Sarkozy, ou encore l’intronisation à l’académie française de Finkielkraut qui revendique d’abord sa judaïté.

Comment au sortir de la seconde guerre mondiale, riche en débats philosophiques, entre les partisans du socialisme et les partisans du capitalisme, entre la gauche et la droite, entre la vision d’un monde de partage et d’égalité et un monde libéral consumériste, que les seules marges de manœuvres philosophiques et politiques en soient réduites à des questions de sécurité et d’identité ?

Comment ne pas faire le lien du séparatisme ou de la fracture sociale avec la balkanisation ou la libanisation, et les tensions séparatistes que les puissances occidentales avaient soutenues afin d’aviver la dissolution et le démantèlement de l’Empire ottoman ? L’empire soviétique aura connu le même destin. (Henry Laurens, Mireille Delmas-Marty, Terrorismes et droit, éd. CNRS)

Sans toutefois oublier la dimension et le poids des représentations datant de l’époque coloniale (Edward Saïd, l’Orientalisme) ; où aujourd’hui encore, un spot de surfer et son restaurant en Afrique fréquenté par des blancs est considéré comme quelque chose de normal, lié au tourisme à la pratique d’activités sportives ou autres, alors qu’un même restaurant fréquenté par des gens de couleurs en Europe sera considéré comme communautaire, quand bien même ils feraient les mêmes activités. Etrange distorsion de la réalité (Albert Memmi, Le colonisé, éd. Folio ; et le colonisateur, éd Folio). Clichés qui ont la vie dure…

Construire l’ennemi pour consolider l’identité du « Peuple »

Bien avant le moralisme de Cicéron, et la dénonciation des pratiques païennes perçues comme barbares par Saint-Augustin, parce qu’ayant des coutumes différentes ; de tous temps, la construction de l’ennemi avait permis de fixer la cohésion du groupe, de la tribu, de la Cité, de l’Empire, et de la Nation. Tacite déjà disait des juifs : « chez eux est profane tout ce que chez nous est sacré, légitime tout ce que nous tenons pour abominable ». A cette époque et durant des siècles en Europe, ils étaient suspects parce que ne mangeant pas de viande de porc, ne mettant pas de levain dans leur pain, chômant le septième jour, endogames, communautaires, et circoncis.

Pline, quant à lui, reconnaissait plus de vertu aux chrétiens mais leur vouait la même condamnation, parce qu’ils ne rendaient pas non plus hommages aux Césars ! (la même injonction que celle des fous hystériques de Je Suis Charlie)

Cela n’est pas sans nous rappeler, plus proche de nous, ces vieux clichés véhiculés par les anglais à propos des Français mangeurs de grenouilles, ou encore des allemands à propos des italiens mangeurs d’ail. Et que dire de la haine qu’il y avait eu entre français et allemands (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, éd. Payot) pourtant issus de la même civilisation et de la même culture. Et vice-versa, dans le jeu de la calomnie et des représentations moqueuses, souvent liées à des larmes, des rancœurs, et à des guerres sanglantes.

Comme dans la satire de Juvénal, le méchant Grec et véreux, irrespectueux, libidineux, débordant de concupiscence, n’est pas sans rappeler la figure de l’immigré extracommunautaire ou extra-européen d’aujourd’hui. Que dire du mythe de Poitiers et de la figure de Charles Martel, et des sarrasins belliqueux, misogynes, lâches et fourbes ! Que dire de la figure du nègre en gentil Banania corvéable à merci, à la danse endiablée et au sexe protubérant, ou du tzigane voleur de poules, liseur de signes de la main, criminel, et autres fadaises ! Nul besoin de citer toute cette littérature du temps des colonies.

A la veille des indépendances, les peuples colonisés aussi avaient commencé à fonder leurs mythologies nationales. Souvent révisionnistes de part et d’autre, effaçant toutes les nuances de l’historiographie (voir mon article, La question judéo-arabe entre débat scientifique et enjeux politiques, in Oumma.com). Reconnaissons qu’en France et aux Etats-Unis les Culural studies et Postcolonial Studies ont fait preuve d’objectivité et de scientificité indéniables. Malgré ce courant révisionniste (Daniel Lefeuvre, Shmuel Trigano) et versé dans l’islamophobie scientifique (Sylvain Goughenheim).

Même le nouvel état d’Israël, avait fondé son mythe national sur la souffrance suprême la Shoah (Esther Benbassa, La souffrance comme identité, éd. ) et sur l’origine du peuple juif (Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, éd. Fayard).

En réalité, Sartre avait tout dit dans la question juive, où le regard stigmatisant de l’autre assigne la personne perçue comme étrangère, pour ne la réduire qu’à sa judaïté, ou de nos jours, à son islamité. D’aucuns crient à la mort du multiculturalisme, à la panne de la machine à intégrer (Cf, mon article sur Eric Zemmour, un énième livre pour rien ou pour le pire, in Oumma.com). Et ces débats ne peuvent nous rappeler que les sombres années Vichyssoises. Cela n’est pas sans rappeler, sous la plume de Drumont, le débat sur la laïcité perçu comme une volonté de judaïser la France. Cette même laïcité qui est aujourd’hui brandie comme étendard  des populistes et des identitaires de tous bords (Riposte Laïque, FN) contre les musulmans.

Des fous de la République… aux fous de l’Identité

Pourtant, sous Napoléon, au lendemain de la Révolution française, le statut des juifs avait évolué, ils participaient eux aussi à la Nation, et étaient reconnus comme citoyens. A tel point que Martin Buber dans Gog et Magog (éd. Poche, Folio), évoqué par Ezechiel dans la Bible, voyait cette époque napoléonienne comme une période de bouleversements, ce que d’aucuns interprétaient comme l’avènement proche du Messie, et les autres comme l’œuvre du diable qui veut faire oublier que le salut des juifs passe par la bonne pratique individuelle de la foi. Ce questionnement et cette problématique sont très biens analysés dans l’excellent livre de Jean Daniel, La Prison juive (éd. Odile Jacob).

Au-delà de ces questionnements existentiels, que l’on retrouvera jusqu’à Théodore Herzl le fondateur du sionisme, il est intéressant de se rappeler comment l’intégration et l’assimilation des juifs en Europe s’est faite de façon douloureuse (Pierre Birnbaum, Les fous de la République, éd. Points), voire de façon tragique (depuis l’affaire Dreyfus jusqu’aux rafles). Et cela en dépit de la haute culture (Wagner, Céline) et de la modernité (Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste, éd. Complexe ; Enzo Traverso, La violence nazie, une généalogie européenne, éd. La Fabrique).

D’aucuns ont vu cette violence comme un effet de boomerang ; ce que la multitude de peuples colonisés ont vécu et enduré durant des années, voire des siècles, de la part de l’impérialisme occidental et de sa folie hégémonique.

Du reste, des figures comme Romain Gary, juif de Russie, qui était devenu français de cœur, au point d’intégrer la résistance et de se battre aux côtés du général de Gaulle. Ce métèque aux yeux bleus, comme il se définissait dans La Promesse de l’Aube, qui avait accompli le rêve posthume de sa mère de devenir diplomate, représentant de la France aux Etats-Unis ; lui-même qui avait dit chaque Nation a son nègre ou son juif ; ne faisait pas de différence ou de hiérarchie entre la souffrance des peuples. Il connaissait trop bien la folie des hommes pour se rabaisser à ce genre de distinction entre les différents types de racismes, que ce soit dans son roman Tulipe ou encore Les Cerfs-volants, où les coupables ne sont pas un peuple ou une religion spécifique, mais l’Homme en général.

Romain Gary à l’instar de Fernando Pessoa, ces artistes aux multiples pseudonymes comme des super-héros, à l’identité bohème, ne représentent-ils pas cet idéal de liberté, de choisir l’identité que l’on veut et de la changer au gré de son évolution, des changements d’idées, de personnalité ? Comme l’a si bien démontré Ali Benmakhlouf, L’identité est une fable philosophique (Cf, Ali Benmakhlouf, éd. PUF).

Mais ici, ce qui nous intéresse, c’est le moment historique, le basculement idéologique, notamment en Europe et aux Etats-Unis, qui a fait que nous sommes passés de la question de citoyenneté à celle du communautarisme.

En ce sens, le multiculturalisme procédait déjà à un effritement du modèle rousseauiste de Contrat Social, critique du modèle anglo-saxon ; comme si sous Mitterrand, l’avancée de la carte de séjour de dix ans et la naturalisation des enfants d’immigrés nés sur sol français, procédait d’une erreur stratégique pour les tenants du choc des civilisations et du Grand Remplacement.

Que s’est-il passé depuis la Marche pour l’Egalité (adapté en film et diffusé pas plus d’une semaine selon certaines villes ; comme une volonté d’éviter le débat sur le bilan politique de la réalité de ces zones dites Territoires Perdus de la République) ? D’une stigmatisation du méchant garçon arabe (Guenif Souliamas, La République mise à nu par son immigration, éd. La Fabrique), aux émeutes de 2005, ou un plan Marshall des banlieues inefficace (Fadela Amara), ou enfin de déradicalisation stoppé par faute de résultats probants selon le gouvernement (Dounia Bouzar), il semblerait qu’on aille d’échec en échec, comme une forme de fatalité.

D’ailleurs Dounia Bouzar explique : « Nous avons refusé le renouvellement du travail avec le gouvernement non pas par absence de résultats, mais parce que nous avons refusé d’être un alibi de Manuel Valls et de l’ancien gouvernement qui faisait voter la loi sur la déchéance de la nationalité, justement pour faire croire aux français que le terrorisme était un problème de banlieues, d’immigration, d’intégration, alors que nos chiffres concernaient bien 50% de jeunes de familles non immigrées, 60% de classe moyenne n’habitant aucun quartier défavorisé, et les 70% de familles de référence athée ou chrétienne. C’est justement ce conflit avec le gouvernement qui nous a valu autant de diffamations et de mensonges. De plus, sur nos résultats après que nous ayons refusé le renouvellement d’appel d’offre, Manuel Valls et les autres voulaient donner l’impression qu’ils maîtrisaient l’ennemi, et que l’Ennemi était, comme d’habitude, l’immigré, le banlieusard, le musulman, etc. Vous trouverez sur notre site Cpdsi.fr dans l’onglet ’’résultats’’ toutes les preuves, il y a même un communiqué de presse, la lettre avec AR au gouvernement, et un renseignement où je refuse de participer à un mensonge gouvernemental qui va à l’encontre de nos résultats scientifiques et qui contribue à la stigmatisation, alors que je travail depuis 15 ans dans le sens contraire (CF, Bibliographie de Dounia Bouzar). Juste pour précision : ce qu’on appelle ’’déradicalisation’’ consistait juste à faire comprendre aux jeunes que partir en Syrie ou en Irak n’était pas le ’’bon engagement’’ pour les idéaux que les jeunes poursuivaient. Ce n’était pas de les éloigner de l’islam. J’ai envie de dire, au contraire, ils ne connaissent rien de l’islam et qu’ils l’ont découvert avec notre travail… Tous ceux qui se veulent des analystes et des intellectuels doivent faire attention à ce qu’ils trouvent dans les médias (et même dans les rapports du Sénat), tant les rapports de pouvoir se jouent sur le dos de ce qui à trait au monde musulman. »

Il faut le reconnaître, cet immobilisme et cette instrumentalisation politique des banlieues à chaque échéances électorales (sécurité, terrorisme), relève souvent de beaucoup de mauvaise foi, voire d’hypocrisie. Plusieurs siècles de pratiques coloniales, et une connaissance et une conscience en sciences politiques à des fins politiciennes de pouvoir, donnent raison aux analyses de Bourdieu, n’en déplaise aux détracteurs des sociologues et autres critiques du système, vus comme des collaborateurs de l’islamo-gauchisme. Des camps de harkis, aux bidons-villes des premiers algériens, en passant par les quartiers dits sensibles d’aujourd’hui, comment expliquer un tel immobilisme, si ce n’est une volonté politique ? Et bien entendu, comment ne pas comprendre de la part des damnés de la terre, cette résignation et cette facilité de tomber dans les thèses complotistes, même si les enjeux géostratégiques et les interventions géopolitiques révèlent une guerre économique acharnée (Françafrique versus Chinafrique, USA versus Russie, etc).

Comme l’écrivait Karl Marx, « La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’époque d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple ». Ou encore « Ce n’est pas la religion qui fait l’Homme, mais l’Homme qui fait la religion ». Et comme le souligne Tobie Nathan dans Les âmes errantes, c’est l’absurdité de ce monde sans idéal qui conduit au nihilisme. Et qu’il faut bien plus qu’une lecture manichéenne pour comprendre ce qui se passe. Cela recèle bien plus d’intelligence.

 

Aux arrières-mondes que dénonçait Nietzsche, le plus décevant est celui de la soi disant réussite sociale ou du rêve américain ou cauchemar climatisé pour reprendre Henry Miller. Car les perdants de la mondialisation, tous ces nouveaux pauvres, n’ont plus rien pour remplacer ce vide existentiel, si ce n’est un consumérisme effréné voire compulsif, et la haine de l’Autre, pour ne pas voir la haine de soi, haine qui les ravage du dedans, du fait de leur « échec » personnel. N’oublions pas qu’Hitler était un déclassé, un raté. Après Charlie, Nice, Paris, jusqu’à quand les bonnes consciences résisteront pacifiquement face à la fascination du pire ? Et étrangement l’indignation devient sélective dès que le teint des victimes est plus foncé : où sont les Je Suis Mogadiscio, Je Suis Istanbul, Je Suis Médine ?  

Le Terrorisme est devenu l’élément central du capitalisme, et participant de la crise systémique, afin de faire tourner la machine énergivore qu’est devenue notre civilisation si fragile. Sachant que les matières premières ne sont pas inépuisables, et que nous devons notre richesse au continent africain (Jacques Chirac). Chut ! Ce secret de polichinelle tout le monde le sait, mais personne n’en parle.

Concurrence élective et guerre des mythologies : au-delà des représentations

Le choc des civilisations ne serait-ce pas en réalité le choc des ignorances, pour reprendre feu Edward Saïd ?

Je le répète souvent, le salafisme est à l’islam ce que le sionisme est au judaïsme et au protestantisme, ce que le nazisme est à la modernité, ce que le communisme est au marxisme, et ce que le l’ultralibéralisme est au capitalisme, à ce jeu on pourrait continuer indéfiniment entre le déphasage qu’il y a entre l’idéal théorique et la Praxis. Confondre idéologie et origine ou religion d’un peuple, ne peut que nous mener vers l’impasse et un dialogue de sourds, comme si telle interprétation prévalait sur les autres. Qui oserait réduire le Calvinisme à l’histoire du christianisme ?

Rien n’est plus grave que de manipuler les masses, que de rendre ce qui paraît si dissemblable comme des différences insurmontables. Le vrai problème, est cette concurrence élective, soit les nantis héritiers d’un modèle jacobin (et traitant les moins chanceux de Fénéants), soit les nouveaux riches ayant plusieurs nationalités et dont les capitaux voyagent au gré des aléas de la mondialisation, soit les groupes nationaux et transnationaux nourris de mythologies nationalistes et messianiques.

L’Homme aspire aux mêmes droits élémentaires, d’avoir un toit, des habits, un travail décents, et la dignité d’être considéré l’égal de son prochain. Or, dans un système où la concurrence effrénée ne se mesure qu’en chiffre de croissance, de résultats, de profits…
Les représentations que nous avons les uns des autres, alimentées par des siècles et des siècles de préjugés, de méconnaissance, de crainte, ne peuvent être laissées aux mains des faiseurs d’opinion, souvent des manipulateurs, des polémistes (ex, Zemmour) qui attisent la haine et la confusion.

Comment renouer avec nos valeurs républicaines, nos valeurs d’Egalité, de Fraternité, et de Liberté, lorsque les lois d’exception et l’Etat d’Urgence deviennent la norme ?

Comme un effet cyclique, les mêmes dispositions avaient été mises après le Krach boursier de 1929, où chaque citoyen juif était fiché comme un éventuel suspect. Comment dès lors croire en cette forme de démocratie ?

L’Etat d’urgence est bien celui du recul de nos libertés et de nos droits. Nous nous positionnons souvent comme les donneurs de leçon, il serait temps en France et en Occident de balayer devant notre porte.

En effet, ces débats à rebours ne peuvent nous laisser sans un sourire amer, à savoir s’il faut ou non accepter de récupérer ces djihadistes repentis binationaux ou français de « souche », alors que les collaborateurs du nazisme ont été amnistiés (plusieurs milliers de français, dont des journalistes, des écrivains, des politiciens), de même que tous ceux qui avaient participé aux tortures sous le drapeau et portant l’uniforme dans les colonies.

En somme, l’assignation identitaire ou communautaire ne serait-elle pas la fabrique de l’ennemi intérieur, citoyen de seconde zone, ou l’échec non avoué de la citoyenneté ?

Là est le vrai débat national. Comment reconstruire une unité nationale, un nouveau récit, lorsque les uns sont perçus comme légitimes ou de « souche » ou de culture « judéo-chrétienne », et que les autres sont suspectés d’intelligence avec l’ennemi (on a vu ce que cela a donné sous Edgar Hoover, paranoïa, délation).

Le drame des musulmans de France, c’est de ne pas avoir eu d’affaire Dreyfus. Ils ont eu Malik Oussekine, Omar Raddad… et puis quelques autres passés inaperçus (l’affaire Saïd Bourarach)… c’était juste des bicots, des bougnoules, des négros, semble-t-il.

Et le plus inquiétant, dans ce climat anxiogène et paranoïaque de terrorisme et d’insécurité, c’est lorsque les personnes tombent sous les balles de la Police, qui pour le coup sont armés et peuvent faire usage de leurs armes en toute « légitime défense ».  (http://lmsi.net/Des-homicides-nommes-bavures)

Il est malheureux de voir que l’identité d’un citoyen ne s’enrichit plus de ses choix politiques, philosophiques et personnels, mais ce réduit à une couleur de peau (noir aux USA, basané en France), à une supposé religion selon le patronyme ou la forme de la barbe…

L’américanisation de nos modes de vie et de nos moyens de répondre à certaines problématiques, ne fait plus aucun doute. La République en marche… peut-être, mais en marche vers quoi ? Comme la réplique du film de Mathieu Kassovitz, « Le plus dur ça n’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».  

5 commentaires

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  1. L’aménagement du territoire est fait pour le citoyen , photocopie conforme partout , pas de respect ni pour le sexe, ni pour la race , ni pour la mentalité et encore moins pour la religion.
    Les mentalités diffèrent , rural, montagnard , citadin , homme du désert , marin , sans domicile fixe ….
    Le modernisme qui devrait être une valeur ajoutée , , on en a fait un mode d’emploi pour tout le monde , et une façon de vivre , c’est pour cela que la société va mal.
    On fait loger un montagnard dans un immeuble et qu’on il veut cultiver le miel , ou élever des oiseaux, on fait appel à la police de l’environnement. On devrait plutôt balayer tout les législateurs.

    Par définition , l’injustice est ne mettre les chose à leur place.

  2. Bonjour, J’aimerais juste demander une rectification de l’article à son auteur Amin Ajar : nous avons refusé le renouvellement du travail avec le gouvernement non pas par absence de résultats (nos résultats ont ensuite été étouffés par représailles mais c’est un autre débat), mais parce que nous avons refusé d’être un alibi de Manuel Valls et de l’ancien gouvernement qui faisait voter la loi sur la déchéance nationale, justement pour faire croire aux Français que le terrorisme était un problème de banlieues, d’immigration, d’intégration, alors que nos chiffres concernaient bien 50% de jeunes de familles non immigrées, 60% de classe moyenne n’habitant aucun quartier défavorisé, et le 70% de familles de références athées ou chrétiennes. C’est justement ce conflit avec le gouvernement qui nous a valu autant de diffamations et de mensonges ensuite sur nos résultats après que nous ayons refusé le renouvellement de l’appel d’offre : Manuel Valls et les autres voulaient donner l’impression qu’ils maîtrisaient l’ennemi, que l’Ennemi était, comme d’habitude, l’immigré, le banlieusard, le musulman, etc. Vous trouvez sur notre site Cpdsi.fr dans l’onglet “résultats” toutes le preuves, il y a même un communiqué de presse, la lettre en AR au gouvernement, et un enregistrement où je refuse de participer à un mensonge gouvernemental qui va à l’encontre de résultats scientifique et qui contribue à la stigmatisation, alors que je travaille depuis 15 ans dans le sens contraire. Juste pour précision : ce qu’on appelle “la déradicalisation” consistait juste à faire comprendre aux jeunes que partir en Syrie ou Irak n’était pas “le bon engagement” pour les idéaux qu’ils poursuivaient. Ce n’était pas les éloigner de l’islam. J’ai envie de dire que au contraire, ils ne connaissaient rien de l’islam et qu’ils l’ont découvert avec notre travail… Tous ceux qui se veulent des analyses et intellectuels doivent faire attention à ce qu’ils trouvent dans les médias (et même dans les rapports du sénat), tant les rapports de pouvoir se jouent sur le dos de ce qui a trait au monde musulman… Merci d’effectuer votre rectification et bonne continuation.

    • Je ne suis pas d’accord avec ce terme de “déradicalisation ” qui fait penser à un envoutement qu’il faudrait exorciser Si on regarde les faits partir en syrie et en irak n’est devenu un véritable crime qu’à partir du moment où la France a fait la guerre à l’état islamique c’est à dire novembre 2014 lorsqu’elle s’est jointe aux bombardements américains en représaille de l’exécution des 2 américains en combinaison orange Avant nos politiques soutenaient implicitement cette lutte contre ce qui s’apparentait alors à un “néo-nazisme syrien” entretenu par nos médias cf Fabius ” Nosra fait du bon boulot ”
      Lire à ce propos le très bon livre du sociologue et professeur agrégé de Paris 8 ” Loyauté radicaliste L’islam et les mauvais garçons de la nation ” !!!

  3. C’est bien Madame Bouzar vous êtes une voix moderne des musulmans de France mais malheureusement il n’y a pas de ZRAR, je m’excuse pour cette tonalité banlieusarde et je crois que Diderot dirait que c’est du fatalisme.

  4. Merci pour votre article mais permettez-moi de vous dire que mettre sur le même plan sionisme (sentiment national juif sous-tenant la création d’un Etat juif en Terre d’Israël) et nazisme ou salafisme me semble inapproprié. Ce que je répète à l’envi : le sionisme prône l’existance d’un Etat, tanis que le néo-siniosme embarque la notion de frontières en prônant l’existance d’un grand Israël incluant – a minima – la Cisjordanie. Le sionisme n’est pas excluant (cf. 25% d’Arabes en Israël, députés arabes à la Knesset, relations étroites entre juifs et musulmans israéliens, etc.), il est essentialisant ; le néo-sionisme est excluant. L’acception du terme “sionisme” a été galvaudée, notamment, par la manipulation de nombreux leaders politiques qui avaient intérêt à détourner la lumière de leurs affaires internes.
    Cordialement et amicalement

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