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Maroc : la prison plutôt que le mariage pour tout violeur

Son geste fatal, commis en 2012, à tout juste 16 ans, a provoqué une immense déflagration émotionnelle au Maroc, la jeune Amina Al Filali, poussée au désespoir par un viol qui l’avait doublement anéantie et déshonorée, sous le poids de traditions figées dans le temps et de lois iniques gravées dans le marbre, avait choisi d’échapper à l’union contre-nature qui l’attendait avec le sinistre auteur de sa défloration, en avalant de la mort aux rats.

Au traumatisme général, a succédé une impérieuse réflexion nationale sur le statut de la femme dans la société, sa protection et la préservation de ses droits, tandis que les sit-in et la blogosphère appelaient à abroger une loi « criminelle » moyenâgeuse, sous le cri de ralliement « Nous sommes tous Amina Al Filali ».

"La loi considère la mineure violée comme une criminelle bien qu'elle soit victime de la violence", déplorait alors avec force Nouzha Skalli, ex-ministre, exhortant à une réforme du code pénal  : "Il faut réformer le code pénal afin de l'adapter à la nouvelle constitution qui interdit la violence contre les femmes et assure l'égalité des sexes", clamait-elle.

Amina Al Filali n’est plus de ce monde, mais sa fin tragique réussira-t-elle peut-être à révolutionner les mentalités, en obligeant la monarchie à sortir de sa torpeur coupable et le temple législatif à criminaliser tout violeur, au lieu d’en faire un improbable époux, et à reconnaître le statut de victime de la femme violée, au lieu de lui imposer une union impensable. C'est en tout cas dans ce sens que les députés marocains ont statué, mercredi 22 janvier, se prononçant en faveur d'un amendement du code pénal afin que l'auteur d'un viol ne puisse plus se soustraire à la prison en contractant un mariage avec sa victime.

Ce premier grand pas suffira-t-il pour autant à protéger la femme de certains archaïsmes qui sont autant d'atteintes indignes à la condition humaine ? L’heure est à la satisfaction pour Khadija Rouissi, députée du parti Authenticité et modernité (PAM), qui a déclaré: "Aujourd'hui, on peut enfin dire qu'Amina Al-Filali peut reposer en paix. Depuis 2012, il a fallu attendre, et c'est grâce à la lutte menée par les ONG et la mobilisation de certains groupes parlementaires que nous avons pu aboutir", tandis que Fatima Maghnaoui, responsable d'une ONG soutenant les victimes de violences, reste plus circonspecte : "C'est un pas très important, mais qui n'est pas suffisant. Nous appelons à une révision complète du code pénal pour les femmes."

Cependant, un bémol de taille jette une ombre au tableau : dans son rapport remis en 2012, Bassima Hakkaoui, la ministre de la famille, révélait que six millions de femmes – sur une population totale de 34 millions d'habitants – étaient victimes de violences, dont plus de la moitié dans le cadre conjugal. Un projet de loi visant à sanctionner sévèrement leurs auteurs fait actuellement l'objet de joutes cinglantes, le gouvernement ayant été contraint de faire marche arrière. 

Par ailleurs, l'ONG Avaaz a affirmé avoir remis, mercredi, au Parlement une pétition de plus d'un million de signatures exhortant les autorités marocaines à prendre cette question cruciale à bras-le-corps, sans atermoiements ni faux-fuyants.

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