À sept mois de l’élection présidentielle de 2027, la première grande enquête électorale réalisée pour Le Monde dessine un paysage politique profondément bouleversé, sur fond d’inquiétude et de défiance. Marine Le Pen domine très largement le premier tour. Dans toutes les configurations testées, la candidate du Rassemblement national recueille entre 33 % et 35 % des intentions de vote, soit au moins un électeur sur trois. Une assise électorale qui dépasse désormais largement les catégories traditionnellement acquises au RN : elle atteint notamment 43 % chez les quinquagénaires et environ 38 % chez les quadragénaires comme chez les plus de 60 ans.
Derrière elle, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme le candidat disposant du socle électoral le plus solide, avec 15,5 % à 17 % des intentions de vote selon les scénarios. Le leader de La France insoumise arrive même en tête chez les 18-34 ans, devant Marine Le Pen.
L’enquête confirme également l’affaiblissement des formations politiques traditionnelles. Près de 45 % des sympathisants LR envisagent ainsi de voter pour un autre candidat que Bruno Retailleau, tandis qu’un tiers des sympathisants socialistes ne choisiraient pas le candidat du PS.
Mais au-delà des rapports de force électoraux, c’est surtout l’état d’esprit des Français qui interpelle. Trois quarts des personnes interrogées pensent que la situation du pays va se détériorer dans les prochains mois. 59 % évoquent l’inquiétude et 30 % la colère, des chiffres en forte progression par rapport à 2024. Plus de sept Français sur dix souhaitent désormais « un vrai changement social et politique ». Un désir de rupture qui traverse presque tous les électorats. Enfin, contrairement à une campagne politique souvent dominée par les questions migratoires ou identitaires, les préoccupations économiques arrivent en tête des priorités des électeurs, devant les enjeux sociaux, environnementaux et identitaires.
À sept mois du scrutin, cette première photographie ne préjuge évidemment pas du résultat final. Mais elle met en évidence deux phénomènes majeurs : un RN installé à un niveau électoral inédit et une France profondément inquiète, qui exprime massivement son désir de changement.

