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Les musulmanes britanniques “invitées” à porter le hijab coquelicot en signe de loyauté

Suffit-il d’une étoffe ornée de coquelicots, aussi emblématiques soient-ils de la Grande guerre et bien sale guerre de l’autre côté de la Manche, pour que le voile soit paré de toutes les vertus et dissipe les suspicions en « isme » (prosélytisme et extrémisme) qui lui sont accolées ?

Elles croient dur comme fer au miracle de l’éclosion des hijabs rouges coquelicots dans le royaume de Sa Gracieuse Majesté, là où l’islamophobie est le terreau du néo-fascisme en pleine fermentation, plusieurs associations musulmanes, emmenées par la Islamic Society Of Britain (ISB), exhortent les citoyennes musulmanes, à l’approche du 11 Novembre, à arborer le voile du politiquement correct, en signe d’une loyauté au-dessus de tout soupçon et d’un rejet de l’extrémisme franc et massif.

En effet, comme le veut l’usage, à chaque commémoration du Jour du Souvenir (Remembrance Day), les coquelicots chargés de symboles égaient la grisaille hivernale et fleurissent les boutonnières des Britanniques, hommes politiques en tête, le fruit de leur vente revenant aux anciens combattants de la British Legion en mémoire des victimes de la Première guerre mondiale.

Le président de l’ISB, Sughra Ahmed, est persuadé du bien-fondé de cette démarche citoyenne et surtout de l’impact des coquelicots sur des mentalités qui n’ont pas encore effacé de leur mémoire l’incident surmédiatisé de 2010, quand un groupuscule islamiste « Muslims Against Crusades » avait mis le feu à la jolie fleur des champs, emblème traditionnel au Royaume-Uni. “C’est aussi un moyen pour les citoyens musulmans ordinaires de détourner l’attention des extrémistes qui semblent monopoliser les gros titres », a-t-il déclaré, avant d’enfoncer le clou : “une minorité en colère qui crache sa haine et offense tout le monde.”

Né sur le papier sous le coup de crayon de Tabinda-Kauser Ishaq, une étudiante musulmane de l’université des arts de Londres, le foulard, aux différents styles et d’une valeur de 28 €, qui parsèmera de coquelicots la tête des musulmanes britanniques n’est-il pas une injonction déguisée à s’indigner contre les abominations de Daesh, et ne contribuera-t-il pas, contrairement au but claironné, à alimenter le fantasme selon lequel, derrière tous les voiles, la cinquième colonne verte avance masquée ?

Quelques semaines avant le lancement de cette initiative, le SUN, le célèbre tabloïd anglais, avait fait sensation en mettant en couverture l’illustration d’une femme voilée aux couleurs de l’Union Jack, l’étendard national, avec cette accroche percutante sonnant comme une sommation très ciblée : “Les britanniques de toutes les obédiences doivent se lever contre l’extrémisme.”

 

A ces plis du patriotisme couvrant opportunément la chevelure, les musulmanes ne sont-elles pas contraintes de se conformer sans broncher, sous peine de passer pour des citoyennes encore plus séditieuses et suspectes qu’auparavant ? C’est ce que dénonce sans mots couverts la diatribe signée Nesrine Malik et parue dans les colonnes du Daily Mail, en s’insurgeant contre celle nouvelle forme de déshumanisation des femmes voilées, à la fois prises pour cible et pour de vulgaires moutons de panurge, qui est d’autant plus intolérable qu’elle est l’œuvre de musulmans.

Cet article au vitriol a fait réagir Sughra Ahmed, l’une des chevilles ouvrières de l’opération, qui se défend d’obliger ses coreligionnaires à opter pour le hijab qui siéra à la bien-pensance toute britannique, mais reconnaît les « inviter » à faire le bon choix, ça oui incontestablement !

Cette subtilité de langage n’a pas abusé Nesrine Malik, celle qui a appuyé là où le bât blesse, craignant qu’à la vue d’un champ de voiles aux pétales écarlates la mauvaise herbe des préjugés et de l’intolérance ne s’enracine davantage encore et durablement dans les esprits.

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