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L’Iran revient en force sur la scène internationale

A Vienne, l’Iran et les 5+1 puissances mondiales ont conclu un accord historique qui verra la garantie par l’Iran de limiter ses capacités nucléaires en échange de la levée des sanctions qui ont paralysé le pays.
 
Les résultats immédiats, non liés au contenu de l’accord lui-même, étaient comme suit :
 
Tout d’abord : une jubilation énorme inscrite sur le visage de Mohammad Javad Zarif, le Ministre iranien des Affaires Étrangères qui s’est même fendu d’une plaisanterie, suscitant le rire de ses homologues occidentaux.
 
Ensuite : un accès d’hystérie et de fureur du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a immédiatement déclaré que l’accord était une catastrophique erreur « historique pour le monde ».
 
Et enfin : un silence mortel, comme d’une tombe, dans ces capitales Arabes qui se considèrent chacune comme étant l’allié régional numéro un de l’Amérique, suivi d’un sensation rampante de choc et de confusion.
 
Il serait impossible de faire le rapport à nos lecteurs du contenu complet des quasi 100 pages de l’accord, mais nous souhaitons retenir votre attention sur ses points clés :
 
D’abord : l’accord n’empêche pas l’Iran de continuer à enrichir l’uranium, ce qui signifie que, théoriquement, il pourrait soudainement améliorer cet enrichissement jusqu’à produire des armes atomiques en cas de revirement ; l’accord ne fait qu’allonger la période qui serait nécessaire à la fabrication d’une première bombe nucléaire, passant de 2 ou 3 mois à un an environ, donnant ainsi à l’Occident plus de temps pour préparer une réplique si une telle catastrophe se produisait.
 
Les procédures d’’enrichissement continueront donc, mais elles seront limitées pendant quinze années à 3,67% et la réserve [d’uranium enrichi] est limitée à 300 kg. Cependant, sous cet accord, l’Iran conserve près de 35% de ses centrifugeuses et ces réacteurs nucléaires peuvent à tout moment être adaptés illégalement pour des objectifs militaires si Téhéran décide de prendre cette voie à un certain moment.
 
En second lieu : Téhéran permettra à des inspecteurs de l’AIEA un « certain accès » aux sites – une description alambiquée qui semble signifier que la prise de décision concernant ces visites sera avant tout dans les mains des Iraniens. En effet, l’Iran ne souhaite pas connaître le même sort que l’Irak de Saddam Hussein où des rapports mensongers sur des armes de destruction massive ont eu comme conséquence l’occupation du pays par les Etats-Unis pendant dix années.
 
Troisièmement : l’Iran continuera évidemment à tirer bénéfice et à exploiter les cerveaux et l’expérience de son actuelle génération de scientifiques nucléaires qui peuvent, à tout moment dans l’avenir, reprendre le développement des armements nucléaires en faisant ainsi une infraction à l’accord. Après les quinze années que couvre l’accord, ces scientifiques et leurs étudiants seront libres de procéder comme ils le souhaiteront.
 
Quatrièmement : l’Iran ne sera plus catalogué comme « État voyou », ne sera plus sujet à des qualificatifs tels que « terroriste » et ne fera plus partie du célèbre « Axe du Mal » cher à George W. Bush. Peut-être pourrat-il même – et ceci est un des principaux points – devenir un nouvel allié régional pour les Etats-Unis et ses alliés occidentaux.
 
Cinquièmement : l’économie iranienne bénéficiera d’une forte impulsion grâce la libération de 120 milliards de dollars en avoirs et la levée des embargos, ce qui lui permettra d’exporter dans le monde entier. L’Iran deviendra vite une puissance économique régionale importante, générant des centaines de milliers d’emplois. En ce qui concerne le marché pétrolier au niveau mondial, l’impact sera dévastateur à un moment où l’Arabie Saoudite a artificiellement maintenu des prix très bas.
 
Les exportations du pétrole iranien ont été divisées par deux à cause des sanctions ; quand celles-ci seront levées, le marché sera inondé par ce même pétrole, alors que les pays de l’OPEP sont déjà en surproduction. Téhéran a déjà 30 millions de barils de brut dans ses entrepôts et se prépare à les mettre en vente. Les prix du brut sont déjà tombés de 2,3%, passant à 50,98 dollars le baril alors que l’encre ayant servi à l’accord n’était pas encore sèche.
 
L’économie iranienne est beaucoup plus diversifiée que celle de ses rivaux régionaux. Les hydrocarbures ne représentent que 33% de ses revenus globaux tandis qu’ils constituent plus 90% des revenus dans les pays du Golfe.
 
Sixièmement : la prochaine réapparition de l’Iran bénéficiera et renforcera les pays du « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui ont soutenu Téhéran politiquement – particulièrement la Russie et la Chine.
 
Nos dernières observations concernent la motivation du Président Obama, qui a avec ténacité poursuivi cet accord pendant presque deux années, et fait une volte-face remarquable par rapport au précédent projet de confrontation militaire avec l’Iran, qui avait entraîné la mobilisation de porte-avions, sous-marins nucléaires et unités de troupes spéciales dans le Golfe.
 
Ceci peut être ramené aux points suivants, très brièvement :
 
D’abord : cet accord est une alternative à la guerre. Les Etats-Unis sont épuisés moralement, politiquement et économiquement par leur engagement militaire long de plusieurs décennies au Moyen-Orient. Obama est las de soutenir des régimes Arabes qui ne peuvent se protéger eux-mêmes, de défendre leurs intérêts et de lancer des guerres en leur nom. Nous pensons qu’il voudrait voir un retrait américain progressif de la région.
 
En second Lieu : Le Président Obama s’était vu attribuer le prix Nobel de la Paix au début de sa présidence et il veut justifier cet honneur. Il veut que son legs historique soit celui d’un conciliateur, d’où son approche conciliante envers le Cuba. Le 1er juillet, Washington et La Havane ont annoncé qu’ils reprendraient de pleines relations diplomatiques après 54 ans d’hostilité. L’incapacité d’Obama à faire établir un État Palestinien, cependant, demeurera toujours une tache noire sur son héritage.
 
Troisièmement : La vraie guerre de l’Amérique au Moyen-Orient est maintenant contre l’État Islamique (EI) qui a montré une grande capacité à s’étendre. Les Etats-Unis et leurs alliés sont maintenant convaincus que la défaite de l’EI est impossible sans la coopération de l’Iran.
 
À la différence du bloc sunnite (mené par l’Arabie Saoudite), le bloc chiite dirigé par l’Iran (qui comprend l’Iran,l’Irak, la Syrie, le Hezbollah) est solidement aligné, sans connaître aucun des conflits fratricides compliqués qui affaiblissent leurs rivaux régionaux. Les fidélités et les projets de Téhéran sont clairs et souvent diamétralement opposés à ceux de l’Arabie Saoudite : pour exemple, Téhéran soutient le régime d’Assad en Syrie et la rébellion des Houthis au Yémen à la frontière sud de l’Arabie saoudite.
 
En termes de profits et pertes, il est possible de dire que les pays arabes sunnites sont les perdants de cet accord, à deux exceptions : le Sultanat d’Oman et l’Émirat de Dubaï.
 
L’Oman a maintenu une position neutre sur la crise iranienne et a accueilli les négociations secrètes qui sont devenues le noyau de l’accord d’aujourd’hui. L’Oman renforcera ses relations avec l’Iran et l’Occident, politiquement, militairement et économiquement.
 
Dubaï, en attendant, est resté une artère économique essentielle en dehors de l’Iran pendant les années de sanctions, comme il l’a été pendant la guerre Iran-Irak. La libération de 120 milliards de dollars de capitaux iraniens gelés, est susceptible de se traduire en énormes investissements à Dubaï. A l’opposé, le reste des économies du Comité de Coopération du Golfe (CCG) craignent des recettes pétrolières en diminution.
 
L’Algérie et l’Egypte, et dans une moindre mesure, la Tunisie et la Mauritanie, ont également eu la sagesse de se distancer de l’hostilité ouverte envers l’Iran et, sans aucun doute, ils bénéficieront également politiquement et économiquement de ce profond changement au niveau régional.
 
Nous pouvons conclure que les sourires de M. Zarif’s, la face cramoisie de Netanyahu et l’état de choc des pays du Golfe sont bien fondés.
 
La réapparition de l’Iran comme puissance internationale changera complètement la carte politique du Moyen-Orient et représentera un vrai défi à l’unique puissance nucléaire de la région : Israël. Nous verrons la fin de la domination et de l’arrogance israéliennes, régionalement et sur la scène mondiale.
 
L’immuabilité de l’Iran, la capacité de ses négociateurs a rester fermes, montrant patience et courage, est est une leçon de maître en diplomatie et en perspicacité politique, pour nous les arabes comme pour le reste du monde.
 
Traduction : Info-Palestine.eu – Lotfallah
 

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