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« Europe-Palestine » : un vote communautaire en trompe l’œil

A propos de la “vraie fausse” idée d’un vote communautaire : la prudence s’impose dans l’interprétation des résultats électoraux.

Les résultats de la liste Euro-Palestine en Ile-de-France et, plus particulièrement en Seine-Saint-Denis, traduisent-ils le réveil d’un vote communautaire chez les électeurs de culture “arabo-musulmane” ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler véritablement de “vote communautaire” à propos des scores obtenus par la liste Euro-Palestine. Dans des communes et des bureaux de vote, où les électeurs d’origine maghrébine représentent parfois près d’un individu sur trois (25 % à 40 % du corps électoral), la liste réalise moins de 10 % des suffrages exprimés : cela signifie clairement que la très grande majorité des électeurs d’origine arabo-berbère n’ont pas voté pour elle. Tout au plus, l’on pourrait parler de “polarisation communautaire” ou de “courants de sympathie à la marge” mais pas véritablement de vote communautaire, de vote ethnique et encore moins de vote religieux. En somme, presque tous les électeurs de la liste Euro-Palestine sont d’origine maghrébine mais tous les électeurs d’origine maghrébine n’ont pas opté par pour cette liste, loin s’en faut. Seule une infime minorité des Français d’origine maghrébine se sont réellement reconnus dans sa démarche politique et programmatique, la très grande majorité continuant à voter pour les partis classiques. En définitive, en dépit des apparences, nous ne sommes pas dans la configuration d’un vote communautaire à l’américaine (par exemple, le vote noir dans certaines grandes villes des USA), susceptible de renverser la donne électorale, de faire ou défaire les majorités du moment.

En revanche, il est regrettable de constater que le thème du “vote communautaire” ait été largement utilisé par les détracteurs de la liste Euro-Palestine comme par ses soutiens, se confortant dans l’idée fausse de l’émergence d’un électeur musulman qui serait mu par un habitus communautaire. A titre personnel, je pense que les initiateurs de cette liste ont une grande part de responsabilité dans cette dérive identitaire (même si ils n’en avaient pas toujours conscience), cherchant par tous les moyens à attester a posteriori l’idée d’un vote communautaire, en dépit des réalités électorales [1]. Car force est de constater qu’en Seine-Saint-Denis, comme dans le reste de l’Ile-de-France, une majorité de Français d’origine maghrébine ont voté pour les partis traditionnels de gauche (PCF, PS et Verts) : parle-t-on pour autant à leur propos de “vote communautaire” ? Selon cette vision simpliste, le PS, majoritaire aujourd’hui dans la plupart des cités de banlieues, serait le “premier parti communautaire” de France.

Dans un souci d’objectivité, je conclurais que la liste Euro-Palestine a su s’attirer un courant de sympathie dans des fractions extrêmement minoritaires de l’électorat français d’origine maghrébine, comme cela s’est produit trois ans auparavant aux Municipales de Sarcelles avec la Liste dite “Bleue” qui avait su capter une minorité de voix issus de la “communauté juive” locale, sans pour autant que l’on puisse parler de “vote juif” en Ile-de-France. Dans le domaine de la sociologie électorale, il est nécessaire de rester prudent moins pour des raisons philosophiques – si un vote communautaire existait réellement en France, il faudrait le dire et l’analyser ! – mais principalement pour des raisons de déontologie scientifique. En somme, parler de “vote communautaire” à propos de la liste Euro-Palestine est une manière d’accréditer la thèse ô combien pernicieuse de la suprématie des logiques ethniques ou identitaires dans les comportements électoraux des Français issus des migrations “arabo-musulmanes” (ces électeurs pas comme les autres !), alors qu’en réalité celles-ci ne concernent qu’une minorité de l’électorat qui, par ailleurs, réagit plus qu’elle n’agit sur le plan politique. Au risque de déplaire à certains, force est de reconnaître que les électeurs d’origine maghrébine sont [encore] loin de constituer un “lobby électoral”, aussi légitimes et “généreuses” soient les causes et les idées défendues par certains candidats.

[1] Cf. article « Résultats complets de la liste Euro-Palestine : la mobilisation paye ! », paru sur le site Oumma.com, 15 juin 2004.

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