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Un site fiche les musulmans dans un silence médiatique et politique

Un site recense les musulmans en France, alimentant la stigmatisation et l'islamophobie.POURQUOI LIRE :
  • Analyse d'un fichage idéologique des musulmans.
  • Réactions politiques et médiatiques face à cette dérive.
  • Conséquences sur la société française et la légitimation de l'exclusion.

Le site « Où va ma France » n’est pas une simple dérive marginale du web. Il s’agit d’un outil assumé de désignation et de mise à l’index, aujourd’hui examiné par les services de l’État. Sous couvert de « cartographier la réalité française », la plateforme recense mosquées, centres d’hébergement de migrants et quartiers populaires, tout en leur accolant des indices d’« islamisation », d’« immigration » ou de « défrancisation ». Derrière ce vocabulaire se voulant factuel, une réalité s’impose : le fichage idéologique de citoyens en raison de leur religion réelle ou supposée. Des procédés qui rappellent sans ambiguïté des méthodes historiquement associées aux régimes fascistes

L’affaire a éclaté après la publication, début janvier, d’un message sur le réseau X appelant les internautes à localiser la mosquée ou le centre pour migrants le plus proche de chez eux, présenté comme un outil « pratique » pour un futur déménagement. Alertée, la députée écologiste Sabrina Sebaihi a saisi le ministère de l’Intérieur. Laurent Nuñez a alors demandé à ses services d’examiner le dossier, sans qu’aucune décision ferme n’ait, à ce stade, été rendue publique.

Une machine de stigmatisation aux relents fascistes

Il ne s’agit en rien de données neutres ou d’un exercice statistique honnête. Le site construit des amalgames grossiers entre islam, immigration et insécurité. Les lieux de culte musulmans, les quartiers populaires et les structures d’accueil de migrants sont mis en regard de chiffres bruts sur la criminalité, sans méthode, sans contextualisation et sans contradictoire. Derrière une façade prétendument neutre, le site fonctionne comme un outil de tri idéologique. Les cartes et indicateurs servent à organiser un fichage assumé des musulmans et des populations racisées, dans une logique de signalement typique des cultures politiques autoritaires et fascisantes. L’« indice d’islamisation », fondé notamment sur le nombre de prénoms arabo-musulmans, relève de pratiques assimilables aux statistiques ethniques, pourtant interdites par la loi.

L’objectif est limpide : désigner des territoires à éviter, signaler des populations comme problématiques et nourrir un climat de peur. Pour les musulmans, c’est une cible numérique placée dans le dos, un marquage idéologique qui transforme des citoyens ordinaires en suspects permanents. Parler de simple outil d’information relève ici de la supercherie : il s’agit d’un instrument de propagande raciste.

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Peu de réactions face à une dérive grave

Face à cette dérive, SOS Racisme a annoncé son intention de porter plainte pour injure publique à caractère raciste, provocation à la haine et à la discrimination. L’association dénonce une plateforme qui banalise l’islamophobie et permet la diffusion de propos haineux visant des personnes en raison de leur religion ou de leur origine réelle ou supposée.

Mais le plus frappant reste ailleurs. Les réactions politiques sont rares, souvent timorées. La médiatisation de l’affaire demeure étonnamment faible au regard de la gravité des faits. Comme si le fichage idéologique des musulmans ne constituait plus un scandale majeur, mais un simple bruit de fond dans le paysage politique. Ce silence n’est pas neutre. Il agit comme une validation implicite de pratiques qui fracturent la société et légitiment l’exclusion. Laisser prospérer ce type de site, c’est accepter que des citoyens soient classés, localisés et désignés comme des dangers. Et c’est, surtout, banaliser l’inacceptable.

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