La mort dans l’âme, l’Egyptien Ezzat Anwar, 29 ans, s’était résolu à quitter début décembre son village situé près d’El Mahalla El Kubra, laissant derrière lui ses parents, sa femme et ses enfants, en quête d’un avenir meilleur loin de sa modeste échoppe de boucher.
C’est dans le pays de cocagne des Emirats arabes unis, sur la terre pleine de promesses de Sharjah où l’attendait un emploi de contremaître au sein d’un hôtel haut de gamme, qu’il débarqua, le cœur rempli d’espoir.
Prêt à saisir cette chance unique d’évoluer dans l’hôtellerie de luxe, il avait consenti à vivre éloigner des siens pendant plusieurs mois, un lourd sacrifice, pour mieux se retrouver par la suite. Quelle ne fut pas sa cruelle désillusion de se heurter à des portes closes lorsqu’il se présenta devant l’agence de recrutement. Une bien obscure agence qui, hélas, avait tout d’une entreprise fantôme…
D’abord incrédule, le malheureux Ezzat Anwar, sous le choc, a dû se rendre à l’évidence : il avait été la proie facile d’une arnaque abjecte et n’avait plus que ses yeux pour pleurer, alors que ses maigres économies étaient déjà presque totalement englouties.

L’idée de retourner auprès des siens, sans le sou, lui était à ce point insupportable qu’il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Résolu à ne pas renoncer aussi facilement, il resta dans ce qu’il croyait être son nouvel eldorado et chercha à se faire embaucher, désespérément. Mais sans connaissances et n’ayant nulle part où aller, il s’est très vite retrouvé à la rue pendant trois longs mois, dormant dans les jardins publics de Sharjah ou, de temps à autre, dans les mosquées.
« Je ne savais plus quoi faire, j’étais désespéré », a confié récemment Ezzat Anwar à la presse émiratie. « Je ne pouvais pas dire la vérité à ma femme et à mes enfants, car tous leurs espoirs reposaient sur moi. J’étais venu ici pour travailler, pas pour m’amuser. C’était impossible de rentrer à la maison sans travail, sans argent, sans perspective », a-t-il ajouté au bord des larmes.
Ezzat Anwar devra sa planche de salut à une femme, en la personne de Dedra L. Stevenson, une célèbre auteure américano-émiratie ayant beaucoup d’entregent. Cette dernière a été profondément touchée de l’apercevoir un jour de février, assis par terre, recroquevillé sur le trottoir, visiblement esseulé et anéanti, en train de se tenir la tête entre les mains, au centre-ville de Sharjah.
Après avoir hésité à s’approcher de lui, celle qui allait jouer de ses relations pour le sortir de ce bien mauvais pas, finit par aller à sa rencontre. « Enfin, j’ai rassemblé mon courage pour lui demander si tout allait bien. Il n’a pas dit grand-chose au début, mais m’a répondu positivement. Je voyais bien qu’il ne disait pas la vérité et qu’au contraire il était au bord du gouffre », a-t-elle expliqué à la presse locale.
« Quand je lui ai demandé où il habitait, il a détourné le regard avec des yeux larmoyants. C’est là que j’ai su que je devais lui venir en aide sans tarder », a-t-elle ajouté, en précisant qu’elle lui avait proposé une somme d’argent, mais en vain. Ezzat Anwar, bien que totalement démuni, refusa une aide matérielle qui le réduisait à la mendicité, lui qui, toute sa vie durant, avait gagné son pain à la sueur de son front.
Ni une ni deux, c’est sur Facebook que Dedra L. Stevenson sensibilisa son cercle d’amis influents au sort injuste et misérable de ce jeune père de famille égyptien. Son SOS de détresse a été rapidement entendu, arrivant aux oreilles de Meera Butti Omeir, qui n’est autre que l’épouse du chef adjoint d’Umm Al Quwain et prince héritier de l’émirat : cheikh Abdullah bin Rashid Al Mualla III.
En l’espace de quelques heures, une éclaircie inespérée a réussi à poindre dans l’horizon assombri de Ezzat Anwar. Le cheikh Abdullah bin Rashid Al Mualla III, scandalisé par sa mésaventure, est en effet intervenu personnellement pour qu’on lui offre le poste de contremaître qui lui avait été initialement promis, ainsi que le gîte et le couvert, mais pas dans n’importe quelle forteresse dorée… Dans son palais somptueux, le plus sûr rempart contre la malveillance de certains hommes.
« Nous lui avons montré sa chambre et la cuisine. C’est un homme affaibli, abattu et humilié qui s’est présenté devant nous. Sa famille lui manquait cruellement. Mes enfants, mon épouse et moi-même l’avons entouré de notre affection et avons tout fait pour lui remonter le moral », a révélé l’intendant en chef de la résidence royale, empli de bienveillance à son égard.
C’est désormais sous les cieux de l’émirat d’Umm Al Quwain qu’Ezzat Anwar a recouvré sa dignité et s’efforce d’oublier ses trois mois de descente aux enfers. Il s’emploie activement à se forger un avenir plus radieux, n’ayant pas de mots assez forts pour exprimer sa gratitude au prince héritier et à son épouse, mais aussi à Dedra L. Stevenson, celle qui, la première, vola à sa rescousse.
Un heureux épilogue qu’il souhaite aux autres travailleurs étrangers, vers lesquels toutes ses pensées sont tournées.