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Le Qatar pour l’art ?

Le secteur artistique, au Qatar, a ses personnalités, ses institutions, ses créations et, en fin de compte, son identité propre, peaufinée depuis une dizaine d’années.

L’art a toujours été un moyen de faire de la politique autrement. Pour faire rayonner une culture, une civilisation, une histoire, même naissantes ; pour exister, tout simplement, dans un monde vaste et pluriel. Il n’y a qu’à regarder du côté du Golfe arabo-persique, aujourd’hui, pour s’en convaincre. Et plus particulièrement du Qatar, ce petit émirat riche en gaz qui s’est imposé, il y a dix ans, comme l’un des acteurs principaux de la région. Grâce, notamment, à une politique culturelle forte, faite d’investissements dans l’existant, mais également – et surtout – dans la quête d’une identité artistique propre.

« Construire notre propre identité »

C’est d’ailleurs cette dernière qui avait conduit Doha à nouer un partenariat avec l’Allemagne, pour une année de projets culturels collaboratifs qui vient de s’achever avec l’exposition Contemporary Art Qatar. Inaugurée début décembre dernier, dans cet espace caverneux et atypique qu’est la galerie Kraftwerk, à Berlin, la manifestation avait pour but de présenter plus de 30 créateurs contemporains, témoignant de la diversité qatarie en matière artistique, grâce à un savant mélange de tradition et d’innovation. Avec une part belle faite à la photographie et au design.

Une femme, couverte d’un voile d’où s’échappent quelques mèches de cheveux, qui tient un grand verre, rouge pétard, d’une marque de soda mondialement connue ; un désert à perte de vue avec, au loin, une rangée de lumières séparant sable et horizon qui se confondraient presque ; des ours en peluche en béton qui, selon leur créatrice, Aisha al-Suwaidi, célèbrent le confort et la nostalgie d’une maison à l’heure des changements urbains galopant. Le choc des temps et le mariage des cultures, c’est ainsi le message que souhaitait faire passer la Qatar Museums Authority, organisatrice de l’événement berlinois.

« Nous ne voulons pas être identiques, nous souhaitons respecter et comprendre chaque culture et chaque diversité et, à côté, construire notre propre identité » s’était ainsi exprimée par le passé Cheika al-Mayassa, la directrice de l’équivalent qatari de la Réunion des musées nationaux en France. La sœur de l’actuel émir, cheikh Tamim al-Thani, régulièrement présentée comme l’une des personnalités les plus influentes du monde de l’art, entendait, grâce au partenariat allemand, couronner une décennie d’offensive culturelle qatarie.

« Dans le cinéma arabe tout n’a pas été dit »

La méthode de cette « culture Queen », telle que la surnomment les anglo-saxons, pour mettre en avant l’art de l’émirat ? Se focaliser sur  le local, bien évidemment, en investissant prioritairement dans la population du Qatar et en élargissant ensuite les horizons. Ainsi Cheika al-Mayassa a pu relier les institutions culturelles qataries aux sites patrimoniaux de pays différents. Avant d’attirer de nombreux artistes internationaux, au Qatar, et présenter des artistes locaux et régionaux dans le monde entier. Avec un fort tropisme pour le cinéma.

« Le film fait bien plus que divertir […] Il peut éduquer, inspirer et unir des communautés » déclarait celle qui voulait faire du Qatar un véritable « hub » culturel. Une ambition qui s’est matérialisée, en 2010, par la création du Doha Film Institute, une structure qui contribue au financement d’oeuvres cinématographiques, dont certaines se sont retrouvées en lice à Cannes ou aux Oscars. « Nous avons avant tout l’ambition de créer une nouvelle génération de réalisateurs qataris » affirmait en 2016 Khalil Benkirane, directeur du fonds de soutien au DFI. Le but ? « Mettre en place un cadre qui permette de soutenir des projets […] grâce à différents départements (formation, production et financement). »

Ceci en s’attachant principalement au bénéfice culturel, sans s’attarder sur les sommes engagées. « Notre raison d’être est d’aider à raconter des histoires [car] dans le cinéma arabe, par exemple, […] tout n’a pas été dit. » Contrairement au cinéma occidental, où « d’une certaine manière, tout a été raconté. Les jeunes revisitent donc des histoires déjà contées » estime M. Benkirane. Quid de l’aspect éventuellement politique du septième art ? « En ce qui concerne le soft power, tout le monde l’utilise » bottait-il en touche. « On devrait plutôt célébrer ce pays qui investit dans la culture », selon lui.

Ouverture du Musée national du Qatar

Difficile, effectivement, de déconnecter la politique culturelle et artistique, dans le Golfe, de la politique en général, ces derniers temps. La région, depuis plus de six mois, est le théâtre de fortes tensions diplomatiques entre, d’un côté, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU), surtout, et le Qatar de l’autre. En juin dernier, le petit émirat a été mis sous embargo par Riyad qui, à la tête du Conseil de coopération du Golfe (CCG), a la mainmise sur les faits et gestes de ses voisins. Les Saoudiens reprochaient alors à Doha de s’être rapprochée de l’Iran, leur bête noire au Moyen-Orient.

Coïncidence : en novembre dernier, le Salvador Mundi de Léonard de Vinci était acheté pour la modique somme de 450 millions d’euros par un prince saoudien – dont on apprendra ensuite qu’il s’agissait de Mohamed ben Salman, le prince héritier –, qui en a fait cadeau au Louvre d’Abou Dabi.
Inauguré en grande pompe, en présence du président de la République française, Emmanuel Macron, l’antenne émiratie du musée parisien revendique une vocation « multiculturelle » et « éducative ». Les autorités des Emirats ont également l’ambition, moins frontale, de concurrencer le Qatar sur la scène artistique et culturelle dans la région.

Si la politique, autrefois, était un autre moyen de faire la guerre, l’art est aujourd’hui une arme politique indiscutable – pourquoi mettre près d’un demi-milliard de dollars dans un tableau, sinon ? Arme soft et en apparence inoffensive, elle n’en est pas moins bénéfique, dans la mesure où elle permet à une culture d’exister et de rayonner. Doha est attaquée par ses voisins du Golfe ? Elle rétorque par sa richesse artistique plus que naissante. En décembre prochain, le Musée national du Qatar devrait d’ailleurs ouvrir ses portes au public.

2 commentaires

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  1. larabie saoudite que par le nom pays du diable ou l être pauvre est pris pour esclave ou les ricain sont chez eux ou Jérusalem a étais offert aux juifs avec l accord de trump renseignement pris au paravent chez les saoudien , meme maintenant il peut handicaper le dollars a plier certaine bourse nos frère arabe que par le nom , ont crache sur notre gueule ont massacre nos enfants palestiniens ils rasent leurs habitation ils déracine leurs plantation comme et autres , vous avez peur…laissez vos place , le definitive c est le cimetière

  2. C’est confus comme menace… C’est tellement confus que c’en est drôle ! Je vous conseille de consulter rapidement un professeur de français (ou un marabout).
    Niveau CM1 ça devrait être bon pour vous.
    On va tout reprendre depuis le début.
    Jerusalem n’a pas été offert aux juifs.
    Jerusalem c’est juif.
    Jerusalem quoi.
    C’est comme dire on a offert la mecque aux musulmans. C’est con. La mecque c’est musulman. Jerusalem c’est juif. Depuis plus de 5000 ans… Faudrait peut être se tenir au courant…

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