Vous avez dit « séparatisme », mais lequel ?! Devenu un vrai sport national, qu’il est aisé de crier au « communautarisme » et de s’égosiller contre le « séparatisme », en pointant le même doigt accusateur vers l’islam et les musulmans, dans notre République laïque qui se drape d’une indignation très sélective…
Quand on s’appelle Gérald Darmanin, que l’on a eu Sarkozy pour mentor, et que l’on a été promu ministre de l’Intérieur de l’ère Macron, qu’il est confortable et fort rentable de hurler avec les loups, dans une France qui ignore souverainement les autres formes de communautarisme en son sein, avec un art consommé du deux poids deux mesures.
Alors, quand éclate au grand jour un séparatisme se réclamant du judaïsme, au détour d’un fait divers dont le Parisien s’est fait l’écho dans l’article « Des parents contestent l’inscription en crèche d’un enfant non juif », la République ne souffle mot, l’ambitieux Gérald Darmanin se terre dans le silence, et toutes les envolées lyriques louant l’idéal républicain se taisent.
Le cas de Mathilde, une auxiliaire de puériculture non juive qui travaillait depuis quatre ans au sein de la crèche confessionnelle Beth Hilel, à Levallois-Perret, ne provoquera assurément aucune levée de boucliers dans la France d’en haut…
Sa terrible déconvenue à son retour de congés de maternité, lorsqu’après avoir obtenu une place à la crèche pour sa fille de deux mois avec l’assentiment de sa direction, elle a fait face à la fronde des parents qui s’y sont fermement opposés, n’offusquera personne en haut lieu. Les cimes du pouvoir ne seront même pas agitées par un début de frémissement de colère, quant aux polémistes fiévreux du parisianisme, ils seront une fois n’est pas coutume avares de « punchlines », manquant cruellement de leur verve mordante habituelle…
Déplorant le climat délétère ambiant qui l’a poussée à la démission, Mathilde, qui a porté plainte pour discrimination contre les parents juifs hostiles à l’inscription de sa fille, témoigne dans les colonnes du Parisien de cet autre communautarisme très prégnant, au sujet duquel la République ne dit mot et, par conséquent, consent. A croire qu’il serait plus tolérable que celui que la France voue constamment aux gémonies.
Il serait intéressant de connaître l’opinion de Gérald Darmanin, le fulminant porteur de la loi contre le « séparatisme ». Mais le courage politique est une vertu qui se fait rare de nos jours, le cynisme, l’arrivisme et la pusillanimité prévalant largement, que ce soit Place Beauvau ou dans les allées du pouvoir.

