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Gaza et l’hitlérisme

Ce qui se passe à Gaza conduit à se poser une fois encore la question suivante : « Qu’est-ce que l’hitlérisme ? ». C’est cette même question que soulevèrent en leur temps Emmanuel Levinas et Aimé Césaire, et qui revient nous hanter avec les événements actuels à Gaza. Si l’on suit la manière dont Aimé Césaire caractérise le nazisme en le définissant comme le prolongement du colonialisme, c’est-à-dire comme le « choc en retour » des méthodes colonialistes – les nazis faisant subire aux Européens ce que le colonialisme européen fit subire au monde non-occidental pendant 400 ans –, force est d’admettre que l’hitlérisme,avec son racisme, fait partie intégrante des imperialismes occidentaux. Il existe un Hitler dans la psyché et dans l’imagination de tout colonialiste, affirme Césaire dans son Discours sur le colonialisme.

Si tel est le cas, si l’on admet que la fin des administrations coloniales n’a pas entraîné la décolonisation du pouvoir, de l’être et du savoir (ainsi que nous le rappelle le concept de colonialité), et que la déshumanisation des populations non-occidentales majoritaires se poursuivit après la deuxième guerre mondiale, alors il nous faut repenser les récits hégémoniques dressant le bilan de la deuxième guerre mondiale.

La version la plus répandue présente Hitler comme le perdant de la guerre, ce qui est vrai si l’on adopte l’analyse militaire la plus convenue et la plus évidente. Cependant, la question cruciale consiste à savoir si l’hitlérisme – entendu au sens césairien comme idée coloniale/raciale, et idéal du système-monde moderne/colonial capitaliste/patriarcal – a bien perdu la guerre. Cette question, dont les récents événements de Gaza ont ravivé l’actualité, exige une réponse différente. Pour les damnés de la terre, pour les plus infériorisées et surexploitées des majorités non-occidentales, l’hitlérisme a continué de se manifester après la deuxième guerre mondiale mais sous la forme d’un nouveau régime institutionnel international organisé par la grande puissance hégémonique de l’après-guerre : les États-Unis.

Quelle différence existe-t-il entre les bombardements de masse de la population civile par les nazis et les bombardements indiscriminés dont se rendirent coupables Nixon et Kissinger au Laos, au Vietnam et au Cambodge ? Comment caractériser les politiques nord-américaines destinées à organiser, financer et soutenir délibérément des coups d’État militaires dans le tiers-monde qui donnèrent lieu à la torture, la disparition et l’anéantissement de toute une génération en Amérique latine, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient ?

Combien de millions de civils périrent du fait des coups d’État militaires orchestrés par la CIA en Indonésie, au Chili, au Guatemala, au Congo et en Iran ? Que penser du soutien des États-Unis à des dictatures militaires qui usèrent de méthodes de torture et d’assassinat comparables à celles des nazis, à l’instar des régimes de Mobutu, de Pinochet, de Videla, de Duvalier, de Sukarno, Marcos, du Schah, de Somoza, de Batista, de Trujillo ou encore de Al-Sisi ?

Comment caractériser les politiques nord-américaines destinées à financer les massacres zionistes en Palestine? Quelle différence existe-t-il entre le ghetto de Gaza et le ghetto de Varsovie ? Dans quelle mesure le nettoyage ethnique dont sont victimes les Palestiniens se distingue-t-il de l’hitlérisme ? Gaza est de nos jours la continuité et l’équivalent du ghetto de Varsovie. Gaza est de nos jours la continuité et l’équivalent de la politique génocidaire hitlérienne.

Que les bourreaux soient juifs israéliens et les victimes palestiniennes ne change rien au caractère hitlérien du génocide. Assister aujourd’hui au soutien par les élites occidentales des politiques hitlériennes à Gaza et à l’interdiction de manifester son indignation a un air de déjà vu qui rappelle la collaboration avec l´hitlérisme lors de la deuxième guerre mondiale. 

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