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Quand des intellectuels pro-palestiniens encensent la politique française

Annoncé par Laurent Fabius avant son départ du Quai d’Orsay, un sommet international pour la paix au Proche-Orient aura lieu à Paris le 30 mai en présence des Etats-Unis, de la Russie, de l’UE et de la Ligue arabe. Israéliens et Palestiniens n'y seront pas conviés, les paramètres de cette énième conférence internationale sont encore inconnus, mais la doxa nous adresse déjà l'injonction d'y voir une formidable lueur d'espoir.

Cette cérémonie, pourtant, étalera comme les précédentes sa bavarde insignifiance en grand format. On y verra s'exercer cette puissante magie du verbe destinée à exalter une solution miraculeuse qu’on s’emploie par ailleurs à rendre impossible sur le terrain. On y observera, une fois de plus, cette fascination pour la diplomatie à grand spectacle dont le principal usage est de revêtir d’un substantiel écran de fumée les ressorts mêmes du conflit.

Il y a peu de chance, en effet, que cette initiative tardive d’une présidence française aux abois puisse réussir là où toutes les tentatives du même genre ont fait long feu. Comme si les grandes liturgies internationales n’avaient pas déjà démontré leur inanité, on refuse de voir que cette nouvelle scénographie aux vertus lénifiantes est irrémédiablement vouée à l’échec, et cela pour deux raisons fondamentales.

La première, c’est qu’une telle initiative entend faire le bonheur des Palestiniens dans leur dos. Les organisations de la résistance, et notamment le Hamas, seront soigneusement exclus du processus. Les représentants légitimes de la résistance palestinienne étant disqualifiés a priori, on sollicitera l’aval grassement monnayé d’une Autorité palestinienne qui sert de supplétif à la puissance occupante depuis les calamiteux accords d’Oslo. Revêtue des apparences de la légalité, cette caution en forme de pis-aller ne trompera personne et laissera les Palestiniens indifférents. Mais en attendant, rien ne bougera.

La deuxième raison de cet échec annoncé est plus grave, car elle repose sur le déni volontaire de la nature même de l'entreprise sioniste. Comme si l'occupant allait relâcher son emprise sur un territoire dont il s'attribue unilatéralement la propriété, la doxa nous demande avec insistance de croire aux vertus de la négociation. On joue alors la comédie d'une diplomatie idéale où les parties en présence seraient théoriquement à égalité sous la houlette bienveillante des grandes puissances. Or cette illusion s'est effondrée depuis longtemps chez les Palestiniens, qui s'y sont suffisamment brûlé les doigts pour ne plus avoir envie de recommencer. Quant à Israël, la négociation avec ces autochtones indésirables que sont les Arabes n'a jamais été autre chose qu'une diversion permettant cyniquement de gagner du temps.

Ces données fondamentales sont largement connues. Et pourtant, de bonnes âmes sont déjà à la manœuvre. L'initiative française reçoit ainsi les louanges d’une brochette d’intellectuels présumés favorables à la cause palestinienne. Dans une tribune publiée par « Libération » le 25 avril, ils font la promotion de la nouvelle politique élyséenne au Proche-Orient. « L'initiative de la France, écrivent-ils, est très importante. En proposant un règlement conforme aux résolutions pertinentes des Nations unies, aux accords déjà signés, et tenant compte des points de convergence agréés par les deux parties, elle va dans la bonne direction. C’est pourquoi nous lui apportons notre soutien. »

L'absence de toute évaluation du pseudo-processus de paix, la confiance naïve dans un règlement international dont l'irréalité est patente, la référence suspecte à des accords déjà signés, l'évocation sibylline des points de convergence entre les belligérants, tout, dans ce texte, laisse perplexe ! En avalisant a priori l'initiative française, en faisant silence sur ses équivoques, le gotha des intellectuels progressistes prête alors son concours à une mascarade diplomatique de facture française dont les Palestiniens seront les seules victimes.

Ce ralliement à une pratique diplomatique dont la vocation évidente est d'épater la galerie traduit pour le moins un déficit d'analyse politique. Mais il trahit aussi un abandon en règle de principes jadis jugés fondamentaux : droit à l’autodétermination du peuple palestinien, droit au retour des réfugiés, droit à un Etat non confessionnel pour la Palestine et tous ses habitants. Loin de passer inaperçu, cet abandon implicite souligne à sa façon les capitulations successives par lesquelles le soutien à la cause palestinienne a fini par se diluer dans une soupe social-démocrate peu ragoûtante et parfaitement inoffensive pour l’occupant.

Car on notera que ces nouveaux thuriféraires de la politique élyséenne, de "Libération" au "Monde diplomatique", s'abstiennent scrupuleusement de réclamer la reconnaissance immédiate de la Palestine par la France, de soutenir de manière explicite la résistance palestinienne et libanaise et d'appuyer la revendication palestinienne d'une restitution de la Palestine à ses détenteurs légitimes. Au lieu de contribuer à la clarification des enjeux du conflit, ils préfèrent fournir une caution préélectorale à un exécutif dont la politique pro-israélienne, depuis 2012, constitue à la fois un reniement de l'héritage gaullien et une trahison éhontée du peuple palestinien et de la nation arabe.
 

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