C’est un retournement qui en dit long. Bernard-Henri Lévy, philosophe médiatique, milliardaire en chemise blanche et donneur de leçons professionnel, d’ordinaire prompt à dénoncer les outrances de Donald Trump, vient de lui adresser un hommage aussi inattendu qu’édifiant. Sur X (ex-Twitter), il écrit :« C’est la première fois que je le dis. Peut-être la dernière. Mais je le dis de tout mon cœur : Merci, Président Trump. Merci pour Israël. »

Le même BHL qui n’a cessé de vilipender Trump — pour son populisme, son mépris des institutions, ses dérives autoritaires, sa vulgarité crasse — efface d’un seul tweet des années de condamnations. Pourquoi ? Parce que le président américain soutient Israël sans condition, en s’alignant sur les positions les plus extrêmes du gouvernement Netanyahou, au mépris du droit international et des résolutions de l’ONU. Qu’il ait, entre autres, ordonné des frappes sur des sites nucléaires en Iran ou est complice du génocide en cours à Gaza en apportant un soutien inconditionnel à Israël ne semble poser aucun problème. Cela suffit, semble-t-il, à mériter une reconnaissance « de tout cœur ».
Cette soudaine révérence trahit une constante chez ce philosophe de plateau, millionnaire de salon, moralisateur à usage sélectif : la morale ne tient jamais longtemps face à son obsession israélienne. Peu importe que Trump ait attisé les haines raciales, nié la crise climatique, encouragé les milices d’extrême droite ou tenté un coup d’État institutionnel. Tout cela passe à la trappe dès qu’il s’agit d’Israël. Ce tweet n’est pas anodin. Il jette une lumière crue sur l’hypocrisie d’un intellectuel mondain, riche humaniste autoproclamé et militant à sens unique, qui derrière de grandes envolées éthiques, pratique une indignation à géométrie variable. Un homme qui pardonne l’impardonnable, pourvu que ça serve sa cause.



GIPHY App Key not set. Please check settings