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La peur au ventre : en direct de Gaza

Lettre de Salma AHMED ELAMASSIE, professeur à Gaza. La terreur et la résistance de ceux qui essaient d’étudier coûte que coûte, de plaisanter pour rassurer leurs amis, de ne pas mourir tout de suite.

Chers amis,

J’ai cru que mon dernier message serait le dernier témoignage qui j’ai écrit le 9 juillet : Rien n’allait me motiver à écrire. Mais malgré moi, à cause de l’agressivité de notre ennemi, j’ai pris mon stylo pour vous écrire, je ne sais d’où commencer, de mon desktop plein d’histoires des autres à traduire, de la peur de mes enfants, de celle de mes étudiants ou de la mienne !! Oui, je commence par les nouvelles de mes étudiants. Un des étudiants du niveau avancé à l’institut français à Gaza a créé un groupe sur Facebook, pour qu’on reste en contact même après la fin des cours. Depuis le début des attaques israéliennes, Mohammed continue à ajouter des cours ou des affiches pour améliorer son français et pour que les autres en profitent.

Quant à Sara R, elle a demandé des nouvelles des autres : Mohammed a répondu le premier – à ce moment, je pouvais lire les idées dans la tête de Sara-, « Oui, heureusement, ça va mais ça se voit dans tes postes sur FB et les autres ? » – – Sayed , « Moi aussi, je vais bien, mais je suis inquiet, n’oubliez pas que je suis très grand que les avions F16 me voient, sans doute, facilement. » Sayed est journaliste, il a dit ces mots pour nous faire rire. Il ne sait pas qu’il m’avait inquiétée !! Maha, Amjaad, Sara A ont heureusement répondu qu’elles allaient bien. Mohammed m’a demandé des nouvelles de Mahmoud et de Maram. « Mahmoud vient de m’envoyer un texto pour avoir de vos nouvelles. », ai-je répondu. Mais Maram ??!! Comme une folle, j’ai pris mon portable et l’ai appelée, elle a heureusement répondu, ça veut dire qu’elle était encore vivante ! J’ai respiré que tout le monde allait bien. Je leur ai dit que Maram les remerciait. « Mais Mohammed, comment va Loutfi ? »

– « Madame, ne vous inquiétez pas, il est encore vivant. » La conversation a terminé mais pas mon inquiétude !!! J’ai essayé de contacter tous mes étudiants que je vois pas sur Facebook pour me rassurer que tout le monde allait bien !

Feda, Nihaya, Moussa et d’autres ont peur de la fin : de la mort ! Feda se calme quand mon condisciple et moi l’encourageons et lui demandons d’écrire mais sa peur revient quand on bombarde très fort. Nihaya, qui habite dans le camp de Jabalya au nord de la bande de Gaza, est inquiète : elle a peur que l’armée israélienne leur demande d’évacuer leur maison pour l’opération terrestre. Voilà un de ses messages écrits sur Facebook,

« Je me suis précipitée hors de mon lit quand j’ai entendu mon petit frère dire : « Hors de la maison, ils vont bombarder nos voisins. » Ça nous a pris 2 minutes pour nous habiller avec ce que nous avions sous la main. Nous avons quitté la maison, en laissant tout ce que nous avons pour sauver notre vie, sans avoir où aller. Nous nous sommes dirigés près d’une école de l’UNRWA attendant qu’Israël bombarde la maison de nos voisins récemment rénovée. ce qui m’a fait le plus mal, ’est de voir ma mère, cette femme épaisse, essayant de son mieux de marcher le plus vite possible pour être un peu éloignée de la maison visée. En voyant tous nos voisins qui couraient dans les rues et d’autres qui attendaient devant leur maison que tous les membres de leur famille soient prêts à fuir, j’ai cru que cela devenait de plus en plus fou et brutal ici à Gaza. Nous sommes retournés à la maison quand nous avons appris qu’Israël envoyait de faux messages et sms à mon peuple, au risque que la menace contre nos voisins ne soit pas fausse. Le but était de nous faire flipper comme si les bombardements continuels ne suffisaient pas à effrayer les enfants et même les jeunes. Nous sommes seuls. Nous voulons la fin de cette agression. »

Nihaya Jaber, 23 ans.

Moussa, un jeune de 20 ans, devait partir en France cet été pour un stage linguistique, mais vu que la frontière est fermée, il n’a pu partir !!! Lui aussi, il a peur et il espère, tout le temps, que ces actes agressifs s’arrêtent le plus vite possible. Voilà ce qu’il a écrit sur Facebook, « Tu te souviens de la tempête d’hiver dernier, la grêle était partout dans les rues et les gens pensaient que c’était de la neige !! Alors on a pris des photos et on a commencé à former des petits hommes de neige et d’autres choses comme ces formes qu’on ne voit qu’à la télé. Tout ça est arrivé sans penser à l’été ni à sa chaleur. Comme le dit ma grand-mère,« Rien n’est gratuit ! »

« Entre le sifflement et l’explosion, tu vas te rendre compte qu’une seconde te sépare de tes souhaits de ne pas avoir l’ouïe, tu ne réfléchis même pas, tu ne fermes pas tes oreilles, tu ne te souviens pas de ton amoureuse, tu ne penses ni à ta maman ni à ta sœur. Oublie Paris et Rome, ne joue plus d’un instrument, ne lis plus, n’écris plus, ne pleure plus, n’aie plus de rêves… ne MEURS pas … tu dois juste respirer pour sentir la systole de ton cœur et pour sentir le tremblement de ton lit…. RESPIRE !!

Hassan a 27 ans.

Je l’ai contacté sur Facebook dès que j’ai su que les Israéliens avaient bombardé un groupe d’hommes près de chez lui. J’ai vu les larmes dans ses yeux que je ne voyais pas !! Il m’a dit qu’il avait vu les assassinés en morceaux partout dans la rue devant sa maison. Hassan, dès le début de ces derniers événements, me donnait la force et le courage mais là, c’était lui qui en avait besoin !!

JE ME RENDS COMPTE QUE LE FAIT D’ETRE PROFESSEUR A GAZA N’EST PAS SIMPLE DU TOUT : je fais comme si je suis la mère de tous ces gens que j’ai enseignés, je m’inquiète pour eux comme s’ils sont mes enfants. Ihab, un ami a écrit :

« Dans mon pays, les gens vivent pour compter leurs souffles Dans mon pays, les gens meurent autant de fois qu’ils respirent ! »

Salma AHMED ELAMASSIE

A Gaza le 12 juillet 2014

CAPJPO-EUROPALESTINE

 

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