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Les savants musulmans à l’appui de la révolte syrienne

Il y a quelques jours s’est tenu un colloque rassemblant de nombreux ‘Oulémas à Istanbul. Leur objectif : soutenir la révolte du peuple syrien et mettre en lumière le caractère légal, d’un point de vue de la jurisprudence islamique (bayan al hukm ash shar’i), des manifestations pacifiques et du soulèvement populaire qui gagne le monde arabe, particulièrement en Syrie.

Cette initiative des ‘Oulémas est d’une importance capitale, car elle donne une caution religieuse à l’activisme de tous ceux qui ont décidé de lutter pour mettre à bas ces régimes corrompus et tortionnaires qui sévissent dans le monde arabe depuis les indépendances. Parmi ces ‘Oulémas réunis en Turquie, on trouve de grands savants comme le Shaykh Muhammad Alî as-Sâbûnî, connu pour son Tafsir du Coran « Safwat At Tafassir ». Se trouvait également le Sheikh Mohammed Al Yaqoubi ancien professeur à la Grande mosquée des Omeyyades de Damas. L’opposant historique et ancien leader des Frères musulmans syriens, ‘Issam al ‘Attar était également présent. Tous ont la particularité d’avoir été des victimes de la répression du régime syrien et ont connu la prison, l’exil forcé ou la torture.

Leur mot d’ordre a été clair : la révolte du peuple syrien est légitime face à un pouvoir injuste qui réprime sauvagement les aspirations du peuple à vivre dans la liberté et la dignité. Prenant appui sur l’exhortation coranique à l’établissement de la justice et au respect de la dignité humaine et à l’enseignement prophétique de lutter contre l’injustice (Ad Dholm), leur fatwa (édit religieux) incite le peuple syrien à poursuivre sa mobilisation pour abattre un système prédateur qui n’a que trop duré.

Mais ces ‘Oulémas préviennent également que la contestation doit rester dans un cadre pacifique. C’est cette formule qui a pu faire tomber les régimes en Tunisie et en Egypte, et le peuple syrien se doit de persévérer dans cette voie. En d’autres termes, oui aux manifestations populaires, à l’agitation citoyenne, à la désobéissance civique et oui aux appels de la “Joumu’a (vendredi) de la colère”, mais aucunement à un appel à l’insurrection armée. Ce serait, en effet, donner une trop belle occasion aux pouvoirs pour étouffer les aspirations populaires dans un bain de sang et une répression impitoyable. C’est d’ailleurs ce qui s’est déjà passé en Syrie. Quand la ville de Hama s’est soulevée en 1982 contre le père de l’actuel dictateur Bachar Al-Assad, la répression a été d’une brutalité inouïe : entre 10 000 et 30 000 morts selon les différentes sources !

Aujourd’hui, la répression est toujours aussi sauvage. Amnesty international vient de dévoiler les conclusions d’un rapport qui mentionne que les terribles services de sécurité syriens se sont rendus coupables de « crimes contre l’humanité ». Il faut dire que la brutalité a été sans limite et que la répression n’a épargné ni femmes, ni enfants. L’illustration la plus sombre de cette sauvagerie est incarnée par le sort tragique réservé au jeune Hamza Al Khtaib. Cet adolescent de 13 ans, arrêté fin avril à Deraa, fief de la contestation syrienne, a été rendu à ses parents un mois plus tard avec le visage tuméfié. Atrocement torturé, son corps était couvert de brûlures de cigarettes, de traces de sévices dans les parties génitales et d’impacts de balles. Il est devenu depuis l’icône de tout un peuple, déterminé à aller jusqu’au bout pour se libérer des jougs d’un système étouffant.

C’est une bonne chose que les Oulémas syriens prennent position de cette manière contre un pouvoir qui présente toutes les caractéristiques du Taghout – cette référence coranique qui symbolise l’arbitraire et la prédation. Ils prolongent ainsi l’appel qu’ont déjà lancé d’autres ‘Oulémas regroupés dans l’Union Mondiale des ‘Oulémas présidée par le Shaykh Youssef Al Qardawi ou Rabitat Al ‘Oulamas Ahl As Sunna (Ligue des Savants Sunnites) récemment lancée par le Shaykh Saoudien Moussa As-Sharif et présidée par l’Egyptien Safwat Hijazi. En accompagnant ces mouvement de masse, les Oulémas renouent avec leur rôle premier, celui d’être les héritiers des Prophètes et de se tenir constamment du côté des opprimés.

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