Une nouvelle affaire risque de jeter une ombre sur les relations entre Washington et Tel-Aviv. Selon une enquête du New York Times, le Pentagone a porté au niveau maximal son évaluation de la menace de contre-espionnage liée à Israël, après de nouvelles informations faisant état d’opérations de surveillance visant des responsables américains engagés dans les négociations avec l’Iran. D’après plusieurs évaluations des services de renseignement américains, Israël aurait intensifié ses efforts pour espionner des hauts responsables de l’administration Trump afin de connaître à l’avance les positions américaines dans les discussions avec Téhéran. Parmi les personnalités visées figureraient Steve Witkoff, l’émissaire spécial du président américain, ainsi que plusieurs responsables du département de la Défense.
Les renseignements américains évoquent notamment la découverte de logiciels de surveillance sur les téléphones de personnels américains présents en Israël. D’autres incidents, mentionnés dans les évaluations du renseignement, font état de tentatives répétées de collecte clandestine d’informations sensibles concernant les décisions stratégiques de Washington.
Ces accusations sont particulièrement lourdes puisqu’elles concernent un État qui bénéficie depuis des décennies d’un soutien militaire, diplomatique et financier sans précédent de la part des États-Unis. Malgré cette alliance privilégiée, Israël est régulièrement accusé par certains responsables américains de poursuivre ses propres objectifs stratégiques, y compris au détriment des intérêts de son principal allié. L’affaire rappelle que l’espionnage israélien sur le sol américain ne relève pas du fantasme. L’affaire Jonathan Pollard, qui avait livré à Israël des milliers de documents classifiés américains, demeure l’un des plus graves scandales d’espionnage de l’histoire des États-Unis. Depuis lors, plusieurs administrations américaines ont continué à soupçonner les services israéliens de mener des opérations clandestines contre Washington tout en bénéficiant de son soutien inconditionnel.
Selon les responsables cités par le New York Times, l’objectif d’Israël serait aujourd’hui de torpiller ou d’influencer les discussions avec l’Iran, dont l’issue pourrait contrarier les ambitions du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Les autorités israéliennes craindraient qu’un accord négocié entre Washington et Téhéran réduise leur capacité à imposer leur propre agenda régional. Israël a rejeté ces accusations et affirme ne pas espionner les responsables américains. Mais le fait que les services de renseignement des États-Unis aient jugé nécessaire d’élever Israël au rang de menace « critique » en matière de contre-espionnage constitue un signal particulièrement grave. Il révèle une défiance croissante à l’égard d’un allié qui, malgré l’aide massive dont il bénéficie, continue d’être soupçonné de surveiller et de manipuler les décisions de son principal protecteur.
Cette affaire met en lumière un paradoxe de plus en plus difficile à ignorer : alors que les contribuables américains financent chaque année des milliards de dollars d’aide à Israël et que Washington assure sa protection diplomatique sur la scène internationale, les services de renseignement américains continuent de considérer l’État hébreu comme l’un des acteurs étrangers les plus actifs lorsqu’il s’agit de collecter clandestinement des informations sur les centres de décision américains.

