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Aux origines de la colonisation sioniste en Palestine

Vers 1870, la population israélite de la Palestine ne s’élevait qu’à 13 000 personnes qui vivaient pour l’essentiel à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade. Le grand historien Henri Laurens transcrit, au début de son ouvrage, Le retour des exilés, le rapport de l’Alliance israélite universelle qui, en 1869, nous apprend que très nombreux étaient les juifs qui enseignaient ou étudiaient le Talmud et vivaient d’aumônes venues de l’étranger et surtout de Pologne. Une tentative de colonie agricole à Jaffa, financée par Sir Moses, avait échouée au bout d’un an. Pourtant, dans son rapport, l’Alliance écrivait que tous ceux qui ont vu le sol de Palestine « en friche » (sic) ont « indiqué la culture comme pouvant seule sauver nos frères ». De ce fait, l’Alliance avait adopté un projet de véritable colonisation agricole de la Palestine. Car le juif peut être paysan et préparer « un champ d’asile à des populations qui, demain peut-être, devront fuir en masse le fanatisme du Grec [chrétien] victorieux du Croissant ». « Enfin, vous ferez la conquête pacifique de cette terre sacrée ».

A partir du début des années 1880, les pogroms dans l’empire russe déclenchèrent une vague d’immigration juive en Palestine. Ces juifs de la « première alya » (1880-1903) s’installèrent majoritairement dans les villes mais un quart d’entre eux s’établirent dans les campagnes. Ces nouvelles colonies agricoles ne tinrent que grâce l’aide d’un banquier français, le baron Edmond de Rothschild ; ce dernier, sous divers prêtes-noms, achetait des terres, équipa les colonies de moulins, distilleries, caves, glacières, de médecins et de médicaments et leur versa de l’argent. Selon l’historien Henri Laurens, la diplomatie française soutint cette action car elle considérait ces juifs comme « une nouvelle clientèle destinée à accroître l’influence française ». La population juive utilisait d’ailleurs le français comme langue de communication.

Etait-ce « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » ? Non : des lettres de paysans palestiniens adressées au grand vizir de l’empire ottoman à Istanbul ont été retrouvées. L’excellent site middleeasteye citait, il y a quelques jours, des extraits de deux lettres (publiées par l’avocat palestinien Jihad Abu Raya), l’une datant de 1890 et l’autre de 1913. Celle de 1890 se plaignait : « La ferme a été vendue à des étrangers qui sont arrivés avec de gros budgets et ressources économiques. […] Ils ont commencé à nous expulser de notre lieu de résidence et à nous empêcher de labourer la terre ». La deuxième lettre (de 1913) fut signée par une dizaine de moukhtars (maires) de villages proches de colonies juives. Les palestiniens se plaignaient d’ « agressions contre nos villages, meurtres, pillages et viols » ; ils ajoutaient : « Tout paysan qui passe sur la route est saisi et battu, puis ils lui prennent ses vêtements et son argent. Quiconque les défie est tué et ils tirent à balles réelles sur la voie publique ». Ces palestiniens exprimaient leur inquiétude : « Nous subissons des troubles uniques, jusqu’à ce que, Dieu nous en garde, la nécessité nous oblige à émigrer de notre patrie malgré l’amour et l’amitié que nous lui portons ».

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Les procédés utilisés par l’État sioniste depuis sa création sont déjà là, avant la Première guerre mondiale : expulser les palestiniens de leurs terres, les harceler pour qu’ils abandonnent leur pays. On remarquera aussi que cette colonisation n’a été possible, à ses débuts comme après, qu’avec l’aide de financiers européens et de la diplomatie française.

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