Hamas au pouvoir : La victoire « posthume » de Sharon

Ceux qui voient dans la perte de Sharon une « perte pour la paix » vont sans doute ressortir leurs mouchoi

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dimanche 29 janvier 2006

Ceux qui voient dans la perte de Sharon une « perte pour la paix » vont sans doute ressortir leurs mouchoirs à l’occasion de la victoire du Hamas aux élections législatives. Ce dernier événement est largement perçu en effet comme un recul du « processus de paix ». Pourtant, l’arrivée de ce parti au pouvoir correspond à un rêve longtemps caressé par Sharon. La tentative de diabolisation qui n’avait fonctionné que de manière imparfaite avec les dirigeants du Fatah va enfin être couronnée de succès auprès d’une opinion internationale convaincue que le diable va gouverner la Palestine. Un crime post mortem (ou presque) en somme !

Il fallait être aveugle et sourd pour ne pas entrevoir ce scénario diabolique conçu par la machine de mort du gouvernement israélien, et qui avait pour but de disqualifier les dirigeants palestiniens laïcs et démocratiques au profit des opposants islamistes tellement plus commodes à haïr et à faire haïr. La réclusion d’Arafat, le dédain envers Abou Mazen, la destruction des infrastructures, le refus obstiné de ne jamais laisser entrevoir un début de perspective de règlement négocié, n’avaient pas d’autre but.

Il ne s’agit en fait que d’une simplification du tableau. Face à Israël, Etat proclamé juif, faisant fi de la légalité internationale, la présence d’un Fatah arc-bouté sur les résolutions de l’ONU ne pouvait que troubler l’opinion et entraîner une érosion de ce fameux crédit moral dont Israël se pare si volontiers. Désormais libéré des bien maigres entraves que la communauté internationale mettait à l’accomplissement de sa mission jamais oubliée, « finir 1948 », son gouvernement va enfin pouvoir donner toute sa mesure.

Que personne ne s’y trompe. Cet événement va bien au-delà de cette région, au-delà même du Proche et du Moyen Orient. La mise à l’écart d’un mouvement arabe, tel le Fatah et en dépit de ses errements, porteur de valeurs universelles, est un signal lourd.

L’Occident va devoir mesurer sa culpabilité. La cause est entendue pour ce qui concerne les Etats-Unis. Mais il faut ajouter que cette situation est essentiellement due à la lâcheté de l’Europe qui avait là l’occasion d’exister autrement qu’en légiférant à perte de vue sur le diamètre des trous dans le gruyère. L’Europe a avalé toutes les couleuvres. Elle a accepté en silence la destruction méthodique par Israël des infrastructures palestiniennes qu’elle avait financées avec l’argent de ses contribuables. Elle a refusé une résolution du Parlement Européen recommandant le gel de l’accord d’association entre l’Europe et Israël en 2002. Elle laisse ses entreprises construire un tramway qui va annexer des territoires supplémentaires et consacrer l’occupation de Jérusalem Est. Elle a accepté l’enterrement de la commission d’enquête sur les massacres de Jénine. Bien que faisant officiellement partie du Quartet, elle a accepté de se laisser marginaliser et de laisser les Etats-Unis enterrer la « Feuille de Route ».

Elle a mis sous le boisseau un rapport sur Jérusalem accablant pour Israël, rapport établi par les diplomates européens en poste à Jérusalem. Elle a accepté qu’un président élu sous ses auspices soit séquestré pendant trois ans. A l’heure des comptes, il faudra se souvenir de cette attitude pour laquelle l’adjectif « munichoise » est bien faible !

Un espoir toutefois. Il réside dans l’aptitude des dirigeants du Hamas à surmonter leur triomphe et à rassembler les Palestiniens dans le combat contre l’occupation. Israël a toujours montré son incapacité à « oublier » sa supériorité économique et militaire et n’a jamais hésité à manier son gourdin. Il faudra donc bien l’y contraindre et l’amener de gré ou de force à se plier au droit. A défaut, le pire est sûr. Le temps est désormais compté.

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Auteur : Brahim SENOUCI

Membre du Conseil National de l'AFPS

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