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La Ville de Nice s’oppose à l’ouverture de l’agence Noorassur, spécialisée dans la finance islamique

Contactée par Oumma, Sonia Mariji, fondatrice et directrice de Noorassur, nous a relaté son parcours, sa conception de la finance islamique et son bras de fer avec la mairie de Nice.

L’éthique et la fibre entrepreneuriale chevillées au corps, Sonia Mariji, 45 ans, creuse son sillon avec passion, rigueur et persévérance dans le secteur en plein essor de la finance islamique, cette finance éthique par excellence qui insuffle un supplément d’âme à un monde de la finance qui en a cruellement besoin.

Pur produit de la méritocratie républicaine et très attachée à la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » gravée sur les frontons des édifices publics, cette conseillère financière aguerrie, affligée par les déviances d’un capitalisme sans foi ni loi, a su capitaliser sur son expérience longue de dix ans pour s’ouvrir de nouveaux horizons professionnels, plus lumineux et conformes aux valeurs universelles de l’islam.

Si vous lui demandez ce qui l’a poussée irrésistiblement à se tourner vers la finance islamique, appelée aussi finance alternative, ou encore participative, elle vous répondra aussitôt que c’est la « crise de cupidité de 2008 » qui a provoqué en elle un véritable électrochoc.

Cette chef d’entreprise dans l’âme est passée allègrement de l’idée à la réalisation et, en 2012, Noorassur, le premier réseau de conseillers Epargne & Assurances Islamiques de France, a émergé dans le paysage économique national, avec aux commandes une Sonia Mariji désireuse d’œuvrer dans l’intérêt général, sans exclusive, ayant résolument fait sien le slogan : « L’éthique n’a ni couleur, ni religion ».

Cinq ans plus tard, alors que six agences ont vu le jour à Chelles, Melun, Nantes, Sevran, Argenteuil et Aulnay-sous-Bois, et qu’une dizaine de pré-ouvertures sont prévues à son agenda, la fondatrice et directrice de Noorassur a plus que jamais foi dans son projet : faire de la finance islamique une finance ouverte et accessible à tous, musulmans comme non musulmans, tordant ainsi le cou aux préjugés d’autant plus tenaces qu’ils sont ravivés à dessein.

« Il ne faut pas être obligatoirement de confession musulmane pour franchir le seuil de nos agences. Nous avons des clients de toutes confessions », insiste-t-elle, en balayant d’un revers de main l’accusation de  « communautarisme » que les grands pourfendeurs de l’islam profèrent insidieusement. Sonia Mariji le sait mieux que quiconque : ceux qui crient haro sur la finance islamique sont les mêmes qui s’acharnent à diaboliser le Halal et poussent des cris d’orfraie devant « l’islamisation de la France ». En dépit de cette farouche adversité, l’essentiel à ses yeux,  c’est « d’avoir le choix ».

Alors que la France est minée par un chômage de masse, agitée par de vieux démons et gangrenée par l’islamophobie structurelle, Sonia Mariji s’emploie avec une énergie décuplée à créer de l’emploi, à former son personnel, à redynamiser le tissu économique, tout en luttant efficacement contre les amalgames ravageurs et les discriminations quelles qu’elles soient, basées sur la religion ou l’apparence.

« Je m’inscris dans la réconciliation nationale prônée par le président Macron ! », s’exclame-t-elle, en précisant qu’elle se fait un devoir non seulement d’accueillir des clients de toutes confessions et origines dans ses agences, mais également de recruter des employés de toutes obédiences, en donnant leur chance à celles qui sont victimes d’une chasse aux sorcières permanente : les femmes voilées.

Aussi, le veto qu’ a opposé brutalement la mairie de Nice, à nouveau dirigée par le revenant Christian Estrosi, à sa demande d’ouverture d’une agence en centre-ville, est-il tombé comme un couperet sur ses espoirs de s’implanter localement, de satisfaire les attentes des Niçois dans la diversité de leurs composantes et de créer six emplois.

Si elle ne s’attendait pas à être couverte de fleurs par un édile connu pour braconner sur les terres du FN sans état d’âme, et dans une cité encore hantée par l’effroyable attentat du 14 juillet 2016 , elle n’imaginait pas pour autant que son refus officiel aurait à ce point alimenté les pires fantasmes sur la finance islamique, et au final sur l’islam.

« Christian Estrosi justifie sa réponse négative par les risques forts de trouble à l’ordre public que notre enseigne ne manquera pas de créer en raison des événements tragiques du 14 juillet 2016.  Il dit redouter aussi des rassemblements antagonistes qui mettront en danger tant le personnel que les clients. Bref, il joue sur les peurs et entretient sournoisement l’idée selon laquelle les Niçois seraient racistes, ce que je ne crois pas, et que l’islam, deuxième religion de France, reste une religion étrangère et une menace », s’indigne Sonia Mariji, ajoutant : « Des musulmans ont été mortellement fauchés sur la Promenade des Anglais, lors de ce 14 juillet horrible. Il ne faut pas l’oublier ! La première victime s’appelait Fatima Charrihi, c’était une mère de famille voilée ».

En outre, elle ne cache pas son étonnement devant l’amnésie qui frappe celui qui fut l’ex-proche lieutenant de Sarkozy… Ce dernier a manifestement gommé de sa mémoire qu’en 2009, Christine Lagarde, alors ministre des Finances de la Sarkozie, s’était montrée très favorable au développement de la finance islamique en France, dans le sillage de Londres, devenue la place forte de la Finance éthique en Occident.

« La ville de Nice a pourtant tout à gagner avec l’ouverture de notre agence, tout comme la France a tout à gagner avec l’essor de la finance islamique sur son sol », clame-t-elle, en déplorant que son projet, parfaitement viable et créateur d’emplois, soit ainsi sacrifié sur l’autel d’une islamophobie institutionnalisée qui ne dit pas son nom.

Touchée mais pas abattue, Sonia Mariji a immédiatement contre-attaqué en déposant un recours devant le tribunal administratif, par le truchement de son avocat Me Spinosi, et se dit prête à saisir le Conseil d’Etat dans un second temps. « Je ne lâcherai pas. Ailleurs, je n’ai jamais rencontré un tel rejet et je ne veux pas que ce refus ouvre la porte à d’autres », prévient-elle, en se désolant de devoir ferrailler avec la mairie de Nice, alors que l’ouverture de son agence se voulait utile, fédératrice et économiquement fructueuse.

C’est avec une émotion d’autant plus grande que Sonia Mariji se targue d’avoir institué le Trophée Noorassur qui, chaque année, depuis sa première édition fin 2015, au terme d’une année noire en France, célèbre le vivre ensemble, en rassemblant autour des valeurs du sport des équipes mêlant des chrétiens, des juifs et des musulmans. Une belle initiative qui est à l’image de la conception de la Finance islamique et des valeurs républicaines que défend ardemment la fondatrice de Noorassur.

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma.

 

4 commentaires

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  1. Bravo et bonne chance à Sonia Mariji et Noorassur ! Le racisme qui gangrène notre République ne doit pas être un pilier de la politique (vie de la cité).

  2. Salam alaykoum
    très déçu de voir cet article – je vous ai pourtant prévenu de l’attitude peu scrupuleuse de cette enseigne et de leurs dirigeants
    Comme le dit Abderrahim Barbarossa noorassur n’a d’islamique que le nom et se sert de la communauté pour faire parler d’eux et se faire du buzz
    Il serait bon de souligner que derrière le nom de la présidente se cache surtout mr PEDRO rodolphe
    Vous etes un site d’information vous vous devez de vérifier vos sources !

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