L'article analyse les atouts du Hezbollah face à l'armée israélienne dans un contexte de confrontation terrestre au Liban.
Pourquoi lire cet article :
- Comprendre les avantages stratégiques du Hezbollah dans un conflit potentiel.
- Évaluer les implications militaires et géopolitiques de la situation au Liban.
On se rappelle qu’au lendemain des attaques de l’armée israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth qui se sont soldées par l’assassinat de plusieurs chefs du Hezbollah, dont le secrétaire général Hassan Nasrallah, le gouvernement israélien, qui ne cachait pas sa joie et son enthousiasme, promettait à tous ses adversaires dans la région l’enfer et martelait que l’armée israélienne était capable d’atteindre n’importe quel objectif dans la région.
Mieux, Netanyahou commençait à rêver d’une nouvelle carte géopolitique au Moyen Orient dans laquelle Israël était sûr d’avoir la première place.
La riposte balistique iranienne a quelque peu calmé les ardeurs du gouvernement israélien. Le représentant israélien aux Nations Unies a été obligé de baisser le ton en déclarant que « la riposte israélienne à l’attaque iranienne sera calculée ».
Mais les déboires d’Israël ne s’arrêtent pas là. Sur le front libanais, les premières opérations ne sont pas bon augure. L’incursion terrestre des Forces spéciales israéliennes dans le sud du Liban s’est soldée par un fiasco selon les médias israéliens eux-mêmes.
Les deux premiers accrochages entre des Forces spéciales israéliennes et des combattants du Hezbollah ont fait 8 morts dans les rangs israéliens (3 capitaines et 3 sergents appartenant à la brigade des commandos Etzioni et 2 sergents-chefs de la brigade Golani ) et 39 blessés évacués à la sauvette par plusieurs hélicoptères de sauvetage de l’armée israélienne.
Par ailleurs, les combattants du Hezbollah ont réussi à détruire 3 chars Merkava. L’échec de la première incursion terrestre de l’armée israélienne qui n’a pas dépassé 400 mètres sur le sol libanais augure d’une guerre que les dirigeants israéliens eux-mêmes décrivent comme « difficile » et « douloureuse ».
Pour rappel, au début de l’opération dite d’incursion terrestre de l’armée israélienne qui a commencé lundi dans la soirée, seule la 98e Division, qui était déployée à Gaza et qui comprend une brigade parachutiste, une brigade commando et une brigade blindée, était concernée. Mais 48 heures après, l’armée israélienne a décidé de déployer également la 36e Division qui comprend la célèbre brigade Golani, la 188e brigade blindée et la brigade Etzioni. Ce sont deux détacements de reconnaissance appartenant à la brigade Etzioni et à la brigade Golani qui ont été ciblées par les combattants du Hezbollah à l’intérieur du sud Liban.
Quels sont les atouts du Hezbollah, dans le cas où l’armée israélienne élèverait le niveau de son engagement terrestre dans le sud du Liban ?
Le terrain : Contrairement à Gaza, le relief libanais fait de zones montagneuses rocailleuses et de collines escarpées, offre des avantages certains aux combattants du Hezbollah, plus mobiles, et qui connaissent bien leur région, comparativement aux unités d’invasion qui comptent beaucoup sur leurs chars et leurs engins blindés légers.
La longueur de la frontière: contrairement à Gaza dont la frontière avec Israël ne dépasse pas 40 km de longueur, la frontière libano-israélienne d’une centaine de kilomètres obligera l’armée israélienne à disperser ses forces et offre plus de mobilité au Hezbollah. Ce dernier ne pourra pas se défendre sur toute la longueur de la frontière mais il choisira les zones de fixation qu’il jugera favorables pour une guerre de mouvement.
Le nombre des combattants : A Gaza, le Hamas et les autres composantes de la résistance palestinienne ne pouvaient compter au grand maximum que sur 30 000 combattants qui devaient faire face à 5 divisions israéliennes qui totalisaient près de 100 000 hommes. Le Hezbollah peut mobiliser de son côté près de 100 000 combattants. Soit l’équivalent des effectifs des divisions israéliennes qui pourraient être déployées dans le cadre d’une invasion terrestre d’envergure.
Armement : Ce qui manquait et manque toujours cruellement au Hamas à Gaza, ce sont les missiles guidés anti-char. Pour détruire les chars et autres engins blindés, le Hamas utilise une version modifiée du vieux RPG de l’ère soviétique, le fameux Yassine 105. Pour atteindre leur cible, les combattants palestiniens doivent s’en approcher de quelques dizaines de mètres. En revanche, le Hezbollah dispose d’un armement sans commune mesure avec celui du Hamas à Gaza. Non seulement, son arsenal de missiles (iraniens) est impressionnant, mais il dispose également de missiles guidés antichar (une version iranienne du missile russe Kornet) qui peuvent atteindre les chars israéliens à une distance de 5 kilomètres et qui pourraient s’avérer décisifs dans les batailles terrestres.
L’atout des tunnels : On sait le rôle joué par les tunnels dans la résilience militaire des combattants palestiniens à Gaza. Les informations relatives aux tunnels construits par le Hezbollah font état de tunnels autrement plus longs et mieux construits, ce qui n’est pas surprenant au regard des moyens financiers et logistiques dont dispose le Hezbollah comparativement au Hamas.
Ravitaillement militaire assuré : Contrairement à ce qui se passe à Gaza où le blocus aérien, naval et terrestre, empêche tout approvisionnement en armes obligeant le Hamas à ne compter que sur ses ateliers et sur la récupération des engins israéliens qui n’ont pas explosé pour en extraire la matière explosive et la recycler pour la fabrication de bombes artisanales, le Hezbollah pourra compter sur la porosité de la frontière du Liban avec la Syrie par laquelle il peut acheminer des armes en provenance d’Irak et d’Iran.
Si les combattants palestiniens ont pu tenir un an à Gaza, malgré un rapport de forces militaires absolument défavorable, que dire du Hezbollah qui pourra compter sur les nombreux avantages comparatifs rappelés ci-dessus ?
Bien entendu, sur un plan strictement militaire, le rapport des forces reste à l’avantage de l’armée israélienne qui pourra notamment compter sur sa maîtrise du ciel. Mais aucune guerre ne se gagne seulement dans les airs. L’armée israélienne n’a pas d’autre choix que d’affronter le Hezbollah sur le terrain si elle veut neutraliser son dispositif balistique.
Par ailleurs, et même si son effectif permet de le classer comme une quasi-armée, le Hezbollah n’est pas une armée régulière et ne se battra pas dans les conditions d’une guerre conventionnelle. La guerre de mouvement menée par des combattants aguerris et qui connaissent bien leur terrain risque de coûter cher à l’armée israélienne. Jusqu’où cette donne pourra-t-elle influencer l’issue du conflit et favoriser l’option diplomatique ?



“au regard des moyens financiers et logistiques dont dispose le Hezbollah comparativement au Hamas”
C’est pour cela que le Hamas a détourné l’aide alimentaire internationale pour construire ses tunnels. Tant pis pour, les Gazaouis..?