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Les joueuses de baseball de Gaza mènent un double combat, face aux préjugés et au blocus israélien

Même nos fameux oracles des temps modernes auraient été incapables de prédire que l’un des sports les plus emblématiques des Etats-Unis traverserait la mer, à coup de battes inattendues, pour jeter l’ancre sur une terre martyre : Gaza, la plus grande prison à ciel ouvert du monde.

C’est à un ancien footballeur professionnel palestinien, Mahmoud Tafesh, que la population gazouie doit au baseball d’avoir franchi les frontières pour s’implanter dans une région placée sous le joug colonialiste israélien, où les vertes pelouses ont du mal à renaître sous les cendres d’un vaste champ de bataille.

Convaincu du bien-fondé de son idée née en Egypte en 2016, Mahmoud Tafesh a rechaussé les crampons avec une ardeur renouvelée afin de détecter des recrues prometteuses dans un vivier de talents que beaucoup n’auraient pas cherché à explorer, et encore moins à exploiter : les sportives en herbe de Gaza.

Bravant le conservatisme des dirigeants de l’enclave palestinienne, les jugements à l’emporte-pièce de la société environnante, d’autant plus que son initiative banalise la pratique d’un sport si typiquement américain, mais aussi le cauchemardesque blocus israélien, celui-ci, armé d’un mental d’acier, s’est tourné vers la seule et unique école de sport locale pour constituer sa petite équipe de choc.

Revêtues de leur hijab, une vingtaine de jeunes filles très motivées ont été les premières à répondre à son appel. Elles se sont empressées de saisir les rares battes de baseball mises à leur disposition, confectionnées à partir de bouts de bois par leur propre coach, non sans avoir obtenu préalablement le consentement bienveillant de leur famille respective.

« Nous voulons jouer, comme peuvent le faire les hommes. On est destinées à autre chose qu’à la cuisine et au ménage ! », s’est exclamée l’une d’entre elles avec l’exaltation de la jeunesse, alors qu’à l’obstacle redouté des préjugés s’ajoute celui, cruel, de la raréfaction des équipements sportifs consécutive au blocus d’Israël, cette punition collective inhumaine et illégale qui fait du quotidien des Gazaouis une source permanente de souffrances.

Mais qu’à cela ne tienne ! En sportif digne de ce nom que les challenges stimulent et poussent à se surpasser, Mahmoud Tafesh s’autorise à voir grand et loin, jusqu’à caresser le doux rêve d’être, un jour prochain, à la tête d’une équipe féminine nationale qu’il conduira au sommet : aux championnats de baseball du continent asiatique organisés par la Fédération d’Asie.

Il aura fallu seulement une petite année pour que son idée, qui pouvait paraître aussi irréalisable que de bâtir des châteaux en Espagne, devienne réalité. Elles étaient vingt, elles sont désormais plus de 100 jeunes filles de Gaza à se piquer au jeu, leur batte de baseball tenue solidement à deux mains, sous la houlette de leur coach qui nourrit pour elles de grandes ambitions.

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