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La justice israélienne rejette la plainte des parents de Rachel Corrie

Le 28 août dernier, à Haïfa, Israël n’a pas failli à sa réputation inflexible, sans une once d’humanisme ni d’éthique, au moment où sa justice rendait son verdict dans l’affaire Rachel Corrie devant des parents éprouvés, mais déterminés à ce que la vérité, et rien que la vérité, même indicible pour l’Etat hébreu, éclate au grand jour.

Sans attendre un revirement judiciaire quasi miraculeux, Craig et Cindy Corrie pouvaient toutefois espérer mieux, neuf ans après le drame, qu’une nouvelle mascarade de procès, où le mensonge institutionnalisé a fait corps avec l’armée, balayant d’un revers de main la véracité du meurtre de leur fille.

Perdre la face aux yeux du monde, faire amende honorable pour un crime odieux qui trouve son fondement dans l’hégémonie du pouvoir en place ? Impensable pour la «seule démocratie du Proche-Orient», décrite très justement comme «le flic du pétrole» par le perspicace journaliste belge Michel Collon, qui fait endosser à la défunte la responsabilité d'un simple «accident».

Comme un violent coup de marteau asséné sur l'authenticité des faits, le juge Oded Gershon, son maillet dans la main, a débouté les parents de leur plainte, en blâmant l’engagement pacifique de leur enfant pour n’avoir pas eu un "comportement raisonnable".

"La défunte s’est mise dans une situation dangereuse, elle se tenait devant un bulldozer géant à un endroit où le conducteur ne pouvait pas la voir. Elle ne s’est pas éloignée comme l’aurait fait une personne raisonnable. Sa mort résulte d’un accident qu’elle a provoqué elle-même", a affirmé le juge.

Cindy Corrie, la mère de la victime, a critiqué le jugement. «Nous sommes bien entendu profondément attristés et profondément troublés par ce que nous avons entendu aujourd’hui de la part du juge Oded Gershon», a-t-elle déclaré, la voix brisée par l’émotion, aux journalistes. 

Les parents de Rachel Corrie ont aussitôt fait appel, résolus à ne pas capituler devant une justice drapée dans sa toute-puissance, que rien n’émeut, ni ne fait vaciller, innocentant les siens, et condamnant l’étrangère au nom de son combat pour la paix et l’égalité des peuples. Qu'est-ce qu'un crime en comparaison de ce véritable crime de lèse-majesté ?

Rien ne prédestinait la jeune étudiante américaine de 23 ans à devenir l’icône de la résistance internationale en faveur des Palestiniens, et contre le colonialisme implacable d’Israël. Rachel Corrie n’est plus, mais le flambeau de la mobilisation pour la justice et la souveraineté de la Palestine continue de briller, à travers notamment la fondation qui porte son nom à Washington, une pièce de théâtre basée sur ses écrits personnels et jouée dans plus de dix pays, sans oublier le bateau baptisé « le MV Rachel Corrie » qui a pris la mer dans le cadre de la Flotille de la Liberté.

Parmi les nombreux emails que la militante fraîchement enrolée dans l'ONG "International Solidarity Movement" (ISM) adressait aux siens, et qui furent publiés par le Guardian et réunis dans un livret par l’organisation «If America knew», ses tout premiers mots prennent une résonance très émouvante en ce jour funeste où la justice israélienne la cloue au pilori :

"Je suis en Palestine depuis deux semaines et une heure, et les mots me manquent encore pour décrire ce que je vois", raconte Rachel Corrie dans un courriel envoyé le 7 février 2003 à sa famille, qui vit à Olympia, dans l'Etat de Washington, aux Etats-Unis. "Je ne sais pas si beaucoup d'enfants ici ont jamais vécu sans voir des trous d'obus dans leurs murs et les miradors d'une armée d'occupation les surveillant constamment depuis les proches alentours", déplorait-t-elle, prenant conscience de l'enfance bénie des dieux que fut la sienne.  

 

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