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Définir le capitalisme pour combattre ses dérives sociales et écologiques

Le profit par l’endettement

La première façon, basique, consiste à faire de l’argent à partir de l’argent, via un prêt. La logique financière veut que plus un projet est risqué, et plus les intérêts demandés seront élevés.

Cette manière passive de faire de l’argent est à l’origine de l’aggravation des inégalités de richesse. En effet, cette logique classe les emprunteurs selon leur richesse. Plus une personne est riche et plus elle sera favorisée. La situation est inversée pour le pauvre.

Par itérations successives, les riches accumulent de plus en plus de richesses (et de pouvoir), et les pauvres de plus en plus de retard.

Cette logique inégalitaire est acceptée de tous : politiques et économistes de gauche ne la remettent pas en cause.

Seules les religions étaient très strictes dans le passé sur ce mécanisme qui crée de l’injustice sociale : le surplus gagné au détriment du pauvre lors d’un prêt était considéré comme une morsure.

Le profit par l’investissement

La deuxième façon de faire du profit à partir du capital, est d’investir dans un projet industriel ou commercial, et de profiter des gains quand il y en a, mais d’être solidaire des pertes quand les choses vont mal.

Cette manière de faire des profits est la démarche d’un investisseur dans un projet entrepreneurial, mais aussi dans une autre mesure celle un peu plus passive d’un actionnaire.

Certains voient difficilement la différence entre les deux manières de faire du profit sur le capital. Ils diront même que le prêt avec intérêts est une sorte de commerce.

Mais là où l’investissement libère les énergies, l’endettement aliène l’emprunteur.L’investisseur accepte dans sa prise de risque l’échec éventuel de l’entreprise, le banquier quant à lui, détruira socialement l’endetté s’il venait à faire défaut.

Le capitalisme porte en lui la noblesse de la prise de risque de l’investisseur, qui permet l’expression des talents par le travail. Mais il porte aussi en lui la laideur de la logique bancaire qui en classant les individus en fonction du statut social de chacun, exacerbe les inégalités de richesse.

Pour combattre le côté néfaste du capitalisme, il faut bien faire la distinction entre ces deux manières de faire du profit à partir du capital. La logique bancaire est la racine du mal dans nos sociétés.

La corruption d’un système

Il faut faire la différence entre le détenteur du capital, créateur de richesses tangibles source d’activités. Et le détenteur de capital monétaire qui s’enrichit simplement en endettant les autres pour en tirer profit.

Cependant, dans un système entaché d’usure bancaire, l’investisseur peut être considéré comme un favorisé du système et il peut aussi se comporter de manière anti-sociale.

Comme le système bancaire favorise la classe des riches sur celles des pauvres, certains investisseurs productifs peuvent être considérés comme des profiteurs du système, car ils ont un accès privilégié à l’argent via les crédits bancaires. Il est donc nécessaire de faire une différence entre l’investissement qui se fait à partir de l’épargne, et celui qui se fait à partir du crédit bancaire.

Aussi, la situation de précarité financière des travailleurs endettés peut être exploitée par des dirigeants d’entreprises peu scrupuleux, sous la pression des actionnaires. La dette plonge les travailleurs dans un état de servitude qui réduit leurs libertés d’actions. Les travailleurs sont pris en étau par le patronat qui met la pression par le levier du travail, là où le banquier met la pression par le levier financier.

Ainsi, à la voracité du banquier, il peut se greffer la voracité d’un patronat et d’actionnaires peu scrupuleux. Ensemble, ils essaieront de trouver le seuil optimal de tolérance des travailleurs pour ne pas arriver à un point de rupture néfaste pour leurs activités lucratives.

Cet intérêt commun entre banquiers, patronat et actionnaires, donne l’impression d’une connivence, faisant d’eux des alliés aux intérêts communs. C’est cette connivence qui entache la réputation des investisseurs faisant d’eux des profiteurs indirects de la pression bancaire. Mais sans endettement, les travailleurs gagneraient en liberté d’action, et pourraient donc entretenir des relations bien plus équilibrées avec le patronat et les actionnaires.

La solution pour sortir de cette impasse

Le principal levier d’action du capitalisme repose sur la capacité d’endetter les masses pour leur permettre de consommer puis de travailler. Bien sûr les principaux profiteurs de cette situation d’endettement sont les banquiers, grâce à l’encaissement des intérêts.

Cette emprise des banquiers sur notre économie est aussi néfaste pour l’écologie, car les crédits bancaires sont le moteur de la surconsommation. Ces crédits créent de la « monnaie-dette » à la capacité quasi infinie. D’ailleurs, plus de 90% de la monnaie en circulation est de la monnaie-dette émise par les banques commerciales au moment de l’octroi des crédits.

Il est donc urgent de penser à une monnaie qui ne soit pas liée aux crédits, et qui n’endette pas les masses en les poussant à la surconsommation néfaste pour notre planète.

Une monnaie à la croissance limitée, dans la mesure d’une croissance économique soutenable pour notre environnement écologique.

Une monnaie émise par la banque centrale selon des directives démocratiques, et non pas comme c’est le cas de nos jours, par des banques privées qui agissent dans les intérêts d’une minorité.

10 commentaires

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  1. Notre économie est basée depuis des siècles sur le prêt à intérêt. Le prêteur prête à un demandeur en échange d’un intérêt raisonnable. Si cet intérêt disparaît, pourquoi prêter ?
    C’est la base du capitalisme, qui permet à l’emprunteur de lancer une entreprise ou d’acquérir un bien et au prêteur d’accroître son capital, lequel capital peut être ensuite prêté à nouveau à un nouvel emprunteur désireux d’entreprendre et de s’enrichir.
    Emprunteur et prêteur y trouvent donc un intérêt commun et l’économie se développe.
    Sans ce système, l’économie stagne comme dans les pays musulmans. La richesse de l’Europe qui s’accroît à partir du 15e siècle provient du système capitaliste, les premières banques apparaissant en Italie et en Allemagne.
    Sans économie capitaliste, il est difficile de développer les pays musulmans, qui en plus ne maîtrisent pas leur démographie et n’innovent pas.

    • ALIKHAN 07 : Ta présence sur ce forum, est très enrichissante, tes interventions, sont des bijoux de lumière, ta pensée reflète l’ amour, et la pensée humaine universelle . L’ humanité devrait te glorifier, a chacune de tes pensée. La sagesse de tes propos, devrait servir de modèle, et être enseignée dans les écoles du monde entier, tellement elle reflète l’ altruisme, l’ amour de l’ être humain !

  2. Il faudrait que les musulmans lisent plus souvent Marx pour comprendre ce qu’est en fait la dette, ce qu’est l’argent et pourquoi l’usure est interdite ainsi que tout ce qui vise à accumuler pour accumuler. Si on lit Marx, on comprend tout à fait autrement le sens profond des mots et des paroles du Coran concernant l’économie, l’usure, l’accumulation, l’argent. Car lui, en utilisant la méthode matérialiste a dénoncé certes les perversions qui se sont produites dans les religions mais il a aussi apporté un argumentaire rationnelle débarrassée des rêveries des faux croyants pour qu’on analyse objectivement les rapports économiques et les rapports de production. Malheureusement, les despotes injustes ont fait peur aux musulmans comme aux chrétiens en leur disant que Marx est un athée et que s’ils le lisent ils iront en enfer. Les chrétiens se sont un peu libérés de cette terreur psychologique en élaborant à partir de Marx et de la Bible la théologie de la libération. La théologie de la libération islamique a été ébauchée de son côté mais elle est encore trop limitée car, au lieu d’avoir une analyse rationnelle des phénomènes économiques et sociaux, ce à quoi appelle le Coran, les musulmans ont glissé trop souvent depuis des siècles vers une approche magique du texte, ce qui les amène vers la peur et le conservatisme social, et ce qui rend l’islam stérile. http://www.lapenseelibre.org/2016/07/n-121-critique-du-capitalisme-a-la-lecture-des-versets-du-coran-3-3.html

      • alors qu’est-ce que vous faites sur ce site si les choses sont aussi simples pour vous ? Visiblement, vous n’avez même pas lu la totalité du texte de Marx que vous citez en raccourci, car vous comprendriez qu’il parlait d’un contexte très précis qui correspond à une partie de la réalité mais pas à la totalité. Vous allez me dire que Boff, Malcolm X, Iqbal, Chavez, Zapata sont des vendeurs de drogue ?

  3. @Afif Haoli
    vous relevez avec justesse me semble-t-il, le danger que représente le capitalisme financier en opposition au capitalisme productif.
    L’économie s’étant mondialisée, ce “cancer” selon votre expression ne peut plus être maîtrisé, par défaut d’une gouvernance mondiale (inexistante) qui inclurait dans dans ses attentes, des notions indispensables d’éthique.
    pour le coup, tout le système fonctionne comme un canard sans tète.
    Vous appeler à un changement de système économique, plus conforme aux valeurs islamiques, avec comme prérequis, la mise en place d’une véritable démocratie.
    Pourrait-on compléter la phrase de la manière suivante :
    “plus conforme aux valeurs islamiques, et aux intérêts de l’humanité toute entière” ?
    Vous évoquez la corruption en terre musulmane.
    J’entend assez souvent parler de ce fléaux, mais je me garderai de tous commentaires sur un sujet, ou vous êtes, vous même surement mieux informé que moi.
    Par contre, si cela peut vous apporter un peu de baume au cœur, les pays musulmans n’ont pas le monopole de ce genre de pratique, sauf que dans les démocraties occidentales,la délinquance est beaucoup plus subtile, en raison même de l’opacité des systèmes financiers.
    Mais elle une réalité qu’on ne peut ignorer, au travers de toutes les pratiques mafieuses, et des scandales financiers à répétition
    La démocratie est nécessaire, mais pas suffisante, s’il n’y a pas une gouvernance efficace et solide.
    Pour terminer sur ce sujet, je partage l’idée que l’action des couches populaires, sera de nouveau décisive dans les prochaines années.
    Dans cet esprit,Les gilets jaunes, pourraient être, les nouveaux déclencheurs de beaucoup de prise de conscience.
    C’est à mon avis l’amorce d’un mouvement qui va s’inscrire dans la durée, sous des formes diverses, et surement s’étendre à d’autres pays européens.
    Bref, courage à tous, car il faudra beaucoup d’efforts aux générations futures, pour relever tous ces défis.
    amicalement

  4. Une question : j’ai une maison payée, une pension de retraite suffisante, des enfants adultes et autonomes et en prime 100 000 euros de côté. J’en fais quoi ?
    Toute personne ordinaire conseillera de les placer sans risque ; livret A, assurance-vie… etc.
    Pourquoi investir et risquer de perdre une vie d’économies ?
    Pourquoi les prêter sans en attendre un intérêt à un hypothétique entrepreneur sans aucune garantie ?

    Il me faudrait de solides croyances religieuses ou idéologiques (d’où États, imams et pasteurs tirent autorité et pouvoir).

  5. Merci Nouar pour ce texte complet.
    Il faut cependant définir la monnaie au préalable.
    De nos jours, 90% de la monnaie est de la dette émise par des banques privées. Donc sans crédit, point de monnaie.
    C’est pour cette raison que la monnaie doit être de la monnaie émise à 100% par la banque centrale pour que les préceptes inspirés des textes religieux soient applicables.
    Anice

  6. Oran, le 18/10/2008
    —————————-
    La crise financière qui a éclaté récemment aux Etats-Unis et qui va engloutir des centaines de milliards de dollars du trésor américain, somme qui aurait sauvé des millions de vies humaines de la famine et de la maladie, a eu un traitement symptomatique. De nouvelles crises avec de nouveaux sauvetages hallucinants surviendront tôt ou tard tant qu’on ne traitera pas la cause de ces crises cycliques.

    Tous les analystes s’accordent à dire que cette crise est celle du marché financier et non celle de l’économie réelle. Encore faut-il en donner une explication de fond et non des explications parcellaires ou accessoires. C’est ce que nous allons tenté de faire en nous basant sur les fondamentaux de l’islam concernant le traitement des capitaux :

    1. Cette religion prohibe de manière absolue le placement ou le prêt avec un intérêt, prohibition qui a pour conséquence la non-augmentation du capital par lui-même. Le capital n’a d’autre possibilité d’augmenter que par son investissement dans le secteur de la production des richesses.

    2. Si le capital est thésaurisé, donc non investi, il est l’objet d’une ponction annuelle de 2,50 % de sa valeur, appelée “zakat” et destinée aux démunis. Cette ponction n’a pas la fonction d’impôt pour assurer les services publics, comme certains le pensent : c’est une contribution de solidarité sociale destinée à être distribuée à des personnes physiques dont le revenu mensuel est inexistant ou ne leur suffit pas à boucler leurs dépenses mensuelles. Cette ponction a également pour effet l’extinction à terme des capitaux dormants : à titre d’exemples, au bout de 80 années, le capital thésaurisé perd 87 % de sa valeur, au bout de 100 années 92 % de sa valeur. Cette ponction n’est plus redevable au-dessous de la valeur équivalente à celle de 85 grammes d’or. Ce minimum (nissab) varie d’année en année avec le cours de l’or.
    3. Si le capital thésaurisé est prêté, la ponction charité de 2,50 % ne lui est pas applicable : de ce fait, le capital thésaurisé peut être maintenu à sa valeur initiale.

    Considérons maintenant les conséquences de l’augmentation du capital par lui-même, de son maintien à sa valeur initiale et de sa diminution grâce à la ponction charité de 2,50 %.

    1. L’augmentation du capital par lui-même est le système que le monde entier applique actuellement, même par les pays musulmans. Tout détenteur d’une rente peut la faire fructifier sans risque dans un placement épargne. S’il ne touche aux intérêts de fin d’année, sa rente va augmenter indéfiniment sans contrepartie équivalente dans l’économie réelle (tous les placements de capitaux ne sont pas investis). Résultat : l’équilibre masse monétaire/biens et services est constamment rompu et de nouveaux équilibres interviennent par l’augmentation des prix des biens et services. L’inflation ininterrompue qui frappe les monnaies de tous les pays depuis plus d’un siècle n’a pas d’autre explication.

    2. A contrario, si les taux d’intérêt sont prohibés et le capital maintenu de ce fait à sa valeur initiale, la variation de la masse monétaire ne concernera que la variation des biens et services produits. La non-augmentation des capitaux rentiers aura un effet incontestable sur la stabilité des prix et le pouvoir d’achat des monnaies nationales. En tout état de cause, la non-augmentation des capitaux rentiers vaut suppression radicale d’un facteur inflationniste important.

    3. En ce qui concerne la diminution des capitaux dormants par la ponction charité annuelle de 2,50 %, elle aura trois conséquences :
    a) la relance de la consommation par l’augmentation des bas revenus ;
    b) l’incitation à investir le capital thésaurisé pour éviter son extinction ;
    c) l’incitation à consentir des prêts sans intérêt pour maintenir sa valeur initiale.
    Ces trois conséquences ont pour effet final la relance de l’économie réelle.

    A ce sujet, beaucoup de pratiquants musulmans s’ingénient à fuir la ponction charité en plaçant leurs capitaux dans des valeurs refuges comme les biens immobiliers ou les métaux précieux. Mais ils doivent savoir que même les bijoux des femmes qui sont en principe exonérés de la ponction charité ne le sont plus lorsque l’intention de sa propriétaire a été de les avoir achetés pour en faire un placement, le principe général en la matière étant que tout bien matériel non utilisé ni dans la production des biens et services, ni dans la consommation (location de logement) doit faire l’objet de la ponction charité, y compris par exemple, des chambres ou des étages d’une maison habitée jamais utilisés. Pour que la ponction charité garde toute son efficacité, elle ne doit pas être laissée à la discrétion des détenteurs de capitaux mais calculée et prélevée par un organisme étatique, comme cela se pratiquait dans les premiers Etats musulmans.

    L’économie de marché a fait ses preuves au cours de ces deux derniers siècles dans la production des biens et services et dans les progrès technologiques. C’est incontestable. Cependant, le marché financier qui malheureusement l’accompagne lui a causé beaucoup de tort dans le passé et jusqu’à présent. C’est un parasite de l’économie réelle qui s’est mu en cancer lors de ces dernières décennies avec la multiplication des produits financiers et la facilitation des emprunts, facilitation faisant l’impasse des garanties et compensée par des taux élevés. Le marché financier est un facteur de désordre qui étouffe l’économie réelle de manière cyclique. Au lieu de s’attaquer à ses conséquences, n’est-il pas plus intéressant de s’attaquer à sa cause ?

    Pour nous, musulmans, la cause est entendue : les taux d’intérêt doivent être prohibés de manière absolue et nous pensons que c’est pour le bien de l’humanité toute entière. Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire que les civilisations échangent une bonne idée : les exemples sont légion. Il est cependant malheureux de constater qu’il n’existe aucun modèle économique basé sur l’absence de taux d’intérêt. Les économistes des pays musulmans auraient pu construire un tel modèle économique ne serait-ce que par obligation religieuse ou, dans le cas contraire, nous démontrer que c’est un modèle irréaliste. Or, par fainéantise intellectuelle ou par mimétisme, ils se contentent de reproduire ce que créent leurs homologues occidentaux.

    Nous proposons modestement ci-après les fondements de ce modèle économique sans taux d’intérêt :

    1. Postulat de base : aucun placement d’un capital et aucun prêt n’ouvre droit à un intérêt quels que soit le montant ou la durée ;

    2. Tout capital dormant quelle que soit sa nature (fonds monétaires, biens immobiliers non occupés, métaux précieux) est frappé d’un impôt qu’on peut appeler impôt sur la fortune.

    3. Sont exonérés de l’impôt sur la fortune :
    a) les capitaux investis sous forme d’actions,
    b) les autres valeurs mobilières,
    c) les prêts qui sont bien sûr sans intérêt,
    d) les biens immobiliers utilisés dans la production de biens et services ou dans la consommation (logement).

    Utopie certes : car, même s’il est possible de construire un modèle économique sur de telles bases, il sera rejeté par le capitalisme financier qui détient le pouvoir d’état dans la plupart des pays occidentaux. C’est une hérésie que d’imaginer d’éliminer les taux d’intérêt qui constituent la pierre angulaire de tout le système économique que le capitalisme financier impose au monde entier. Le plus incongru dans ce schéma, c’est l’adhésion démocratique de toutes les forces politiques influentes dans les pays occidentaux, alors même que les détenteurs de capitaux ne sont qu’une minorité électoralement parlant. Ainsi, l’impuissance des partis socialistes face aux partis de droite ne s’explique-t-elle pas par le fait que leurs politiques et leur combat se déroulent dans le cadre des règles de jeu du capitalisme financier ? Par exemple, au lieu de revendiquer péniblement, à intervalles réguliers, l’augmentation des salaires par syndicats interposés, n’est-il pas plus indiqué de frapper au cœur du système pour tarir l’inflation à la base : c’est-à-dire revendiquer l’élimination des taux d’intérêt pour stabiliser la masse monétaire et par conséquence le pouvoir d’achat. Par contre, l’impôt sur la fortune que nous considérons comme deuxième fondement du modèle économique proposé est fréquemment revendiqué par certains partis de gauche en France : malheureusement, la distinction n’est pas faite entre les capitaux dormants parasites et les capitaux investis qui sont utiles pour la société et l’emploi. Le résultat politique négatif de cette revendication est la jonction du capitalisme financier et du capitalisme productif qui se retrouvent du même côté de la barrière. Imposer le profit en tant que revenu est tout à fait logique, mais imposer le capital qui a permis ce profit est suicidaire : la règle de bon sens serait de répartir les œufs de manière équitable tout en préservant la poule pour d’autres pontes. Troisième aspect politique du modèle proposé : si les partis alternatifs et les partis de gauche occidentaux réussissent à imposer un modèle économique sans taux d’intérêt, il serait logique et juste de revendiquer la distribution de l’impôt sur la fortune à l’ensemble des salariés au lieu de le destiner au service public et ce, dans le cas où on estime comme le grand économiste occidental Karl Marx, que la formation du capital imposé est l’œuvre de tous les salariés.

    Dans les sociétés occidentales, le taux d’intérêt est entré dans la culture des masses, il est par conséquent très difficile de l’éradiquer à moins d’une crise financière majeure qui se retourne contre la grande majorité de la société.

    Y a-t-il alors un espoir de tester un modèle économique sans taux d’intérêt dans les pays musulmans ? Or, là aussi, l’espoir est mince quand on constate la politique de crédit pratiquée par les banques dites islamiques et non fustigée par les théologiens musulmans. Exemple vécu à Oran en Algérie : si vous voulez acheter une automobile qui coûte environ 700 000 dinars algériens chez le concessionnaire, la banque islamique vous la propose à 1 000 000 dinars à payer en 5 ans par mensualités. Pour la banque et nos théologiens, la banque a réalisé un bénéfice dans une opération achat-vente et n’a pas usé de taux d’intérêt. Le bénéfice est licite et l’opération semble irréprochable. Or, ce que nos théologiens savent très bien aussi, c’est que tout bénéfice acquis au-dessus du prix du marché du jour de l’achat est usurier et donc illicite, surtout, circonstance aggravante, si l’acheteur est pris à la gorge, n’a pas d’autre moyen d’acheter directement chez le concessionnaire et se trouve obligé de se faire plumer par la banque. Donc, cette manière de procéder est illicite. En fin de compte, le crédit proposé par la banque islamique dont la durée et les mensualités sont identiques à n’importe quelle banque non islamique a été calculé sur la base d’un taux d’intérêt déguisé. Par conséquent, les banques islamiques sont le mauvais exemple à ne pas suivre et sont loin du modèle économique anti-inflation et anti-crise financière que nous proposons. Ce modèle est à construire et vite, car, les dirigeants des états musulmans sont les premiers responsables de la pratique du taux d’intérêt par leurs banques nationales.

    En conclusion, bien que les musulmans en tant que communauté, ont le devoir de vivre dans un environnement économique sans taux d’intérêt, les Etats musulmans tels qu’ils sont gouvernés actuellement avec le verrouillage du champ politique, l’absence de débats d’idées et sans contre-pouvoir sérieux vont persévérer dans leur aveuglement à pratiquer les taux d’intérêt. Pas seulement, car la pratique du taux d’intérêt est aggravée par un autre fléau condamné de manière absolue par la religion islamique, à savoir la corruption. Les Etats musulmans sont parmi les pays les plus corrompus du monde et foulent ainsi allègrement au pied depuis des dizaines d’années les deux prescriptions religieuses que sont l’interdiction du taux d’intérêt et la condamnation de la corruption (corrupteurs et corrompus). Le changement de système économique conforme aux valeurs islamiques ne se réalisera à notre sens qu’avec l’avènement de la démocratie dans ces pays. Par conséquent, la mise en œuvre d’un modèle économique sans taux d’intérêt ne viendra pas des Etats musulmans existants, mais s’imposera avec le temps et les crises financières cycliques et douloureuses pour les couches sociales non responsables du désordre financier. Elle sera l’œuvre des partis de gauche, représentant ces couches populaires, ceux qui sont au pouvoir (Amérique latine) et ceux dans l’opposition (Union européenne) alliés au capitalisme productif de tous les pays. Il appartient aux chercheurs d’orienter ces forces politiques en définissant les étapes dans le temps et l’espace pour la réussite de cette révolution financière.

    Nouar Beneddine est cadre d’entreprise à Oran, Algérie

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