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La Syrie et Israël partagent le même intérêt

On connaissait l’histoire de Hamza al Khattib, ce jeune adolescent de Der’a livré à sa famille en mai dernier le visage tuméfié et portant d’horribles sévices sur le corps. On connaîtra dorénavant l’histoire de Zaynab, cette jeune syrienne rendue il y a quelques jours à ses proches le corps décapité à Homs, ville syrienne qui paie, à l’instar de bon nombre d’autres villes du pays, un lourd tribut pour avoir osé briser le mur du silence qui terrorise le pays depuis des décennies. Il ne s’agit pas ici de grossières manipulations mais bien plutôt de la mise à nu des pratiques d’un régime aux abois qui n’a, dans l’histoire récente, accumulé des armements lourds que pour les déchaîner contre son propre peuple.

N’en déplaise à certains thuriféraires du régime du dictateur Bachar Al Assad, le vent de révolte qui secoue la Syrie n’est en rien une entreprise de déstabilisation étrangère. Ce n’est pas en passant quelques jours à Damas, en visitant la Syrie sous l’œil bienveillant des autorités qu’on prendra le pouls d’une révolte populaire qui couvait depuis bien longtemps. Quand certains intellectuels reprennent à leur compte la propagande du régime qui impute la responsabilité du soulèvement à des groupes armés (salafistes ou djihadistes bien entendu) il faut leur répondre avec le bon sens du Cheikh Rajeh Kraime.

Celui qui porte le titre de « Cheikh Qura’ Dimasheq » (autrement dit la référence en ce qui concerne les différentes lectures du Saint Coran, une autorité religieuse en la matière mondialement reconnue) s’est récemment interrogé sur le sens de cette accusation bien commode qui permet au régime de se dédouaner. « Comment se fait-il à ce que des groupes armés puissent s’infiltrer en Syrie quand il nous est impossible, du fait de la surveillance des multiples services de sécurité, d’envoyer à l’étranger quelques exemplaires du Saint Coran » ? Depuis plusieurs mois, Cheikh Rajeh Kraime n’est plus autorisé à faire ces Khotbas lors de la prière du Vendredi. Rien de surprenant de la part d’un régime qui n’hésite pas à détruire des mosquées.

On nous pousse à croire que la Syrie fait partie de ce front du refus qui a refusé de reconnaître Israël et qui est l’un des seuls à ne pas se plier à l’axe américano-israélien. Belle supercherie dans laquelle bon nombre se laissent piéger. Car la Syrie et Israël partagent en fait le même intérêt : le statu quo. Israël a tout intérêt à voir perdurer une dictature féroce qui tient en respect toutes celles et ceux qui souhaiteraient revendiquer réellement les terres occupées. Disons-le simplement : un régime corrompu qui ne bronchera pas quand on s’attaquera à lui est préférable pour Tel Aviv qu’un Etat où le gouvernement sera l’authentique reflet des aspirations populaires.

Qu’a fait Bachar A Assad quand Israël a bombardé en septembre 2007 son site de production d’uranium qui apparemment était destiné à doter la Syrie de l’arme nucléaire ? Rien. Et rassurez-vous, il ne fera jamais rien et s’accommodera, comme c’est le cas depuis des décennies, d’une entente tacite avec Israël sans jamais aller plus loin que de revendiquer verbalement le plateau du Golan. Par contre, il n’hésitera pas à jeter son armée quand il s’agira de réprimer avec la plus grande brutalité les aspirations légitimes d’une nation qui veut en finir avec l’asphyxie, la peur et les privations en tout genre.

Le régime syrien a été l’un des plus féroces du monde arabe et le régime policier qui quadrille la société a pu montrer tout l’éclat de sa violence lors du massacre de Hama de 1982. Faut-il rappeler les 20 000 morts et 88 mosquées détruites par le père de celui qui n’hésite pas à faire rouler des chars sur ses opposants ? La Syrie vit sous occupation des Assad et viendra le temps où le peuple s’en débarrassera.

Alors, il faut continuer à dénoncer les horreurs, les silences complaisants et autres alliances de circonstances. En Syrie, au Yémen, à Bahreïn et ailleurs. Il faut également en finir avec cette obsession de la théorie du complot qui voit la main de l’étranger partout comme si les peuples arabes n’étaient pas assez mûrs pour se réveiller et être sujets de leur histoire. Il est évident que l’Occident cherchera à faire avancer ses pions et défendra ses intérêts ainsi que ceux d’Israël. De ce côté, l’exemple libyen nous oblige à une extrême vigilance pour ne pas dénaturer et trahir les revendications de ceux qui son tombés en martyrs.

Le régime des Assad a perdu. Il finira par tomber. Il faudra certainement du temps et beaucoup de souffrances car il est prêt à commettre toutes les sauvageries et user de toutes les instrumentalisations pour s’accrocher au pouvoir. Seulement le cours de l’histoire est du côté de ceux qui, de Joumou’a en Joumou’a (Vendredi), scandent des appels à la dignité. Au péril de leur vie.

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