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Islamophobie: les musulmans canadiens ont le soutien de la rue

Ils représentent 2,8% des 35 millions d’habitants qui peuplent le pays de l’Erable, là où le multiculturalisme a été officiellement gravé dans le marbre de la politique en 1971, et éprouvent majoritairement une fierté d’appartenance à cette terre des grands lacs, les musulmans du Canada, dont une étude récente a mis en relief leur loyauté et le haut degré d’instruction, sont encore sous le choc de l’attentat du 22 octobre dernier qui a ébranlé Ottawa, violé l’enceinte impénétrable de son Parlement, faisant une victime, un militaire canadien, et semé l’effroi à l’échelle nationale.

Ils ne se reconnaissent pas dans Michael Zehaf-Bibeau, l’auteur des faits, ce canadien de 32 ans, fraîchement converti à l’islam radical, qui n’est pas ressorti vivant du temple législatif, ni dans son idéologie mortifère, mais ils en subissent aujourd’hui de plein fouet les conséquences désastreuses dans leur quotidien. Une vie de tous les jours qui est désormais rythmée par des actes de vandalisme à répétition perpétrés contre des mosquées, dont celles d’Ottawa, le 31 octobre, qui a eu ses portes vitrées brisées (voir photo ci-dessus), mais aussi de Cold Lake, en Alberta, entièrement vandalisée, qui résonne des menaces proférées contre les associations musulmanes de premier plan, et des insultes visant des élus municipaux de Toronto de confession musulmane, culminant au final dans un harcèlement moral et une violence de tous les instants.

Amèrement déçus par l’inertie du gouvernement de Stephen Harper qui n’a eu aucun mot de dénonciation face à cette flambée d’islamophobie vengeresse, ni aucun geste de solidarité envers la minorité musulmane mise à rude épreuve, les représentants de l’islam canadien montent au créneau pour rappeler ceux qui les gouvernent à leurs responsabilités et leur devoir élémentaire : "Nos dirigeants ont un rôle très important à jouer", a martelé Amira Elghawaby, coordinateur des droits de l'homme pour le Conseil national des musulmans canadiens, renchérissant : "C’est à eux de donner le ton positif, dans le sens de la concorde nationale".

"Nous ne ménageons pas nos efforts pour travailler ensemble, en conformité avec la loi et en liaison avec les autorités pour anticiper et enrayer la radicalisation de la jeunesse. Nous essayons de faire tout notre possible pour aider notre pays", a clamé, pour sa part,  le président de la mosquée Assunnah, Mohammed Mostefa, tout en s’insurgeant contre une stratégie politicienne calamiteuse qui condamne publiquement les extrémistes musulmans, mais se tait quand il s'agit de prendre la défense de l’immense majorité des musulmans, ces victimes expiatoires d'un ressentiment exacerbé à dessein.

"C’est à Harper de prendre la parole en personne, et pas à son porte-parole", s’emportent les musulmans d’Ottawa, trahissant une anxiété palpable qui n’a d’égal que le profond sentiment d’abandon largement partagé. A cet égard, la déclaration tardive de Jason Kenney, le ministre du Multiculturalisme, blâmant la dégradation de la mosquée d’Alberta, si elle a brisé ce lourd silence des hautes sphères, a toutefois échoué à rasséréner les esprits.

Pendant ce temps-là, trois jeunes Canadiens ont investi les rues piétonnes pour tester la perception de l'islam de leurs compatriotes. Omar Al-Bach, un étudiant de 18 ans, a mis en scène une caméra cachée pour en juger sur pièces. Entouré de deux jeunes comparses et amis inséparables, l'un jouant le rôle d’un musulman, Zack, reconnaissable à sa djellaba blanche, et l’autre, Devin, celui de l'islamophobe de service, le résultat de son expérimentation, entrecoupée d’une scène où un coup de poing a fusé contre l’acteur qui avait le mauvais rôle, s’est avéré édifiant : Monsieur et Madame Tout-le-monde rejettent en bloc l’islamophobie et non les musulmans.

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