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L’universitaire Haoues Seniguer dénonce dans une tribune la “criminalisation” des musulmans critiques

Dénoncer l’islamophobie ou exprimer des positions critiques sur la politique française expose désormais systématiquement les musulmans à des accusations d'”islamisme” ou de “frérisme”, alerte Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences Po Lyon, dans une tribune  publiée sur le site du quotidien La Croix

“Nous assistons à une dérive inquiétante où tout musulman visible – par son apparence ou ses prises de position – est immédiatement suspecté d’avoir un agenda caché“, explique ce spécialiste des rapports entre islam et politique, auteur de La République autoritaire (Le Bord de l’eau, 2022). Il pointe du doigt une “rhétorique du soupçon” alimentée par des termes comme “entrisme“, “séparatisme” ou “communautarisme”, employés selon lui “de façon approximative mais avec un effet stigmatisant dévastateur“.

La situation se serait aggravée depuis le discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux en octobre 2020, marquant selon le chercheur “l’entrée dans une véritable bataille culturelle contre la visibilité de l’islam en France”. Les récentes polémiques sur le voile islamique ou la défense de la cause palestinienne, souvent assimilée à un soutien au Hamas, illustreraient cette tendance. “Porter un foulard ou critiquer la politique israélienne de la France suffit aujourd’hui à vous cataloguer comme islamiste”, déplore-t-il.

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L’universitaire met particulièrement en cause le rôle de certains “chercheurs médiatiques” et responsables politiques qui, selon lui, “alimentent la montée de l’extrême droite en reprenant ses thèmes favoris”. Il cite l’exemple d’allégations récentes selon lesquelles seuls les ex-musulmans seraient capables de lutter contre l’islamisme, ce qui reviendrait selon lui à considérer les musulmans pratiquants comme “soit incapables, soit complices“.

Cette dynamique aurait des conséquences concrètes dans le débat public : “Depuis l’assassinat de Samuel Paty, dénoncer des actes islamophobes – tags sur des mosquées, dépôts de têtes de cochon – peut valoir à celui qui parle d’être accusé de ‘mettre une cible’ dans le dos des auteurs de ces actes”, affirme le politologue. Il dénonce une “logique perverse”“la victime devient suspecte” et où “les précautions de langage ne servent souvent qu’à masquer une islamophobie décomplexée”.

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