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Crise au Burundi : comment sortir de cette impasse ?

Depuis plus de 20 ans, le Burundi, ce pays d’Afrique de l’Est sans accès à la mer, entouré par la République démocratique du Congo à l'ouest, le Rwanda au nord, et la Tanzanie à l'est et au sud, traverse une crise politique profonde. C'est en 2000, plus précisément le 28 août, que la situation a connu une nette amélioration, grâce notamment aux accords d'Arusha scellés pour la paix et la réconciliation. Force est de constater que cet acte fort n’a pas produit les effets escomptés jusqu'à maintenant. Plusieurs raisons nous amènent à expliquer l’impasse dans laquelle se trouve acculé le pays.

Depuis les décolonisations, allant de la première génération des Indépendances à la troisième, la grande majorité des Africains n'a connu que le règne du pouvoir unique. Il aura fallu attendre les années 1990, avec les conférences dites souveraines, pour que le cours des choses évolue, à travers l’instauration du multipartisme en échange d'une aide économique octroyée par la France, sous l’ère Mitterrand, lors du sommet de la Baule. En effet, il aura fallu attendre 6 ans, soit en 1996, pour que feu Nelson Mandela puisse proposer de négocier des accords portant l’appellation d’Arusha, du nom de la ville située en Tanzanie où ils furent signés sous son égide.

Les Accords d'Arusha de 1996 à 2005

Il faut remonter aux années 1996 pour décrypter le blocage qui a paralysé le Burundi et la crise qui continue de le fragiliser aujourd’hui, dus principalement au président du pays, Pierre Buyoya, et à son coup d'état fomenté à la suite de l'initiative régionale de négociations de paix lancée, en novembre 1995, sous la médiation de l'ancien président de Tanzanie, Julius Nyerere, par les présidents du Burundi, du Rwanda, de l’Ouganda, ancien Zaire (Congo).

Cette démarche régionale, proposée par l'ancien président de Tanzanie Julius Nyere, visait à garantir une paix durable de nature à favoriser la stabilité entière de la région.

Bloquée par deux années d'immobilisme qui furent l’œuvre de l'ancien président Pierre Buyoya, et en l’absence d'une reconnaissance légale des partis d'opposition, la médiation n’a pas pu aboutir à la cessation armée entre l'armée et les milices Hutus.

C'est sous la médiation du Président d’Afrique du Sud, le défunt Nelson Mandela, que les accords d'Arusha ont pu faire leur chemin dans les esprits et voir le jour. Cette initiative mobilisa au total plus de 700 militaires chargés de veiller à la sécurité des opposants exilés. Une condition indispensable pour assurer la transition et veiller au bon fonctionnement de la post- transition. Ainsi, les accords d'Arusha entrèrent en vigueur le 1er novembre 2001.

Les objectif sont clairs : ils prévoient notamment une période de transition échelonnée sur une durée de trois ans, dans l’attente que le déroulement des élections municipales et législatives s'organise conformément à l'accord signé par les différentes parties. Les objectifs sont donc multiples. Créer le multipartisme, lutter contre l’impunité pendant la transition, défendre les droits inaliénables de la personne humaine, parvenir à l'arrêt immédiat des hostilités, ainsi qu’à la réhabilitation suivie d'une réinstallation des réfugiés et sinistrés, empêcher l'exclusion ethnique entre Tutsis et Hutus, instaurer des principes constitutionnels solides pendant la période de post- transition, respecter la chartre des droits fondamentaux, et enfin instituer une commission de réconciliation nationale.

Le président Pierre Nkurunziza, avec le président Pierre Buyoya, fait partie des signataires des accords de paix d'Arusha marquant la fin de la guerre civile burundaise en 2000. Ces accords prévoyaient une période transitoire jusqu'en 2005 permettant de veiller à leur application, sous l'impulsion de Libère Bararunyeretse, l’ancien Secrétaire du parti d'opposition de L’Union pour le progrès national (UPRONA ), ancien ministre de l’Intérieur et ex-député de Bujumbura, la capitale du Burundi, à qui fut confiée par le président en personne la mission de négocier les accords d’Arusha.

Le parti politique, dit FDD, du Président Pierre Nuzizihsa, est sorti victorieux des élections législatives du 4 juillet 2005. Il s'en est suivi que, lors de l’élection présidentielle du 19 Août 2005, l'Assemblée nationale et le Sénat, réunis en congrès, ont élu président Pierre Nuzizihsa pour un mandat de 5 ans, rééligible une seule foi. Ce vote participait à l'étape finale du processus de paix entamé depuis plus de 8 ans. Celui-ci sera réélu une nouvelle fois en 2010. La crise post-électorale éclata en avril 2015, lorsque le Président Nkurunziza décida, sans concertation préalable ni référendum, de briguer un troisième mandat au cours de  l'élection présidentielle de juin 2015. Cette totale violation des accords d'Arusha a dès lors enfoncé le pays dans une grave crise politique.

 

Un troisième mandat sous haute tension

Les tensions ont commencé à monter dans les rangs de l'opposition, dès l’annonce du président Pierre Nkurunziza de se représenter une fois de trop et de former un gouvernement d’union nationale, dans le but de relancer le dialogue national. La riposte ne s’est pas fait attendre, la situation se détériorant rapidement, au point de déclencher un soulèvement populaire, le 16 novembre, initié par la société civile et une partie de l’opposition qui s’était depuis baptisée « Mouvement Arusha », causant la mort de 130 personnes en l’espace de quinze jours.

Une autre médiation a été lancée par la Communauté d’Afrique de l’est (EAC), mais ce fut un échec. A cela s'ajoute l'agression brutale d'un journaliste de RFI et collaborateur de l’AFP, Esdras Ndikumana, qui sera littéralement lynché par les autorités, après avoir été interpellé à la suite de l’assassinat, à Bujumbura, du bras-droit du Président Pierre Nkurunziza. La situation sécuritaire ne semble pas être encore stabilisée. Plus récemment, dans un discours prononcé devant la nation Burundaise, le Président Nukrizza a promis d'amnistier et de faire aimer la nation aux dissidents, en contrepartie du dépôt des armes. Dans son dernier rapport, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a fait état d’une augmentation alarmante du nombre d'arrestations arbitraires, ainsi que de tortures. Plus de 140 personnes ont été tuées et 750 arrêtées, depuis le mois d’octobre. Or, dans le royaume du Burundi, au 16ème siècle, vivaient sur les rives du lac Tangiyika des tribus liées notamment à l'ancien royaume Kongo qui incluait la Tanzanie, l'Ouganda, le Rwanda et enfin le Burundi. A cet égard, la crise post-politique, du fait de l'inter-connection ethnique dans la sous-région peut provoquer un effet de contagion et entraîner une grave crise régionale.

 

 

Découlement de la crise dans la Région

Ce climat de peur pourrait avoir un effet de contamination sur les pays limitrophes. En effet, il suffit d’observer la carte de la région pour constater que les ethnies Tutsis et Hutus sont implantées dans les territoires du fait des porosités des frontières, des états faibles, et des accointances culturelles, ethniques et politiques de cette région.

Pour résoudre la crise, je propose quelques pistes, elles se résument en trois étapes clés : d'abord, la première solution est la réactivation de la commission réconciliation, puis, il faudra ensuite créer une instance indépendante pour mieux lutter contre la corruption qui sévit au Burundi. Il faut parvenir à un compromis par la médiation d'un acteur crédible et accepté par l’ensemble des différentes parties prenantes du conflit. Il est également essentiel de faire revenir les réfugiés dans les pays limitrophes, sans aucune condition, et leur garantir les libertés les plus fondamentales. Il faut impérativement renforcer le pouvoir parlementaire, mettre en place une commission nationale et indépendante (CENI), et inclure dans les différentes constitutions de la région les ethnies diverses, comme c'est le cas au Burundi. Tous ces leviers-là favoriseront l’apaisement des tensions, le retour au calme, tout en avançant sur l’élaboration d’un consensus national et sur l’instauration d’un régime parlementaire pérenne et démocratique au Burundi.

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que la France et les États-Unis d'Amérique sont les deux principaux pays qui exercent cette influence aujourd'hui, se traduisant par la démarcation du Rwanda en une véritable ligne de partage située au cœur névralgique de cette influence.

Hamid Chriet
Géopolitologue et éditorialiste

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