La polémique enfle au Royaume-Uni après les révélations sur la mobilisation d’extrême droite qui a paralysé une partie de Douvres, dans le sud-est de l’Angleterre, samedi 5 septembre.
Car la police du Kent avait été alertée dès la veille qu’une importante mobilisation se préparait. Des centaines d’hommes avaient convergé vers Preston-next-Wingham, un petit village situé à une trentaine de kilomètres de Douvres, qui aurait servi de point de rassemblement avant leur départ vers le port. Plus grave encore : selon The Guardian et l’organisation antiraciste Hope Not Hate, des témoins auraient entendu certains de ces militants expliquer dans un pub qu’ils comptaient se rendre à Douvres pour « attaquer des musulmans ». L’information aurait été transmise aux autorités, mais Hope Not Hate affirme que peu ou pas d’intérêt aurait été accordé à ce signalement.
Des habitants avaient également signalé les nombreux véhicules stationnés de manière inhabituelle dans le village. Selon les témoignages recueillis, plusieurs centaines d’hommes avaient pratiquement « pris possession » des lieux pendant plusieurs heures. Là encore, certains signalements n’auraient entraîné aucune intervention immédiate. Le lendemain matin, vers 7 heures, des centaines d’hommes vêtus de noir et pour beaucoup cagoulés sont arrivés à Douvres. Des images montrent certains participants descendant de véhicules avant de bloquer plusieurs axes routiers stratégiques autour du port. Le mouvement a provoqué plusieurs kilomètres d’embouteillages et perturbé pendant plusieurs heures l’accès à l’un des principaux ports britanniques.
Et pourtant, aucune arrestation n’a été effectuée pendant cette mobilisation à Douvres, selon The Guardian. La police avait dans un premier temps qualifié le rassemblement de « spontané ». Une présentation aujourd’hui sérieusement remise en cause. Roger Gale, député conservateur de la circonscription et habitant de Preston-next-Wingham, conteste lui aussi cette version. Il souligne la présence d’une cinquantaine de voitures dans le village et estime que l’opération était au contraire « soigneusement coordonnée », les participants ayant vraisemblablement été transportés jusqu’à Douvres dans des camionnettes.
La police du Kent a finalement reconnu mardi avoir reçu, vendredi soir, une information annonçant qu’une manifestation pouvait avoir lieu le lendemain. Elle admet surtout que cette information n’a pas été pleinement évaluée et qu’une meilleure analyse aurait pu lui permettre d’adapter ses moyens policiers. La police affirme néanmoins qu’une meilleure exploitation de ces renseignements n’aurait pas empêché la tenue de ce qu’elle considère comme une manifestation légale, ni nécessairement les perturbations qui ont suivi.
L’affaire dépasse donc la simple question d’une manifestation mal anticipée. Des centaines d’hommes se regroupent la veille, certains parlent d’« attaquer des musulmans », des véhicules sont mobilisés pour acheminer les participants et, quelques heures plus tard, des hommes cagoulés bloquent les accès d’un port stratégique. Comment, dans ces conditions, les autorités ont-elles pu initialement parler d’une mobilisation « spontanée » ? Et surtout : les menaces visant explicitement les musulmans auraient-elles été traitées avec la même légèreté si elles avaient visé une autre communauté ?
À Douvres, c’est désormais cette question qui se pose : celle de la capacité — et de la volonté — des autorités britanniques à prendre au sérieux la montée de groupes d’extrême droite de plus en plus organisés, structurés et capables de mobiliser rapidement plusieurs centaines d’hommes.

