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Karim Bouamrane défie Mélenchon et vise le second tour de la présidentielle 2027

Karim Bouamrane défie Mélenchon et vise le second tour de la présidentielle de 2027

Invité d’Oumma, le maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 a longuement exposé sa vision de la France au micro de Merwan Mihoubi. École, quartiers populaires, lutte contre le racisme, Palestine, retraites, souveraineté européenne, soutien aux entrepreneurs : Karim Bouamrane revendique une ligne sociale-démocrate fondée sur l’autorité, l’émancipation et la réussite. Il renvoie dos à dos le Rassemblement national et La France insoumise, tout en affirmant sa volonté de se qualifier pour le second tour de la présidentielle.

Karim Bouamrane ne cache plus ses ambitions. Réélu maire de Saint-Ouen-sur-Seine en 2026 et désormais candidat à l’élection présidentielle de 2027, l’ancien dirigeant d’entreprises spécialisées dans la cybersécurité entend incarner une gauche qu’il décrit comme « humaine et forte ».

Durant son entretien accordé avec notre journaliste Merwan Mihoubi, il a revendiqué un parcours différent de celui des responsables politiques traditionnels.

« Contrairement à une bonne partie de ceux qui sont candidats à l’élection présidentielle, moi, je viens de la vraie vie », affirme-t-il, rappelant avoir créé et développé plusieurs entreprises technologiques en France et à l’international avant de se consacrer pleinement à la politique.

Élu pour la première fois à Saint-Ouen en 1995, il présente son accession à la mairie de sa ville natale comme l’aboutissement d’un engagement de plusieurs décennies. Sa réélection, avec des scores particulièrement élevés dans les quartiers populaires, constituerait selon lui la preuve que son discours sur la sécurité, l’autorité et la mixité sociale ne l’a pas éloigné des populations les plus modestes.

Contre la ghettoïsation des quartiers populaires

Accusé par certains de favoriser la gentrification de Saint-Ouen, Karim Bouamrane récuse fermement ce terme. Il estime que la transformation urbaine et sociale des quartiers ne vise pas à en chasser les habitants, mais à leur garantir un meilleur cadre de vie.

« Quand on vient d’un quartier populaire, pour nos enfants et pour nos parents, on veut le meilleur », insiste-t-il.

Pour le maire de Saint-Ouen, les premières victimes de l’insécurité sont les habitants des cités eux-mêmes. Il revendique ainsi la défense de l’autorité, du respect et du civisme, qu’il refuse de considérer comme des valeurs exclusivement associées à la droite.

Il accuse également certains militants de gauche, éloignés selon lui des réalités quotidiennes des quartiers, de vouloir maintenir les habitants dans une forme d’assignation sociale et géographique.

À cette logique, Karim Bouamrane oppose un projet reposant sur la mixité sociale, la qualité des services publics, l’embellissement du cadre de vie et l’accès de tous aux meilleures écoles, aux soins et aux équipements culturels.

Rendre l’école publique attractive

L’éducation occupe une place centrale dans son discours. Karim Bouamrane reconnaît que de nombreuses familles se détournent aujourd’hui de l’école publique, notamment par crainte d’une baisse du niveau scolaire ou d’un environnement insuffisamment sécurisant.

Pour inverser cette tendance, il défend un investissement massif dans les écoles élémentaires et les activités périscolaires.

À Saint-Ouen, il dit avoir développé l’apprentissage de l’anglais, les échanges internationaux, les jumelages avec plusieurs villes étrangères ainsi que l’accès au cinéma, au théâtre et aux pratiques sportives.

L’objectif est de rendre les établissements publics suffisamment attractifs pour que les familles n’aient plus le sentiment de devoir se tourner vers le privé.

Il plaide également pour des collèges proposant des parcours spécifiques dans la culture, le sport ou les langues étrangères. Selon lui, l’école ne peut remplir sa mission d’émancipation que si les enfants de milieux populaires peuvent côtoyer des élèves issus d’autres catégories sociales et se projeter dans des parcours professionnels ambitieux.

RN et LFI renvoyés dos à dos

L’un des passages les plus offensifs de l’entretien concerne La France insoumise. Karim Bouamrane accuse le mouvement de Jean-Luc Mélenchon d’instrumentaliser les habitants des quartiers populaires et les citoyens confrontés au racisme.

Il reproche à LFI d’entretenir une vision victimaire qui enfermerait les Français noirs ou maghrébins dans une identité politique prédéterminée.

« Lorsqu’on est rebeu, pour eux, on est obligé de prendre position, on n’a pas le droit d’être plus nuancé », dénonce-t-il.

Karim Bouamrane affirme néanmoins combattre avec la même détermination l’extrême droite. Il dénonce le discours du Rassemblement national, qui associerait systématiquement les musulmans à l’islamisme, à l’insécurité ou à une prétendue menace pesant sur l’identité française.

Il renvoie donc les deux formations dos à dos : le RN alimenterait la peur des musulmans et des immigrés, tandis que LFI exploiterait politiquement les discriminations et les fractures sociales.

Son ambition est de proposer une troisième voie fondée sur l’idéal républicain, la fraternité et la démocratie sociale.

Palestine : condamnation du Hamas et de la politique de Netanyahou

Interrogé sur la Palestine et les conséquences du 7 octobre, Karim Bouamrane défend une position qu’il présente comme constante.

Il condamne les attaques du Hamas, qu’il qualifie d’actes terroristes, tout en dénonçant avec force la politique menée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou, la colonisation des territoires palestiniens et les bombardements ayant causé la mort de très nombreux civils.

« Il y a 60 à 65 % de victimes qui sont surtout des femmes et des enfants civils. C’est la folie », affirme-t-il.

Le candidat défend la création de deux États et la reprise d’un processus de paix. Il estime également que les décisions des juridictions internationales doivent être appliquées, y compris si elles concernent le Premier ministre israélien.

À la question de savoir si Benyamin Netanyahou devrait être arrêté s’il se rendait en France en vertu d’un mandat international, Karim Bouamrane répond sans ambiguïté : « C’est le droit, bien sûr, il faut l’appliquer. »

Il appelle toutefois à ne pas limiter l’engagement international de la France à la seule question palestinienne, évoquant également les drames du Liban, du Soudan et de la République démocratique du Congo.

Une gauche qui valorise la réussite

Karim Bouamrane assume une conception de la gauche qui ne considère pas l’enrichissement ou la réussite entrepreneuriale comme suspects.

« Quand on est issu d’un milieu populaire, on veut gagner plus d’argent, et on veut le gagner avec fierté et légalement », explique-t-il.

Il critique une partie de la gauche qui, selon lui, tolère les personnes issues de l’immigration tant qu’elles restent dans des rôles militants ou subalternes, mais accepte plus difficilement de les voir devenir dirigeants d’entreprise, ministres ou prétendants à la présidence de la République.

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Pour autant, il récuse l’étiquette de libéral. Il se définit comme un social-démocrate favorable à une puissance publique forte, capable de garantir la santé, l’éducation, la sécurité et le logement.

L’État doit selon lui accompagner les entrepreneurs, faciliter la création d’entreprise, simplifier les démarches administratives et soutenir les projets issus des milieux populaires. Mais les entreprises bénéficiant de l’aide publique doivent également investir dans le pays, employer localement et payer leurs impôts en France.

Retraites : distinguer le travail subi du travail choisi

Sur les retraites, Karim Bouamrane adopte une position qui pourrait susciter de vifs débats à gauche.

Il estime nécessaire de tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et de l’évolution démographique pour assurer la pérennité du système de protection sociale.

Il propose toutefois de distinguer les carrières pénibles, commencées très jeunes, des métiers dans lesquels les salariés peuvent continuer à exercer sans subir les mêmes contraintes physiques.

« Il faut déconnecter le travail subi du travail voulu », résume-t-il.

Le candidat considère ainsi que certaines personnes pourraient travailler jusqu’à 67, 68 ou 69 ans, tandis que les ouvriers, les agriculteurs et les salariés exposés à la pénibilité devraient pouvoir partir beaucoup plus tôt.

Il appelle à un débat national sur le financement de l’État providence, alors que la France doit, selon lui, investir davantage dans l’école, la santé, la justice, la police et la défense.

Santé et logement : davantage d’équité

Karim Bouamrane veut également réinterroger l’universalité du remboursement des soins. Sans remettre en cause l’accès de tous à la santé, il estime que les Français disposant de revenus très élevés pourraient contribuer davantage que les ménages modestes.

À Saint-Ouen, il met en avant la création d’une mutuelle municipale destinée notamment aux classes populaires et moyennes qui ne bénéficient pas toujours des dispositifs réservés aux plus précaires.

Sur le logement, il souhaite réduire la TVA afin de faciliter la construction et l’accès à la propriété. Il considère le logement comme un bien de première nécessité et comme l’une des principales sources d’inégalités sociales.

Lorsque le marché privé ne permet pas de garantir un logement digne, la puissance publique doit selon lui intervenir.

Pour une souveraineté française et européenne

Ancien professionnel de la cybersécurité, Karim Bouamrane accorde une importance particulière à la souveraineté numérique.

Il appelle à la construction d’une politique européenne commune dans les domaines de l’intelligence artificielle, du cloud, de la protection des données et de la cybersécurité. Il estime que la France et l’Europe restent trop dépendantes des grandes entreprises technologiques américaines.

Il souhaite également renforcer la souveraineté militaire et énergétique du continent.

Pour lui, la France ne pourra retrouver une véritable influence internationale qu’en s’appuyant sur une Europe politiquement et militairement plus forte. Il défend une augmentation importante des dépenses de défense, ainsi qu’une stratégie énergétique combinant nucléaire, géothermie et sortie progressive des énergies fossiles.

Il critique par ailleurs la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, qu’il présente comme la conséquence d’un accord politique ayant affaibli la souveraineté énergétique française.

Protéger les PME et les agriculteurs

Karim Bouamrane veut faciliter l’accès des petites entreprises aux marchés publics et instaurer une préférence locale « à compétences égales ».

Il souligne que les jeunes entreprises ont besoin de commandes récurrentes et de visibilité, et pas seulement d’aides ponctuelles. La simplification administrative, l’accès au financement et le soutien au besoin en fonds de roulement figurent parmi ses priorités.

Il appelle également à protéger certains secteurs exposés à la concurrence internationale, notamment l’agriculture.

Selon lui, l’Union européenne doit cesser d’appliquer les mêmes règles à des activités aussi différentes que l’agriculture, l’industrie et les logiciels. Elle doit être capable de défendre les agriculteurs français face aux produits importés qui ne respectent pas toujours les mêmes normes sociales, sanitaires ou environnementales.

Dans les secteurs technologiques, il veut en revanche attirer et retenir les ingénieurs français, en offrant des conditions fiscales et immobilières favorables aux start-up spécialisées dans l’intelligence artificielle.

« Je serai au second tour en 2027 »

Karim Bouamrane se montre particulièrement affirmatif lorsqu’il évoque l’élection présidentielle.

Il estime pouvoir récupérer une partie de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi convaincre des citoyens hésitant désormais entre la gauche et le Rassemblement national.

Son objectif n’est pas seulement de rassembler les différentes formations de gauche, mais de construire une majorité dépassant les frontières politiques traditionnelles.

« Je serai au second tour en 2027 », assure-t-il, convaincu de pouvoir ensuite battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella.

Il appelle enfin Jean-Luc Mélenchon à débattre directement avec lui, proposant même que cette confrontation soit organisée sur le plateau d’Oumma TV.

« Quand il veut, moi je le fais ici, à Oumma TV », lance-t-il.

Une invitation publiquement relayée par Oumma, qui entend poursuivre cette série d’entretiens afin de donner la parole aux différentes sensibilités politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

En conclusion de l’émission, Karim Bouamrane a tenu à saluer le travail réalisé par Oumma depuis plus de vingt-cinq ans. Il a rendu hommage à un média qu’il refuse de réduire à l’étiquette de « média communautaire », estimant qu’Oumma participe pleinement au débat public, politique et intellectuel français.

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