« Tariq Ramadan ne demande qu’une chose, c’est que sa cause soit entendue de manière équitable, loyale, sans a priori et sans parti pris ». C’est en ces termes que Me Emmanuel Marsigny, l’avocat de l’islamologue suisse, a plaidé hier, sur les ondes de Franceinfo, la cause de son client, dénonçant « le manque d’objectivité et une différence de traitement » dont il pâtit, par rapport, notamment, à « Georges Tron, qui a été ministre de la République » et qui « comparaît devant les assises pour des accusations de viol et n’a pas fait un jour de détention. »
Interrogé sur la conclusion à laquelle aboutit l’expertise médicale réalisée par deux neurologues dont la compétence est reconnue, selon laquelle la sclérose en plaques de Tariq Ramadan ne s’oppose pas à son maintien en détention, Me Marsigny a tenu à apporter une nuance de taille : « C’est une compatibilité sous réserve qu’un protocole médical puisse être suivi. Toute la question est de savoir si l’administration pénitentiaire de Fresnes [dans le Val-de-Marne] va être en mesure de satisfaire à ces exigences ».
A la question de savoir si son client bénéficie actuellement de séances de kiné hebdomadaires, celui-ci a déploré que ce ne soit pas le cas : « Non pas du tout, c’est très compliqué, en plus il est à l’isolement. Il doit voir un médecin plusieurs fois par jour, ce qui n’est pas le cas. ».
Réfutant la notion même de « stratégie de défense », alors que, comme il l’a annoncé lui-même, Tariq Ramadan opère une volte-face en reconnaissant avoir eu une « relation » avec la troisième plaignante, dénommée Marie, après avoir nié catégoriquement toutes relations extraconjugales avec ses trois accusatrices, Me Marsigny a déclaré : « Il n’y aucune stratégie de défense concernant Tariq Ramadan. Il fait l’objet d’accusations. Il s’en défend. Il répond. Monsieur Ramadan n’a strictement rien à cacher en ce qui concerne les accusations dont il fait l’objet. Ce n’est pas une stratégie que de répondre et de contester des faits dont vous êtes accusé alors que vous êtes innocent.»
Et de poursuivre en restant évasif sur la nature de la relation entretenue avec Marie, de son vrai prénom Mounia, ainsi qu’il l’a précisé : mon client « conteste les relations qui sont alléguées concernant les deux plaignantes. Concernant Marie, plus exactement Mounia, bien connue de la justice dans l’affaire du Carlton, il ne conteste pas l’avoir connue. Il a eu une relation avec elle qui n’est pas celle que cette femme a décrite. Tariq Ramadan réservera ses explications aux magistrats instructeurs lorsqu’ils décideront de l’entendre sur ces faits. »
Expertise médicale à l’appui, Me Marsigny s’apprête à déposer une nouvelle demande de remise en liberté de Tariq Ramadan, incarcéré depuis le 2 février dernier : « Elle sera motivée par cette expertise médicale qui vient confirmer sa maladie, contrairement à ce qu’avait dit le médecin de la Cour d’appel qui était allé jusqu’à remettre en cause la réalité de la pathologie dont il est atteint. Le problème se pose de savoir si les soins appropriés vont pouvoir lui être administrés. »
Pointant des contradictions dans le récit des faits des deux premières plaignantes, Henda Ayari et Christelle, il assure que les « investigations qui ont été menées depuis l’incarcération de Tariq Ramadan sont venues infirmer les accusations des deux premières plaignantes, notamment madame Ayari qui se plaint sur les plateaux de télévision que l’Etat français ne lui apporte aucune protection. Et bien, c’est peut-être parce que les autorités ont pris connaissance des témoins qui ont demandé à être entendus et qui ont démenti les propos qu’elle a tenus. Et concernant Christelle, il y a beaucoup d’éléments qui ont démontré que ce qu’elle racontait n’était pas possible. »
En guise de conclusion, Me Marsigny a de nouveau insisté sur le principe de la présomption d’innocence qui doit prévaloir en tout état de cause : « Tariq Ramadan bénéficie, comme tout le monde, de la présomption d’innocence. Nous ne disons pas que le dossier doit se terminer demain par un non-lieu. Nous disons simplement que monsieur Ramadan peut sortir de prison pour participer à cette enquête qui s’avèrera longue et on ne voit pas pourquoi il serait en détention provisoire ».
L’avocat de Tariq Ramadan demande que sa “cause soit entendue de manière équitable, sans parti pris”

