- Comprendre l'évolution de la finance islamique au-delà de la sphère musulmane.
- Découvrir comment ses principes peuvent répondre aux préoccupations économiques actuelles.
- Explorer le développement des sukuk et leur impact sur les marchés.
La finance islamique ne s’adresse plus seulement aux investisseurs musulmans. C’est ce que souligne The Business Times, quotidien économique et financier de référence basé à Singapour, dans une tribune publiée le 26 août 2026. Le journal, spécialisé dans l’économie, la finance, les entreprises et les marchés asiatiques, donne la parole à Anurag Mathur, responsable de la gestion de fortune islamique du groupe bancaire Maybank.
Selon lui, l’intérêt de la finance islamique dépasse largement la seule question religieuse. Ses principes imposent une certaine discipline dans le choix des investissements : regarder ce que finance réellement l’argent, vérifier la solidité financière d’une entreprise et éviter les mécanismes reposant trop fortement sur l’endettement ou la spéculation. L’un des principes importants concerne en effet la limitation de l’endettement excessif. Une entreprise très endettée peut être davantage fragilisée en période de crise ou de hausse des taux. Les critères de la finance islamique conduisent donc à examiner de près le niveau de dette et la qualité du bilan d’une société avant d’y investir.
La finance islamique cherche également à limiter la spéculation excessive. L’objectif est de privilégier des investissements liés à une véritable activité économique, à des entreprises, des biens ou des projets concrets, plutôt que de rechercher uniquement un gain rapide à travers des opérations très spéculatives. Cette approche encourage une vision davantage tournée vers le long terme. Elle comporte aussi une dimension éthique. Certains secteurs sont exclus et l’investisseur est invité à s’interroger sur l’activité qu’il finance. Sur ce point, la finance islamique rejoint en partie l’investissement responsable et certains critères ESG, qui prennent en compte les conséquences environnementales, sociales et la gouvernance des entreprises. Les deux approches ne sont toutefois pas identiques : la finance islamique repose sur les règles de la charia et possède ses propres critères.
Le secteur connaît par ailleurs une croissance spectaculaire. Les actifs mondiaux de la finance islamique ont atteint 5 980 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 21 % en un an, selon le rapport Islamic Finance Development Report 2025. Un niveau qui montre que cette finance occupe désormais une place significative dans les marchés internationaux.
Autre instrument en plein développement : les sukuk. Souvent comparés aux obligations classiques, ils permettent à des États ou des entreprises de lever des capitaux tout en respectant les principes de la finance islamique. Contrairement à une obligation reposant principalement sur le versement d’intérêts, le sukuk est généralement lié à un actif, un projet ou une activité économique générant des revenus. Ils financent notamment des infrastructures, des projets énergétiques ou le développement économique dans les pays du Golfe et en Asie du Sud-Est. Les sukuk durables connaissent également une progression importante. Plus de 42 milliards de dollars ont été émis entre 2017 et le premier trimestre 2024 pour financer notamment des projets environnementaux ou sociaux. Ils illustrent le rapprochement possible entre les principes de la finance islamique et les nouveaux objectifs de la finance durable.
Enfin, cette approche ne concerne pas uniquement la manière de faire fructifier son argent. La gestion de patrimoine islamique accorde également une place importante à la transmission, à la responsabilité et à l’utilité de la richesse. Pour les familles et les entrepreneurs, la question devient donc : comment développer son patrimoine, mais aussi comment le préserver, le transmettre et lui donner une finalité ?
Cette évolution montre surtout que la finance islamique est en train de sortir du cadre dans lequel elle a longtemps été enfermée. Elle n’est plus seulement présentée comme une finance destinée aux musulmans, mais comme une méthode d’investissement capable d’apporter des réponses à des préoccupations devenues très actuelles : excès de dette, spéculation, manque de transparence ou recherche de placements ayant un impact réel. Dans un contexte marqué par plusieurs crises financières successives, cette approche peut séduire des investisseurs qui cherchent davantage de stabilité et de sens, même sans motivation religieuse.
Pour Anurag Mathur, la finance islamique ne garantit ni de meilleurs rendements ni une protection contre les crises. Son intérêt réside surtout dans la discipline qu’elle impose : moins d’endettement excessif, davantage d’attention portée à l’économie réelle, une réflexion sur l’impact des investissements et une vision de long terme. Des principes qui peuvent finalement intéresser les investisseurs, musulmans comme non musulmans.


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