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Selon un document militaire US, le hijab est le symbole du “terrorisme passif”

Réédité en 2015 par le « Air Force Research Laboratory » à la suite de l’annonce par Barack Obama de l’élaboration d’une stratégie nationale contre l’extrémisme, comme le rapporte le journaliste et commentateur politique Murtaza Hussain dans un article paru sur le site Intercept, un document militaire intitulé « La lutte contre l'extrémisme violent: Méthodes Scientifiques & Strategies» a refait surface Outre-Atlantique, et avec lui un article particulièrement déconcertant et controversé qui prétend, à la lumière d’une bien obscure théorie, que le soutien à des groupes islamistes découle de la « privation sexuelle »  et que le « terrorisme passif » se pare des atours religieux, notamment du hijab.

L’auteur de ces élucubrations, prétendument scientifiques, qui ont notamment fait se dresser les cheveux sur la tête de deux experts en terrorisme, Arun Kundnani, chargé de cours à l'Université de New York et  Amarnath Amarasingam, chargé de cours à l'Université George Washington, ainsi qu’une d’une professeur d'études islamiques à l'Université de Western Ontario, Ingrid Mattson, n’est autre qu’un extrémiste égyptien repenti, doublé d’un « penseur islamique et réformateur » installé aux Etats-Unis, tel qu’il se définit lui-même sur son site personnel.

Le Dr Tawfik Hamid, car c’est de lui qu’il s’agit, affirme être bardé de diplômes (en médecine interne à l’Université du Caire et en psychologie cognitive et des techniques d’enseignement à l’Université d’Auckland), mais reste étrangement évasif sur la manière dont il est arrivé à ces conclusions hasardeuses et à des préconisations tout aussi douteuses pour vaincre le terrorisme, se contentant de préciser qu’il s’était adjoint les compétences de l’un de ses collègues de l’Institut Potomac d’études politiques.

Détonnant au milieu des articles plus sérieux signés par des universitaires et des chercheurs de renom, son chapitre « Un plan stratégique pour vaincre le Radical Islam » a de quoi laisser pantois quand il assure que l’éradication du terrorisme passe par le traitement des « facteurs entraînant la privation sexuelle » chez les jeunes hommes, et « l’affaiblissement du phénomène du hijab », qui symbolise le refus implicite de le « condamner ou de lui résister activement ». Tel est l'antidote, contesté et contestable, prescrit par le médecin et penseur, le Dr Hamid…

« Cette caractérisation du hijab diabolise des millions de femmes dont les raisons de se couvrir n’ont rien à voir avec la promotion de la violence politique », a fustigé Arun Kundnani, avant d’enfoncer le clou : « Le document dans son ensemble comprend certains universitaires qui sont des chercheurs sérieux. Toutefois, il semble que le but du chapitre de Hamid ne soit pas tant une véritable enquête sur les causes de la violence, mais plutôt une tentative de fournir aux services de sécurité nationaux des rubriques bidons de surveillance ».

Selon la théorie fumeuse du Dr. Hamid sur la radicalisation, le lien de cause à effet entre le terrorisme et le manque d’activité sexuelle chez les hommes dans la force de l’âge est clairement établi, mais on ignore à l’aune de quelles preuves empiriques… « Je crois que les jeunes musulmans sont motivés à rejoindre des groupes radicaux en raison de la privation sexuelle », peut-on lire sous sa plume qui ne craint ni le ridicule, ni la contradiction étayée, allant jusqu'à soutenir que « combattre les facteurs qui entraînent une privation dans cette vie peut interrompre le processus de radicalisation et réduire le nombre d’attaques-suicides par les djihadistes ».

« Il n’y a pratiquement aucune preuve que la privation sexuelle soit en quelque sorte une cause de radicalisation, ou d’attaques suicides », lui a rétorqué Amarnath Amarasingam, membre du Programme sur l’extrémisme de l’Université George Washington. « De mes entretiens avec des djihadistes de diverses organisations, il ressort clairement qu’ils sont là pour une variété de raisons complexes. Attribuer simplement leurs motivations à la dépravation sexuelle c’est passer totalement à côté du sujet », insiste-t-il avec force, en démontant les inepties d’un bien étrange spécialiste ès terrorisme.

A l’unisson de Arun Kundnani et de Amarnath Amarasingam, Ingrid Mattson, professeure d’études islamiques, a qualifié les commentaires du Dr Hamid sur le hijab de « déroutants », et c'est un doux euphémisme… Elle a souligné que le voile est porté par un éventail très diversifié de femmes, y compris la lauréate du Prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai, victime d’une tentative d’assassinat des Talibans après s’être fait l’ardente avocate les droits des femmes au nord-ouest du Pakistan.

« Le hijab est-il le couvre-chef de toute femme musulmane ? De tous styles, de tous pays ? Parce que se couvrir la tête est très largement observé chez les femmes musulmanes », l'a interpellé Ingrid Mattson. « Il n’y a aucune logique ici. Malala, qui porte un hijab et sur qui les Talibans ont tiré, est-elle une terroriste ? Il n’y a malheureusement rien de plus banal pour des puissants que de dire aux femmes d’ôter leurs vêtements », déplore-t-elle grandement.

Se targuant sur son site internet d’avoir l’oreille de Washington et d’être sollicité par différents organismes gouvernementaux, dont le ministère de la Défense, la National Security Agency, le commandement des opérations spéciales, et le Bureau du directeur du renseignement national, on ne sera guère surpris d’apprendre pour compléter son portrait, que le fameux Dr Hamid distille ses pensées sur le site de droite Newsmax, dans le cadre d’une chronique " Inside Islam », tout en roulant inconditionnellement pour le camp Républicain, à travers des articles dithyrambiques en faveur de Donald Trump et de Ben Carson. Plus ces derniers dénigrent l’islam et les musulmans, et attisent l’islamophobie, plus ils sont loués et hissés sur un piédestal par l’un de leurs plus zélés séides.

Emaillé d’analogies nauséeuses, son article met en exergue une comparaison entre le recours à la force militaire pour triompher du terrorisme et l’utilisation de la chimiothérapie pour venir à bout du cancer qui a fait bondir Arun Kundnani. Celui-ci n'a pas eu de mots assez forts pour dénoncer une insidieuse et pernicieuse « propagande islamophobe ».

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