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L’auteure américaine Alice Walker refuse d’être publiée en Israël

Une seule métaphore biblique suffit à illustrer l’iniquité du rapport de force israélo-palestinien, c'est celle choisie par l’auteure américaine Alice Walker, pour sa puissance évocatrice qui traduit une réalité encore trop largement niée, ici et ailleurs  : c’est "David contre Goliath, mais Goliath, ce ne sont pas les Palestiniens", avait-elle déclaré l’année dernière, à Athènes, lors d’une conférence sur la flotille de la Liberté.

Militante infatigable des droits de l’Homme et écrivain à succès, dont le best-seller "La Couleur Pourpre" fut distingué par le prix Pulitzer en 1983, avant d’être porté à l’écran par Steven Spielberg, Alice Walker fait partie de ces rares intellectuels qui tirent leur prestige de leur dévouement au service de causes universelles, quitte à se mettre en danger.

Depuis 1967, la femme de lettres n’a cessé de prendre fait et cause pour la souveraineté de la Palestine, usant du pouvoir des mots pour dénoncer la Loi du plus fort, et le rôle prédominant joué par les Etats-Unis qualifiés "d'organisations terroristes".

Fidèle à ses prises de position, Alice Walker n’a pas cédé aux sirènes israéliennes du monde de l’édition, qui lui ont proposé de publier son célèbre ouvrage du côté du mur de la honte qu’elle condamne.

Face à une politique de colonisation qui fait rage sous la férule d’une démocratie chimérique, à un processus de paix continuellement torpillé, et au racisme d’Etat qui a récemment chassé et pourchassé les immigrés soudanais, Alice Walker n’a pas tergiversé, et a fermement rejeté l’idée même de ce projet éditorial sur une terre promise qui n’en a plus que le nom.

Comment pouvait-il en être autrement de la part de celle qui a brillamment dépeint le racisme dans le Sud de l’Amérique, durant la première moitié du XXème siècle, et qui s’était opposée tout aussi catégoriquement à la parution de "La Couleur Pourpre" en Afrique du Sud, en 1983 ?

Alors que le quotidien israélien Haaretz a préféré voir dans son veto une opposition à une traduction en hébreu de son livre, la vérité a été couchée sur le papier par Alice Walker, dans une missive adressée à l’éditeur Yediot Books, le 9 juin dernier.

En substance, voici un extrait éloquent de cette lettre, que certains de nos faiseurs d'opinion seraient bien avisés de méditer, et dans laquelle, l'écrivaine soutient sans réserve le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, et sanctions), dont elle espère qu’il "aura assez d'influence sur la société civile israélienne pour changer la situation".

"Il n'est pas possible que je permette cette publication en cette période pour la raison suivante. comme vous le savez peut-être, l'automne dernier, en Afrique du Sud, le Tribunal Russel sur la Palestine s'est réuni et a jugé qu'Israël se rendait coupable d'apartheid et de persécution du peuple palestinien, tant à l'intérieur d'Israël que dans les territoires occupés. Les témoignages que nous avons entendus, d'Israéliens et de Palestiniens (j'étais juriste), ont été accablants. J'ai grandi sous l'apartheid états-unien, mais ce que nous avons entendu était bien pire. En effet, beaucoup de Sud-Africains, qui y participaient, notamment, Desmond Tutu, ont estimé que la version israélienne de ces crimes était pire même que ce dont ils avaient souffert, sous le régime de la suprématie blanche, qui a dominé l'Afrique du Sud, pendant si longtemps." (courrier publié sur le site Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israël, et dont la véracité a été confirmée par l'agent littéraire d'Alice Walker).

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