Il a été peu parlé du livre de Jonathan Laurence et de Justin Vaïsse : “Intégrer l’islam – La France et ses musulmans : enjeux et réussites” et c’est bien dommage. Peut-être le titre plutôt banal de l’ouvrage lui a-t-il coûté ? Pourtant, au-delà de cette apparente banalité, ces deux auteurs nous ont livré là une analyse sans complaisance mais également sans antipathie, de leur sujet. Le cas est trop rare pour ne pas être devoir souligné.
Il
a été peu parlé du livre de Jonathan Laurence et de Justin Vaïsse : Intégrer
l’islam – La France et ses musulmans : enjeux et réussites
href="#_ftn1" name="_ftnref1" title="">
class=MsoFootnoteReference>[1]
et c’est bien dommage. Peut-être le titre plutôt banal de l’ouvrage lui a-t-il
coûté ? Pourtant, au-delà de cette apparente banalité, ces deux auteurs
nous ont livré là une analyse sans complaisance mais également sans antipathie,
de leur sujet. Le cas est trop rare pour ne pas être devoir souligné.
L’ouvrage
se caractérise tout d’abord par une grande rigueur méthodologique, des
définitions claires, une mise en perspective systématique de l’objet
abordé : on comprend déjà pourquoi il en en peut-être été si peu fait
état.
Quelques
exemples de rappels salutaires ? « La France fait désormais figure
de fille aînée de l’islam »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[2] ;
« dès qu’il s’agit d’islam, le sens précède la connaissance »
href="#_ftn3" name="_ftnref3" title="">
class=MsoFootnoteReference>[3] ;
« les détenus ayant un père d’Afrique du Nord sont neuf fois plus
nombreux que ceux ayant un père français (dans la classe d’âge des 18-29 ans)
et six fois plus nombreux pour ceux qui ont entre 30 et 39 ans »
href="#_ftn4" name="_ftnref4" title="">
class=MsoFootnoteReference>[4]
« l’islamophobie n’est qu’un élément d’une vision du monde
ethnocentrique et xénophobe – alors que l’islamophobie “républicaine et laïque”
n’apparaît pas dans les statistiques »
title="">
style=';'>[5]
« la désillusion face aux promesses non tenues de l’intégration
apparaît comme l’une des raisons de cette réislamisation »
href="#_ftn6" name="_ftnref6" title="">
class=MsoFootnoteReference>[6] ;
« ce sont souvent les hommes politiques de droite qui se sont retrouvés
ces dernières années à l’avant-garde de certaines évolutions »
href="#_ftn7" name="_ftnref7" title="">
class=MsoFootnoteReference>[7].
C’est
là le ton de l’ouvrage. Bref, il ne pouvait que déplaire à tout le monde. C’est
peut être un argument de plus en faveur de sa justesse.
Au-delà
des citations que l’on pourrait multiplier à l’envie, les auteurs brossent un
tableau général de la situation de l’islam de France dans tous ses aspects. Je
n’en retiendrai ici que quelques uns, non pas qu’ils soient plus intéressants
que les autres, mais dont l’analyse, pertinente par son impertinence, me paraît
devoir être soulignée.
Les
deux auteurs consacrent de longs développements à la question du port des
« signes extérieurs », débat qui n’est toujours pas clos comme le
montre l’actualité – et qui ne le sera avant longtemps, pour des raisons qui, à
mon avis, tiennent plus à la « société d’accueil » qu’à la
« société accueillie ». Après avoir analysé la question du sentiment
d’appartenance à la communauté nationale des musulmans et relevé la limite des
critères développés à cette occasion « que l’on mettrait en lumière si
l’on tentait de les appliquer à « l’intégration » de groupes
spécifiques de « français de souche », comme certains milieux
catholiques ou juifs, certains milieux de militants d’extrême gauche, ou
certaines catégories sociales »
title="">
style=';'>[8],
ils se posent la question de savoir comment analyser les « signes
extérieurs », en soulignant leur caractère trompeur : « …
ainsi, ceux qui portent la djellaba ou celles qui portent un foulard sont peut
être plus « intégrés » en termes politiques et sociaux que leurs
parents qui étaient habillés à l’européenne mais ne parlaient qu’à peine le
français, et dont la vie sociale se cantonnait à un cercle uniquement composé
d’immigrés comme eux. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[9]
L’oubli
de cette vérité première va conduire aux errements des différentes commissions
créées sur le sujet et, partant, du législateur, conduisant le pays « à
une sorte de schizophrénie nationale, à la fois adaptation silencieuse et rejet
vociférant de la globalisation »
title="">
style=';'>[10],
l’installation d’une nouvelle religion dans le paysage national suscitant une
poussée d’angoisse, à laquelle les pouvoirs publics se sont sentis obligés de
répondre en la flattant plutôt qu’en l’analysant : « C’est là l’un
des aspects de la loi d’interdiction du foulard à l’école publique : un
moyen de réaffirmer, en temps de doute (et sans coût budgétaire)
href="#_ftn11" name="_ftnref11" title="">
class=MsoFootnoteReference>[11],
l’autorité de l’Etat et la laïcité, pilier de l’identité traditionnelle de la
République française. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[12]
Outre
l’insuffisance du poids des publications savantes sur les décideurs, les
auteurs se penchent plus particulièrement sur les travaux de la Commission
Stasi : après avoir remarqué que le gouvernement n’avait pas demandé son
avis au Conseil Français du Culte Musulman, plutôt sollicité lorsqu’il s’agit
d’obtenir de l’aide pour le maintien de l’ordre public dans les banlieues, ils
soulignent que la Commission n’a pas donné son avis sur les raisons ni
n’a mené d’enquête sociologique de terrain sur les motivations qui
poussaient certaines jeunes femmes à porter le foulard
name="_ftnref13" title="">
class=MsoFootnoteReference>[13],
de même qu’elle n’a auditionné aucune fille portant le voile par conviction
href="#_ftn14" name="_ftnref14" title="">
class=MsoFootnoteReference>[14].
Cédant
au « sentiment » - qui fausse le raisonnement – les membres de la
Commission ont préféré sacrifier la liberté religieuse : celle-ci « pourtant
bel et bien présente dans la tradition politique française, est passée au
second plan, son importance étant supplantée par le sentiment d’une menace à la
souveraineté nationale et au mode de vie du pays. »
name="_ftnref15" title="">
class=MsoFootnoteReference>[15]
Ils
concluent sur ce sujet en observant le peu de réactions qui ont suivi
l’adoption de la loi pour en tirer, peut être de façon excessivement optimiste,
un point positif : « Le fait que l’application de la loi n’a pas
incité les musulmans de France à se confronter à l’Etat et à prôner la
désobéissance civile a rassuré l’opinion publique sur la volonté d’intégration
des musulmans. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[16]
Un
autre aspect de l’ouvrage est remarquable par sa pertinence : celui qui
souligne les incohérences de l’action publique. D’une part, nous l’avons tous
entendu, les pouvoirs publics condamnent le « communautarisme
musulman », source de la plupart des maux de notre pays, et qui explique
sans doute le fait – a leurs yeux - que le taux de chômage soit deux fois plus
élevé chez les populations immigrées, et plus encore chez les jeunes d’origine
maghrébine, qui sait ?
En
fait, d’une part l’Etat a renforcé les volets religieux de l’activisme de la
troisième génération d’associations à travers sa quête de représentants
officiels de l’Islam
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[17]
et sur-interprète le « retour du religieux », notamment chez les
jeunes générations, alors que « les pratiques nouvelles ne sauraient
être décrites comme une « redécouverte » des racines mais plutôt
comme l’acquisition d’une nouvelle identité globale, principalement
religieuse. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[18]
N’étant pas accepté comme – par exemple - Algériens ni comme Français, ces
nouvelles générations sont conduites à se considérer comme musulmanes et à ce
qui l’est à leurs yeux, comme la cause palestinienne
name="_ftnref19" title="">
class=MsoFootnoteReference>[19].
Pour autant, « parler de « repli communautaire » relève
d’une fausse interprétation. Si la tendance était communautaire, elle
traduirait une capacité collective de solidarité et d’unité culturelle. La
réalité est pire : le repli a lieu sur le ghetto, un lieu vide de
sens. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[20]
« Je
vais à la mosquée, car là bas j’existe. »
name="_ftnref21" title="">
style=''>
style=';'>[21]
style=''>Cette phrase, qui signe l’échec des
« politiques d’intégration » et autres « plan des banlieues »
devrait donner à réfléchir à nos décideurs.
D’autre
part, et comme en passant, l’Etat n’hésite pas à utiliser et à reconnaître le
communautarisme lorsqu’il lui paraît trouver un avantage : outre la
recherche du toujours improbable « vote musulman »
name="_ftnref22" title="">
class=MsoFootnoteReference>[22],
des textes spécifiques semblent accorder un statut particulier à certains
Français : ainsi, la « Mission d’étude de la spoliation des juifs de
France » « a été une brèche dans l’identité républicaine stricte,
et elle a obtenu des dérogations de la part de la Commission informatique et
libertés (CNIL), pour pouvoir créer des fichiers de spoliés à cause de leur
religion. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[23]
Les
auteurs ajoutent : « En conséquence, comme l’a expliqué Philippe
Seguin, ancien président de l’Assemblée nationale, les Juifs de France n’ont
pas été traités après la réouverture des dossiers, à partir de 1996, comme
l’auraient été les victimes d’une catastrophe naturelle (au cas par cas) mais
ont bien été considérés comme un groupe victime, quel que fussent leur sort
personnel et leurs souffrances individuelles ou familiales pendant
l’Occupation. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[24]
Il
faudrait aussi aborder les pages que les auteurs consacrent aux grandes
fédérations musulmanes et à la faiblesse de leur représentation dans la
population
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[25],
à l’absence, quoi qu’en disent certains medias, de lobbying musulman – la seule
opération de lobbying réussi étant celle des associations arméniennes
href="#_ftn26" name="_ftnref26" title="">
class=MsoFootnoteReference>[26],
ou le risque qu’un sentiment de persécution et de stigmatisation n’aboutisse
précisément à un enfermement communautaire, que l’on condamne par ailleurs
href="#_ftn27" name="_ftnref27" title="">
class=MsoFootnoteReference>[27] ,
ou encore dans le risque que représente la stagnation sociale des quartiers et
des cités
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[28].
Je
laisserai la parole aux auteurs pour la conclusion, qui est aussi la
leur : « … nombre de responsables politiques et de citoyens se sont
finalement rendus compte que la stabilité, l’avenir et la grandeur de la
République dépendraient largement de sa capacité à faire vivre pour tous sa
vieille devise : “Liberté, égalité, fraternité”. »
name="_ftnref29" title="">
class=MsoFootnoteReference>[29]
C’est
donc sur la table de tous les décideurs politiques – et celle de la plupart des
journalistes – que devrait se trouver se livre si clair, si ancré dans la
réalité et, partant de là, si peu sujet aux fantasmes sur l’objet de leur
étude.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;'>[1]
Ed. Odile Jacob, Paris, 2006, 388 pp
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[8] lang=EN-US> Cf. p. 48
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[9] lang=EN-US> Idem
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[10] lang=EN-US> Cf. p. 78
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;'>[11]
C’est moi qui souligne
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[13] lang=EN-US> Cf. p. 207
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[14] lang=EN-US> Idem
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[15] lang=EN-US> Cf. p. 206
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[16] lang=EN-US> Cf. p. 210
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[17] lang=EN-US> Cf. p. 118
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[18] lang=EN-US> Cf. p. 122
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[19] lang=EN-US> Idem
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;'>[22]
Cf. à ce propos les développements des auteurs pp. 239 et ss.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;'>[25]
Cf. pp. 128 et ss.
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[26] lang=EN-US> Cf. p. 264
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[27] lang=EN-US> Cf. p. 321
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[28] lang=EN-US> Cf. p. 328
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[29] lang=EN-US> Cf. p. 329
Commentaires
Mr. CROS ! Comme ça fait plaisir de vous retrouver enfin.
Merci d’avoir parlé de ce livre : je vais essayer de me le procurer !
Merci Jean-Michel, je n’ai pas vu ce livre.
Bonjour Mr CROS !
Merci pour votre article.
J’en profite pour conseiller un autre livre, un peu plus ancien, mais qui était très intéressant.
Il s’agit de "La France des Mosquées" ou l’auteur, Xavier Ternisien y brosse un portrait allant à contre courant des idées reçues sur l’Islam. Et de mémoire, les conclusions étaient assez proches de celle de l’ouvrage proposé.
Bonne lecture à tous
Mustapha
Je vous conseille sur le sujet de lire également "le puzzle de l’intégration" de Malika Sorel, d’origine algérienne, sociologue et membre du Haut Comité à l’Intégration, ou tout simplement de visiter son blog.
Il a été peu parlé du livre de Jonathan Laurence et de Justin Vaïsse… C’est pas dans leur interet !!!! Parceque qu’il cherche à discrediter et non a mettre en valeur l’ISLAM… Je vous laisse deviner qui sont derriere… Ne repondez pas à la provocation c’est ce qu’il cherche…