Ségolène Royal, nouvelle Madone des mosquées ?

Il est clair qu’aujourd’hui le Parti socialiste est en panique : dans de nombreuses circonscriptions popu

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vendredi 8 juin 2007

Il est clair qu’aujourd’hui le Parti socialiste est en panique : dans de nombreuses circonscriptions populaires, il doit faire face à des candidats de la gauche républicaine qui n’ont qu’un seul défaut à ses yeux : ils sont héritiers de l’immigration maghrébine et africaines ou « issus des DOM TOM » et, pire, ils osent se présenter sans son onction paternaliste.

D’où une tentation très forte dans les états majors locaux du PS de taxer ces candidats « arabes », « africains » ou « domiens » d’être des « candidats communautaires » ou des « candidats communautaristes », car il est bien connu que ces gens-là ne font de la politique que par instinct tribal.

A Roubaix, Aubervilliers, Marseille et ailleurs, le refrain est presque toujours le même : Slimane Tir, Mouloud Aounit, Karim Zéribi et tous les autres sont régulièrement voués aux gémonies de ceux qui se disent les gardiens du « temple républicain », accusés de communautariser la vie politique locale et de faire le jeu des extrémistes de tout bord. Le « candidat indigène » se voit ainsi rappeler à l’ordre et prier de se retirer pour faire place nette à son tuteur politique.

De ce point de vue, le « cas de Roubaix » est emblématique de ces relents paternalistes qui continuent à dominer certains secteurs du Parti socialiste, digne parfois de la SFIO de Guy Mollet. Alors que les accords initiaux entre le PS et les Verts prévoyaient que le candidat de la gauche dans la 7ème circonscription du Nord serait un membre de ce dernier parti, les socialistes locaux ont fait barrage sous prétexte que le candidat écologiste s’appelait Slimane Tir et qu’il était l’incarnation du communautarisme.

Dès lors, une violente campagne fut déployée par certains socialistes roubaisiens pour « abattre l’Arabe » et convaincre les électeurs de gauche de ne pas voter pour ce « chef tribal », de surcroît allié des « islamo-gauchistes » et des « fondamentalistes ». Tous les arguments sont bons pour empêcher « l’Arabo-Kabyle » de siéger à l’Assemblée nationale.

Seul problème pour les socialistes locaux, c’est que Slimane Tir n’a qu’une seule communauté, c’est Roubaix ; ville où il est né, où il a appris à marcher, où il milite depuis 30 ans dans la vie politique et associative, où il est élu depuis 18 ans au conseil municipal et siège depuis près de 7 ans à la vice-présidence de la communauté urbaine aux côtés de son ami Pierre Mauroy.

En somme, le seul communautarisme dont on peut affubler Slimane Tir, c’est d’être un « Chti à 100 % », c’est en quelque sorte son « chtimisme radical ». Car, il est clair, qu’aujourd’hui, une grande partie des électeurs roubaisiens, toutes origines confondues, se reconnaissent volontiers dans Slimane Tir, parce qu’il est tout simplement à l’image de sa ville en pleine mutation et qu’il incarne une nouvelle génération politique plus au fait des problèmes quotidiens des citoyens.

Face à la menace du « missile citoyen » Tir, le PS roubaisien a cru trouver la parade : rappeler à l’ordre les électeurs indigènes en sollicitant leurs « chefs naturels » : les imams ou autres présidents d’associations musulmanes, prêts à marchander quelques voix pour une mosquée ou un simple tapis de prière.

C’est ainsi que, ce jeudi 7 juin, à 72 heures du premier tour des Législatives, les citoyens roubaisiens ont eu droit un « spectacle républicain » unique en son genre : Ségolène Royal, la madone du PS, visitant une mosquée de quartier (El Rahma aux « Trois Ponts »), avec thé à la menthe et pâtisseries au miel, pour venir soutenir une candidate socialiste locale agonisante, soucieuse de récupérer quelques voix musulmanes égarées.

L’égérie du PS à la Mosquée, c’est un acte républicain ! Un élu de la gauche indépendante à l’Assemblée, c’est du communautarisme ! C’est le « paradoxe de Roubaix » qui est aussi celui d’une bonne partie de la gauche socialiste qui refuse d’admettre que la société française a changé.

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Auteur : Vincent Geisser

Sociologue et politologue, dernier ouvrage paru : Renaissances arabes. 7 questions clés sur des révolutions en marche, Paris, éditions de L’Atelier, 2011 (co-auteur Michaël Béchir Ayari)

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