in ,

Syrie : Pourquoi la chute du régime Assad est aussi une défaite pour la France

L'article analyse la défaite de la France face à la chute du régime Assad en Syrie et ses implications géopolitiques.

Pourquoi lire cet article :

  • Comprendre le rôle de la France dans le conflit syrien.
  • Explorer les conséquences de la chute du régime Assad sur la politique régionale.

Quel culot il aura fallu au représentant-adjoint de la France aux Nations Unies pour débiter un discours aussi prétentieux et aussi éloigné de la réalité !

« Depuis treize ans, la France s’est tenue aux côtés du peuple syrien dans son combat pour la liberté et contre la barbarie. Elle n’a cessé et continue de soutenir l’opposition politique syrienne, qui a un rôle central à jouer dans la transition politique en cours à Damas. La France continuera de se tenir aux côtés du peuple syrien dans cette phase d’espoir qui s’ouvre pour lui », a affirmé Jay Dharmadhikari devant le Conseil de sécurité, le 17 décembre.

La France a-t-elle vraiment soutenu le peuple syrien ?

La France s’est-elle vraiment tenue aux côtés du peuple syrien durant ces 13 dernières années ? Le discours du représentant français fait fi des nombreux changements brusques que la diplomatie française a connus au gré des retournements de situation sur le terrain, et en fonction du jeu perfide des grandes puissances dans le conflit.

Face à la révolution pacifique du peuple syrien en 2011, la France, comme les autres puissances occidentales, a condamné la répression et réclamé des réformes démocratiques. Mais au lieu d’écouter les pulsations émanant de la société syrienne, elle a essayé de ménager la chèvre et le chou.

Et quand la répression sauvage du régime a poussé des insurgés à prendre les armes, les puissances occidentales, y compris la France, ont commencé à armer l’ASL (armée syrienne libre formée en majorité de transfuges du régime).

Pire, les services de renseignement occidentaux, dont les services français, ont encouragé et aidé des groupes islamistes armés soutenus par la Turquie et des pétromonarchies du Golfe.

Mais quand les choses ont commencé à échapper à leur contrôle, les puissances occidentales ont changé leur fusil d’épaule. La guerre contre Al Qaïda et l’ « Etat islamique » étant devenue la priorité, les services occidentaux ont accordé un nouveau sursis au régime syrien et ont commencé à armer les milices kurdes au nord-est du pays.

Mieux, ces mêmes services ont montré une curieuse complaisance devant l’intervention du Hezbollah libanais et des autres milices chiites en provenance d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan aux côtés du régime d’Assad.

L’intervention de la Russie dès 2015, qui a sauvé pour un temps le régime syrien, dans le cadre d’un deal avec les Etats-Unis et Israël, a vu l’Europe et la France, en particulier, changer complètement de ligne diplomatique. La lutte contre le terrorisme valait visiblement toutes les compromissions.

Même la guerre de la Russie contre l’Ukraine ne leur a pas fait changer d’avis. La neutralité du régime d’Assad face à la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza, depuis le 7 octobre 2023, a été un autre facteur décisif dans la conduite complaisante des capitales occidentales, dont on sait l’attachement prioritaire à la sécurité d’Israël.

Et au diable les droits de l’Homme qui viennent curieusement d’être convoqués par les capitales occidentales, au lendemain de la chute du tyran de Damas !

Surpris et sonné, comme la plupart des capitales occidentales, par l’avancée fulgurante des rebelles syriens qui ont pris la capitale en moins de quinze jours et par la chute aussi rapide du régime d’Assad, Paris cherche à se remettre en selle.

Mais la France aura du mal à trouver la place qu’elle croit la sienne dans la région. En effet, la chute du régime d’Assad sonne aussi sa défaite flagrante.

Publicité
Publicité
Publicité

Le régime des Assad, qui a gouverné la Syrie d’une main de fer en recourant à une rhétorique nationaliste arabe qui n’a jamais inquiété véritablement Israël et ses alliés occidentaux, fut un régime militaire et clanique qui n’a pas hésité à s’appuyer sur la minorité alaouite (environ 10% de la population) pour se perpétuer durant les cinq dernières décennies.

La politique de la France mandataire : Diviser pour mieux régner

La minorité alaouite longtemps marginalisée et persécutée dans un environnement culturel à majorité sunnite a pris sa revanche grâce à la politique de la France mandataire qui a appliqué la vieille devise « diviser pour régner ».

Dès 1923, la France a créé, sur les ruines de la Syrie ottomane, quatre entités politiques distinctes l’Etat d’Alep, l’Etat de Damas, l’Etat alaouite et l’Etat du grand Liban ( sans oublier l’expérience éphémère de l’Etat druze).

Dans cette politique de fragmentation de l’espace politique syrien, la France a bien-sûr privilégié les Alaouites en Syrie et les chrétiens maronites au Liban. C’est de cette époque que date l’entrée en masse des Alaouites dans l’armée syrienne formée par la puissance mandataire.

A l’indépendance de la Syrie, en 1946, les Alaouites détiennent un statut prépondérant au sein de l’armée. Pour contrer la majorité sunnite, ils vont utiliser l’idéologie et l’organisation clandestine d’un parti qui prône un nationalisme arabe « laïc » et « progressiste » en prenant bien-sûr pas mal de liberté avec ces qualificatifs réduits à l’occasion en slogans creux qui ne pouvaient cacher ni le clanisme ni la terreur érigés en méthodes de gouvernement.

Aujourd’hui que ce régime est tombé et que le peuple syrien peut commencer à espérer construire un avenir sans oppression et sans peur et où tous les Syriens pourront jouir de droits égaux, la France découvre qu’il y a des minorités qui doivent être protégées.

Bien entendu, dans le cadre de la nouvelle Syrie, la question de la protection des libertés individuelles et collectives est fondamentale et il appartiendra aux Syriens de décider des modalités légales garantissant les droits égaux à tous les citoyens sans discrimination.

Mais ce n’est pas en attisant la méfiance interconfessionnelle et interethnique et en diabolisant l’islam sunnite, comme le fait la France, que les droits et les libertés de tous les Syriens seront respectés.

La Turquie désormais incontournable en Syrie

Au-delà de la défaite morale et politique de la France, qui voit ainsi le système confessionnel qu’elle a instauré il y a un siècle voler en éclats, elle aura aussi à s’inquiéter de sa perte d’influence face a une autre puissance qui a vraiment des atouts dans sa manche : la Turquie.

La dernière déclaration de Donald Trump, qui a reconnu que c’est la Turquie qui détient les clés de la situation en Syrie, après avoir fait l’éloge d’Erdogan dont il a loué l’intelligence et la force de son armée, a sans doute donné des sueurs froides aux dirigeants français.

Pour se racheter, que va faire la France ? Continuera-t-elle à parier sur le cheval perdant des minorités et des mercenaires de l’ASL ? Ou bien, pour sauver ses intérêts dans la nouvelle Syrie et dans la région, acceptera-t-elle pour un temps d’avaler son islamophobie et de recycler ses islamologues et ses musulmans de service dans le cadre d’un nouveau « grand jeu » dont la DGSE a le secret ?

 

 

 

Publicité
Publicité
Publicité

Laisser un commentaire

GIPHY App Key not set. Please check settings

2 Comments

  1. Tiens j’ai été censuré.
    L’Algérie a toujours apprécié, comme entre toutes dictatures, celle de la dynastie des Assad.
    Je m’étonne du nombre et de la propension des pays musulmans à fabriquer des régimes pareils…
    Je me demande si oumma.com n’aurait pas quelques liens avec le régime algérien, inamovible depuis 1962.
    La disparition d’Assad serait-elle une défaite pour l’Algérie, elle qui est déjà bien isolée ?

    Je vais être encore censuré, chiche ?

  2. Je ne pense pas que le passé , Français de la Syrie, aussi injuste soit il, empêche le gouvernement Français de rectifier sa position en Syrie.

    Le problème est que le gouvernement Français voit l’évolution de la Syrie , par une seule Fenêtre , la sécurité de l’état sioniste.

    Cette fenêtre n’est ouverte que sur elle même, le gouvernement Français sait qu’il a perdu en Syrie, mais il n’a pas le choix, comme une personne qui veut arrêter de fumer et qui continue à fumer encore fumer, jusqu’à l’arrêt cardiaque.

L’auteur de l’attentat meurtrier contre le marché de Noël de Magdebourg est un Saoudien islamophobe, proche de l’extrême-droite !

La nature insaisissable du temps : réflexions philosophiques et spirituelles