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Québec : des musulmans canadiens et des groupes de défense des droits civils s’opposent à la loi contre les signes religieux

Demonstrators hold signs as they protest against Quebec's proposed Charter of Values in Montreal, September 14, 2013. Thousands took to the streets to denounce the province's proposed bill to ban the wearing of any overt religious garb by government paid employees. REUTERS/ Christinne Muschi (CANADA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST RELIGION)

Au terme d’un week-end houleux à l’Assemblée nationale du Québec, des citoyens canadiens, membres de la communauté musulmane et de groupes de défense des libertés civiles, expriment aujourd’hui leur vive désapprobation à l’égard d’un projet de loi controversé, qui a donné lieu à un véritable marathon législatif.
Musulmans comme non musulmans, ils sont tous vent debout contre l’interdiction des symboles religieux au travail – aussi appelée loi 21 – que le gouvernement de la Coalition Avenir Québec appelait de ses vœux et qu’il a réussi à faire adopter dans un hémicycle dont les rangs étaient très agités, par 73 voix contre 35.
Dans la Belle Province où la colère populaire gronde, ils sont nombreux à laisser éclater leur indignation contre ce qu’ils qualifient de « légalisation de la discrimination religieuse », dont l’hypocrisie consiste à viser prioritairement le port du voile, et par ricochet la kippa, le turban sikh et la croix catholique, entre autres symboles. Une détestable hypocrisie qui ne leurre personne, hormis ceux qui en usent, drapés dans la mauvaise foi…

« Ce gouvernement présente une loi qui viole les droits de milliers de personnes »,  s’est insurgée l’avocate Catherine McKenzie, avant de tirer la sonnette d’alarme : « Ce projet de loi est basé sur les mêmes ressorts populistes que nous voyons aux États-Unis et en Europe: la peur de l’autre ».
« Cette loi honteuse est une tache sur l’étendard de la province progressiste et inclusive qu’est le Québec », a condamné vigoureusement Mustafa Farooq, directeur du National Council of Canadian Muslims (NCCM), en ne cachant pas son inquiétude quant à ses lourdes conséquences socio-économiques. « Elle va bouleverser la vie et les moyens de subsistance des populations concernées au premier chef, poussant de nombreux musulmans, juifs et sikhs à la marge de la société, alors que l’islamophobie, l’antisémitisme et d’autres formes de racisme se multiplient. C’est la raison pour laquelle nous engagerons immédiatement des poursuites pour empêcher la citoyenneté de deuxième classe sanctionnée par l’État », a-t-il averti avec gravité.
Ils font cause commune sous la même bannière de la tolérance religieuse et de l’inclusion, ces citoyens canadiens indignés ont annoncé leur intention de déposer un recours en justice, devant la Cour supérieure du Québec, contre le projet de loi qui contrevient gravement aux valeurs fondamentales du pays de l’érable.

Un projet de loi en tout point inacceptable pour Noa Mendelsohn Aviv, l’une des figures de l’Association canadienne des libertés civiles : « L’égalité et la liberté de religion sont des droits de la personne universellement reconnus et des principes fondamentaux de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. C’est pourquoi, nous sommes déterminés à saisir la justice pour l’abroger, aux côtés de tous ceux qui s’y opposent », a-t-elle clamé haut et fort.
En mai dernier, à Québec, les responsables d’une association de femmes musulmanes s’alarmaient de l’islamophobie violente, verbale ou physique, qui frappait de plus en plus fréquemment, en plein jour et dans l’espace public, les proies faciles que sont leurs coreligionnaires voilées.
Trois jours après l’adoption mouvementée de la loi proscrivant les signes religieux au travail, des femmes musulmanes de Montréal montent à leur tour au créneau. Elles dénoncent, elles aussi, le harcèlement incessant dont sont victimes les femmes revêtues d’un hijab dans la rue, dans un quotidien qui est émaillé d’humiliations, notamment quand elles effectuent des démarches administratives. Elles redoutent que cela n’empire, sous l’effet d’une loi jugée désastreuse.
« La décision de porter le hijab était la mienne, elle n’appartient qu’à moi. La décision de le retirer pour travailler ne devrait venir que de moi, et pas du gouvernement », s’est émue Ichrak Nourel Hak, une étudiante québécoise qui aspire à enseigner un jour.

« Cette loi m’envoie un message clair : je ne suis pas un élément précieux de la société québécoise. Toutes mes années d’études, tous mes efforts pour faire partie des meilleurs enseignants du Québec ont été annihilés en un rien de temps. Étant malentendante, j’ai dû travailler beaucoup plus que les autres pour arriver là où je suis aujourd’hui. Cette loi me coupe les ailes et brise mon rêve le plus cher », a-t-elle déclaré, profondément abattue.

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