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L’ “islamogauchisme“ n’est pas une réalité scientifique

Nous publions les différentes réactions provoquées par les propos sur l' »islamogauchisme » à l’université tenus, sur CNews, par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal

Réaction du CNRS :

« L’islamogauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l’objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race », ou tout autre champ de la connaissance.

Concernant les questions sociales, le rôle du CNRS, et plus généralement de la recherche publique, est d’apporter un éclairage scientifique, une expertise collective, s’appuyant sur les résultats de recherches fondamentales, pour permettre à chacun et chacune de se faire une opinion ou de prendre une décision. Cet éclairage doit faire état d’éventuelles controverses scientifiques car elles sont utiles et permettent de progresser, lorsqu’elles sont conduites dans un esprit ouvert et respectueux.

La polémique actuelle autour de l’ « islamogauchisme », et l’exploitation politique qui en est faite, est emblématique d’une regrettable instrumentalisation de la science. Elle n’est ni la première ni la dernière, elle concerne bien des secteurs au-delà des sciences humaines et des sciences sociales. Or, il y a des voies pour avancer autrement, au fil de l’approfondissement des recherches, de l’explicitation des méthodologies et de la mise à disposition des résultats de recherche. C’est là aussi la mission du CNRS.

C’est dans cet esprit que le CNRS pourra participer à la production de l’étude souhaitée par la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés. Ce travail s’inscrirait dans la continuité de travaux d’expertise déjà menés sur le modèle du rapport « Recherches sur les radicalisations, les formes de violence qui en résultent et la manière dont les sociétés les préviennent et s’en protègent » réalisé en 2016 par l’alliance Athena, qui regroupe l’ensemble des forces académiques en sciences humaines et sociales dans les universités, les écoles et les organismes de recherche, ou du rapport « Les sciences humaines et sociales face à la première vague de la pandémie de Covid-19 – Enjeux et formes de la recherche », réalisé par le CNRS en 2020.

Lire également ci-dessous le communiqué de la Conférence des présidents d’université

Interrogée sur CNews, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a annoncé qu’elle allait demander « notamment au CNRS » de faire une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche » à propos de « l’islamo-gauchisme » à l’université, « de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».

La CPU fait part de sa stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet de l’« islamo-gauchisme » à l’université. « L’islamo-gauchisme » n’est pas un concept. C’est une pseudo-notion dont on chercherait en vain un commencement de définition scientifique, et qu’il conviendrait de laisser, sinon aux animateurs de Cnews, plus largement, à l’extrême droite qui l’a popularisé. Utiliser leurs mots, c’est faire le lit des traditionnels procureurs prompts à condamner par principe les universitaires et les universités.

Comme l’avait justement rappelé dans une tribune, le 26 octobre dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, « l’université n’est ni la matrice de l’extrémisme, ni un lieu où l’on confondrait émancipation et endoctrinement. L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme, » mais « le lieu où s’apprennent le doute comme la modération ainsi que la seule de nos institutions capable d’éclairer l’ensemble de la société, de l’école aux médias, par une connaissance scientifiquement établie, discutée et critiquée collégialement. » Rien ne saurait justifier un changement de discours à ce sujet.

La CPU regrette donc la confusion entre ce qui relève de la liberté académique, la liberté de recherche dont l’évaluation par les pairs est garante, et ce qui relève d’éventuelles fautes ou d’infractions qui font l’objet, si nécessaire, d’enquêtes administratives (par l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche), ou d’enquêtes pénales. La CPU s’étonne ainsi de l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir ce qui relève « du militantisme ou de l’opinion ». La CPU réclame, au minimum, des clarifications urgentes, tant sur les fondements idéologiques d’une telle enquête, que sur la forme, qui oppose CNRS et universités, alors que la recherche est menée conjointement sur nos campus par les chercheurs et les enseignants-chercheurs.

La CPU appelle à élever le débat. Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi.

NDLR : Voir également ci-dessous le communiqué de la section Ligue des Droits de l’Homme de l’ EHESS

Un commentaire

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  1. Et oui, et c’est là que l’indifférence de beaucoup de gens, la haine irrationelle qui en aveugle d’autres porte pratiquement ses fruits politiques. Cette affaire de sé-pa-ra-tis-me que le site Oumma.com a validé, ainsi que le CFCM avec la charte qu’il s’est laissé imposer et qu’il impose en tant que servile courroie de transmission, eh bien on va s’apercevoir fut-on anti-Musulman que ça ne peut pas con cerner les seuls Musulmans et quelque part je m’en réjouis. La politique dissociante du bouc émissaire validée des larbins que j’ai désignés est un phénomène dérivatif et un coin largement enfoncé dans le fonctionnement démocratique. Aucune raison que ça s’arrête aux Musulmans, ceux qui ont capitulé un jour ne méritent pas la liberté. Non seulement on disqualifie de plus en plus avec cette catégorie obscure d’Islamo-gauchisme à peu près tout opposant situé à gauche voire au centre, un qui en gros n’est pas néo-conservateur, mais en plus, en supposant au mieux qu’on isole les seuls Musulmans dans l’exception, c’en est fini des syndhicats estudiantins, des associations dans le milieu universitaire et intellectuel, puisque sans les Musulmans il n’y a plus de syndhicat d’aucune sorte ni milieu associatif solide. Mais on ne pourra pas isoler les seuls Musulmans dans cette lamentable situation, exemple, la charte des imans sera traduite bien obligé dans d’autres sphères, pas seulement religieuses, un iman n’étant au regard du gouvernement supposé laïque de la République qu’un orateur, parmi d’autres, étant donné le principe d’égalité citoyenne qu’on convoquera aisément, on pourra mettre les mêmes contraintes dans tous les milieux religieux ou autres, dans tous les milieux où il y a des orateurs, ceci revient à surveiller plus étroitement la parole publique, qui de loin ne se limite pas aux seules enceintes des édifices religieux.

    Cette marche de plus en plus ouverte vers le totalitarisme vient de notre lâcheté à tous, surtout nous autres Musulmans qui sommes encore assez nombreux militants et orateurs. Et principalement, la couardise du CFCM est cause de cette situation de marche forcée vers le totalitarisme.

    Nous n’avons pas assez voulu vivre libres, assumons maintenant les conséquences de nos renoncements. Avec cette politique dissociante du bouc émissaire Musulman, on atteint toute la société Française.

    Croissant de lune.

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