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Menace existentielle sur les chrétiens d’Orient

Lors du « Discours sur l’Etat de l’Union », le 13 janvier 2016, Barack Obama affirma que Daech ne représentait pas, pour les Etats-Unis, une « menace existentielle ». Les chrétiens d’Orient, hélas, ne peuvent pas en dire autant. Certes, les persécutions qu’ils subissent ne sont pas les seules qu’endurent les populations civiles au Moyen-Orient. Et elles ne sont ni plus ni moins condamnables que celles dont souffrent les autres victimes du djihadisme. Mais pour les chrétiens, comme pour les yézidis, elles représentent bel et bien une « menace existentielle ». Car ceux qui n’ont pas été contraints à l’exil sont plongés dans l’angoisse. En dépit d’une présence multiséculaire, ils doutent de leur avenir dans la région. Le pire, sans doute, est le sentiment d’abandon éprouvé devant la scandaleuse complicité de ces puissances qui prétendent combattre l’hydre djihadiste tout en la nourrissant, qui la dénoncent en paroles tout en lui fournissant les moyens de son entreprise mortifère.

Il n’échappe à personne que les USA, la France ou le Royaume-Uni, si prompts à invoquer des motifs humanitaires, ne s’intéressent aux chrétiens d’Orient que lorsque cet intérêt coïncide sporadiquement avec leur agenda politique. Une dose calculée de compassion pour les minorités opprimées offre alors un supplément d’âme à un interventionnisme sélectif. C’est ainsi que la France s’émouvait du sort des chrétiens libanais lorsqu’ils subissaient les affres de la guerre civile et qu’une rhétorique unilatérale les enrôlait dans le « camp occidental ». Mais lorsque la rébellion islamiste, en Syrie, hurla haineusement le slogan : « les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth », aucun dirigeant occidental ne s’en est ému. Présumés « du bon côté » durant la guerre civile libanaise (1975-1990), les chrétiens furent ainsi rejetés « du mauvais côté » dès le début de la guerre civile syrienne.

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient qui subissent la férule islamiste paient le prix exorbitant d’une double résistance. Car non seulement ils sont irrédentistes sur le plan religieux, mais ils sont réfractaires sur le plan politique. Ce n’est pas dans leurs rangs que les organisations armées se réclamant d’un islam ultra-rigoriste vont recruter des partisans ! Ces derniers le savent et le leur font payer cher. En Irak comme en Syrie, qu’ils le veuillent ou non, les chrétiens sont les adversaires naturels de l’idéologie sectaire de la nébuleuse djihadiste. C’est pourquoi ils rejoignent la lutte en Irak au côté des forces kurdes, et soutiennent en Syrie le combat des forces loyalistes contre un conglomérat salafo-djihadiste soutenu par les deux alliés de l’Occident dans la région : la Turquie, dirigée par un président islamiste qui massacre la minorité kurde, et l’Arabie saoudite, dont le régime intolérant interdit le culte chrétien.

Dans la perspective totalitaire du « djihad global », il est vrai que cette exception chrétienne fait tache. Elle est un vivant affront à l’édification d’un « califat sunnite » instaurant sa domination sur l’ensemble du Moyen-Orient. Pour ceux qui rêvent, les yeux ouverts, d'un prestigieux « sunnistan » enfin purgé des souillures hérétiques, les chrétiens apparaissent comme la butte-témoin d’un héritage occidental que l’on vomit en paroles tout en se fournissant volontiers en armes « made in USA ». Et il est vain de rappeler que lors de la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, en 1099, tous ses défenseurs furent passés au fil de l’épée par les Croisés, qu’ils fussent musulmans, juifs, ou chrétiens orientaux, jugés coupables d’hérésie par la papauté.

La rhétorique anti-occidentale de ces « révolutionnaires » d’un autre âge ne doit donc pas faire illusion. Et il ne faut pas s’étonner que le djihadisme confonde dans une haine recuite non seulement les chrétiens, mais les yézidis et les chiites. Etrangers à l’islam, suspects de sympathie pour la laïcité et politiquement insoumis, les chrétiens ne seront jamais de fidèles sujets du califat auto-proclamé. Adorateurs du diable, les yézidis occupent le dernier degré de la hiérarchie religieuse et sont voués à fournir des esclaves sexuelles aux valeureux combattants de la foi. Enfin, les chiites, ces suppôts de l’hérésie, sont vomis par les prédicateurs wahabites qui leur promettent les flammes de l’enfer. Et dans leur variante alaouite, ils sont l’objet de la pire exécration de la part des combattants de la « révolution syrienne » et autres « terroristes modérés » adoubés par cet Occident qu’ils affirment combattre.

Dénominateur commun de l’islamisme radical sunnite, cette haine interconfessionnelle ne fabrique pas ses ennemis au hasard. Si les trois communautés « minoritaires » sont jugées inassimilables, c’est parce qu’elles jettent un pavé, par leur existence même, dans la mare de son grand projet unificateur sous l’emblème de la « charia ». A mille lieux du califat abbasside dont elle revendique frauduleusement l’héritage, l’utopie califale contemporaine exige une sanglante épuration ethno-confessionnelle qui frappe les chrétiens, les yézidis et les chiites, mais aussi les Kurdes, dont le sunnisme tolérant d’inspiration soufie est également suspect. Au fond, l’idéologie sectaire du « djihad » (contre les impies) et du « takfir » (contre les apostats) est circulaire : tous ceux qui, en raison de leur origine ou de leur confession, sont naturellement enclins à la tiédeur envers l’entreprise purificatrice s’exposent à en faire les frais. C’est pourquoi les chrétiens d’Orient, lâchement abandonnés par des dirigeants occidentaux peu avares de leurs larmes de crocodile mais curieusement impuissants dès qu’il s’agit de passer à l’action, sont plus que jamais dans la ligne de mire.

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