Dominique de Villepin met en garde contre les risques d'un durcissement du régime iranien suite à l'intervention militaire, soulignant l'importance du droit international.
POURQUOI LIRE :
- Analyse de la situation internationale actuelle par un ancien ministre.
- Conséquences potentielles de l'intervention militaire en Iran.
- Importance du droit international dans les relations internationales.
Invité de France Inter, Dominique de Villepin a livré une analyse sévère de la situation internationale actuelle, dénonçant la tentation croissante de certains dirigeants de reléguer le droit international au second plan au profit d’un usage assumé de la force.
« La meilleure garantie d’une règle pour tous »
L’ancien Premier ministre dit entendre « cette interrogation » grandissante : le droit international serait-il devenu obsolète face aux rapports de puissance ? Pour lui, la réponse est sans ambiguïté. « Le droit international, c’est l’affirmation d’une règle, sauf à aspirer à un monde de la jungle », a-t-il affirmé. Selon lui, renoncer à ce cadre commun reviendrait à accepter la loi du plus fort. Or, insiste-t-il, « nous avons tous intérêt à continuer à défendre le droit international parce que c’est la meilleure garantie d’une règle pour tous ».
Dominique de Villepin y voit également un mécanisme de « dépersonnalisation des enjeux », permettant de soustraire les crises aux logiques de vengeance ou de rivalités individuelles pour les replacer dans le champ des principes et des normes. « Il y a des principes et des règles qui doivent continuer à s’appliquer », martèle-t-il. À ses yeux, la France et l’Europe ont une responsabilité particulière : « C’est la vocation d’un pays comme la France, c’est la vocation d’un pays comme l’Europe. Encore faut-il avoir une voix, une vision, une politique. »
Les États-Unis face au « prix » de l’intervention
Interrogé sur l’intervention militaire en cours dans la région, il estime que les États-Unis « vont payer très cher cet oubli d’un ordre international ». Selon lui, Washington s’inscrit dans « une logique d’intervention qui ne peut maintenant cesser ».
Pour quel résultat ? « Est-ce que le monde est aujourd’hui plus sûr ? », questionne-t-il. Certes, il reconnaît qu’un régime « qui a tiré contre ses enfants » et qui est « la cause de la souffrance du peuple iranien » se trouve affaibli. Il souhaite qu’un « point de sortie politique » puisse être trouvé.
Mais l’intervention actuelle, prévient-il, relève d’un « pari ».
Le « pari » et le « piège »
Ce pari consiste, selon ses mots, à « frapper d’en haut en espérant que le moment venu le peuple qui est en bas aura la force, aura les moyens de réagir et de prendre le pouvoir pour se diriger lui-même ». Une hypothèse qui relève davantage du vœu que de la stratégie assurée. Car derrière ce pari se cache un « piège » : celui d’un durcissement du régime. « On élimine un dirigeant iranien. Il est immédiatement remplacé », observe-t-il. À cela s’ajoute le risque d’une guerre civile et d’une désagrégation de l’État iranien.
Pour Dominique de Villepin, l’élimination d’un dirigeant ne règle jamais à elle seule une crise structurelle. Il cite plusieurs précédents :
L’élimination de Oussama ben Laden, suivie de l’émergence de État islamique.
PublicitéPublicitéPublicitéLa chute de Saddam Hussein, qui a plongé l’Irak dans le chaos.
L’intervention contre Mouammar Kadhafi, suivie de l’effondrement de la Libye.
« Ce n’est pas si simple », insiste-t-il, invoquant un « principe de responsabilité ». « Nous ne sommes pas aujourd’hui dans cette région devant un jeu vidéo. »
Le spectre d’une guerre asymétrique
Enfin, l’ancien chef de la diplomatie met en garde contre les conséquences indirectes pour l’Europe. La guerre conventionnelle n’étant plus « dans l’ordre des possibilités » pour l’Iran, le risque serait celui d’une guerre asymétrique : recours à des moyens indirects, actions de déstabilisation, terrorisme. Un scénario qui « change la nature du conflit » et pourrait avoir des répercussions jusque sur le sol européen, notamment en matière d’ordre public. L’intervention de Dominique de Villepin frappe par sa hauteur de vue. L’ancien ministre ne se place ni dans l’émotion du moment ni dans la logique partisane. Il parle en stratège, en homme d’État rompu aux arcanes des relations internationales.
Son rappel constant du droit international n’a rien d’incantatoire. Il s’inscrit dans une trajectoire cohérente, celle d’un responsable politique qui, de la crise irakienne aux tensions actuelles au Moyen-Orient, a toujours privilégié la légalité internationale comme boussole. Son analyse des interventions passées — de l’Irak à la Libye — témoigne d’une mémoire diplomatique et d’une compréhension fine des enchaînements géopolitiques.
Dans un débat souvent dominé par l’immédiateté et les postures, sa parole rappelle ce que peut être celle d’un homme d’État éclairé et sage : une voix qui connaît les ressorts profonds des rapports de force, qui mesure le poids des précédents historiques et qui sait que la stabilité du monde repose moins sur la puissance brute que sur la force du droit.
Pour Dominique de Villepin, le message est clair : le retour au droit international n’est pas un luxe moral, mais une nécessité stratégique. « Nous reviendrons au droit international. C’est l’intérêt de tous. »
Iran : pour Dominique de Villepin, l’intervention fait peser le risque d’un durcissement du régime et d’un monde de la jungle
« Nous ne sommes pas aujourd’hui dans cette région devant un jeu vidéo. » pic.twitter.com/qBv3flSqwn— Oumma.com (@oumma) March 2, 2026



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