in

Une ou des normes halal ?!

Depuis plusieurs années, de nombreux consommateurs réclament la mise en place d’une norme halal. A priori, la demande est louable et légitime. Toutefois, il est aussi pertinent de se poser certaines questions concernant cette idée qu’une norme halal serait forcément « LA solution ».

En effet, au cours des dernières années, plusieurs projets de normalisation ont été étudiés et certains ont même vu le jour et existent actuellement. Il suffit pour s’en rendre compte de reprendre la liste des quelques projets qui ont émergés ces dernières années, ne serait-ce qu’en France.

Historique France

Dès les années 1990, l’Etat français avait tenté d’organiser le marché du halal en attribuant l’autorisation de délivrer les cartes de sacrificateur aux mosquées de Paris, puis d’Evry et Lyon. Mais cela est resté limité à ce stade et la problématique d’une norme n’a jamais réellement pu être étudiée.

Par la suite, le CFCM (Conseil français du Culte musulman) avait tenté en 2003 de réunir les différents acteurs de la certification halal pour élaborer une norme commune. Ce projet s’est soldé par un échec fracassant puisque le seul résultat de ces réunions fut l’accord adopté concernant l’orthographie du mot halal. Le manque de reconnaissance du CFCM fut certainement une cause, mais c’est plus probablement les intérêts divergents des différents acteurs qui n’ ont permis d’aboutir sur un meilleur résultat.

Quelques années plus tard, le projet AFNOR (qui n’a jamais été reconnu par l’instance) a fait aussi coulé beaucoup d’encre. En effet, il se disait dans les milieux informés que l’AFNOR étudiait la faisabilité d’une norme. Mais face à la complexité du sujet, aux divergences entre les musulmans et aux poids que mettaient les acteurs en marge comme les industriels et les associations de protection animale, le projet a logiquement été mis au placard.

Depuis près de deux ans, ces deux institutions (CFCM et AFNOR) ont (re)lancé des projets qui ont au moins eu le mérite d’aboutir à des actions concrètes. Le CFCM a proposé une charte qui n’a certes pas été validée du fait des oppositions de certains membres, mais qui a au moins eue le mérite d’exister. Reste à savoir si elle finira un jour par aboutir. Quant à l’AFNOR, elle a réussi à réunir des acteurs d’horizons différents (CFCM, Mosquées, organismes de certification, associations de consommateurs, industriels, distributeurs, …). Même si aujourd’hui rien ne permet d’affirmer que le projet puisse aboutir aux vues des difficultés réelles qui restent à résoudre, en particulier au niveau européen (le projet AFNOR n’est qu’une antenne du projet du comité européen de normalisation aussi étudié dans d’autres pays).

Historique international

Dans le même temps, les pays à majorité musulmane ne sont pas restés inactifs et d’autres projets ont finalement pu voir le jour au cours de ces dernières années. Ainsi, à l’instar de la Malaisie reconnu pendant longtemps comme un pays leader en la matière, plusieurs pays ont participé à des projets plus ou moins reliés les uns aux autres. L’IHI Alliance (International Halal Integrity Alliance), sous forte influence Malaisienne créé en 2006, est reconnu comme précurseur, même si d’autres projets de standardisation existaient déjà auparavant.

De nombreux organismes de certification à travers le monde ont adhéré à cette instance qui a tentée de faire adopter son standard par l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique – une institution qui regroupe l’ensemble des pays à majorité musulmane), mais en parallèle d’autres pays ont tenté de reprendre le contrôle des opérations. Ainsi, à titre d’exemple, les pays du Golfe regroupés dans le GCC (Conseil de coopération des pays du golfe) ont lancé le standard GSO, la Turquie a tenté de reprendre en main le projet de standard étudié à l’OCI. Ce dernier projet est d’ailleurs assez révélateur des problématiques soulevées.

En effet, ce projet a été étudié pendant plusieurs années, avant qu’un document ne soit présenté. Malgré les nombreuses critiques émises à l’encontre de ce document notamment concernant les procédures de certification, ce projet a finalement été proposé. Toutefois, il restait un problème majeur. Ce standard autorisait entre autre l’électronarcose sur les volailles, alors que le conseil des savants de l’OCI interdit cette pratique. Il était donc inenvisageable de valider un standard intégrant des pratiques interdites par le conseil des savants de la même institution. Le dénouement fut assez commode, puisque quatorze de ces pays se sont retrouvés au cours du premier semestre 2011 afin d’adopter entre eux ce standard malgré les critiques émises. Ils ont ainsi créé le SMIIC (Standards and Metrology Institute for Islamic Countries).

Une ou des norme(s)

Il faut avoir à l’esprit les chiffres astronomiques engagés lorsqu’on aborde la question du marché du halal, surtout que ce secteur est en forte croissance. Ainsi, au-delà de la certification, il faut comprendre que celui qui permettra l’éclosion d’une norme commune aura un poids politique important sur le marché.

Penser qu’un projet de norme aboutisse et soit adopté par tous est utopique, pour quiconque connait les réalités de ce marché. Ceci ne signifie pas que certains n’y mettent pas de la bonne volonté, mais à l’heure actuelle le problème n’est pas tant l’émergence d’une norme, mais plutôt la clarification des pratiques.

Des bases pour une norme, il en existe finalement un grand nombre si on prend simplement les chartes des différents organismes de certification halal. Le tout est finalement de savoir lequel répond véritablement aux critères religieux et aux critères exigés par les consommateurs.

Au début des années 2000, AVS avait proposé un système de contrôle des organismes de certification halal (OCVH) tel que celui qui existe maintenant dans certains États américains. Une institution (1) devrait avoir autorité pour recueillir les cahiers des charges des OCVH, communiquer sur leur contenu auprès des consommateurs et contrôler le respect de ces cahiers des charges par les OCVH. Il ne s’agissait pas d’un projet de norme, mais simplement d’apport de transparence.

Le consommateur

Ce texte n’est pas un plaidoyer contre l’idée d’une norme, puisque nous participons à plusieurs de ces projets, mais finalement attendre qu’une norme vienne régler tout les problèmes n’est que le reflet de ce que nous propose cette société. Passivité et consommation ! L’islam est un message qui s’oppose à l’insouciance et exige du croyant qu’il agisse et réforme les situations.

Ainsi, même si nous nous devons d’accompagner chacun de ces projets de norme et d’étudier la faisabilité d’un tel projet, la solution la plus réaliste et la plus saine est probablement entre les mains des consommateurs.

Les associations de consommateurs musulmans pourraient contribuer à améliorer la situation et il faut s’attendre à ce qu’elles deviennent de plus en plus importantes. Pourront-elles pour autant apporter de la transparence, proposer des solutions alternatives et encourager des modèles de production plus éthiques ? Seul Dieu le sait, mais nous l’espérons.

Fethallah OTMANI

Porte-parole d’AVS

Note :

(1)Aux USA, c’est l’État qui joue ce rôle, mais la question de la laïcité y est traitée différemment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

76% des Français considèrent que « l’islam progresse trop en France » selon un sondage Ifop

Lettre ouverte à M. le sénateur Alain Richard