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De Jaffa à Haïfa, des émeutes « arabes » en Israël. Pourquoi ?

Il y en eut déjà en 2014 tandis que l’armée israélienne attaquait Gaza, mais les émeutes pro-palestiniennes qui viennent de se dérouler en mai, au coeur d’Israël, sont d’une toute autre ampleur à Jaffa, Ramla, Nazareth, Haïfa et Lod. Cette dernière ville a été considérée comme l’épicentre du mouvement. A Lod, 23 000 Arabes coexistent avec 47 000 Juifs. Minoritaires donc, ces Palestiniens d’Israël, jouissent de droits politiques mais sont victimes de fortes discriminations économiques et sociales. Mais si l’on cherchait, dans ces villes « israéliennes » pourquoi ces Arabes sont minoritaires ? Remontons donc à 1948.

Lod s’appelait Lydda en 1947. En juillet 1948, la toute jeune armée israélienne créée à la fin de mai lançait l’opération Dani. Elle était commandée par Yigal Allon et Yitzhak Rabin. Bien que Lydda et la ville voisine de Ramla fussent situées dans l’espace attribué au futur Etat arabe par l’ONU, l’armée israélienne commença à bombarder le centre ville. Les troupes de la Légion arabe commandée par Glubb Pacha, un officier britannique au service du roi de Jordanie, reçurent l’ordre d’abandonner Lydda. Ne restèrent que 176 hommes de la ville, équipés de vieux fusils, qui se replièrent dans une mosquée : ils y résistèrent quelques heures aux troupes israéliennes avant d’être massacrés.

Le lendemain, 14 juillet, les soldats israéliens obligèrent les habitants ainsi que les réfugiés venus des villages proches et de Ramla (où l’Irgoun avait perpétré des attentats à la bombe provoquant la panique) à quitter la ville, soit environ 70 000 personnes qui partirent vers la Cisjordanie. L’exode de ces Arabes, en pleine chaleur de juillet, se transforma en « Marche de la Mort ».

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Ils manquaient d’eau et de nourriture, subirent aux barrages israéliens des fouilles qui les dépouillèrent de tout ; ceux qui résistaient étaient abattus et les femmes dépouillées de leurs bijoux ; des enfants et des vieillards déshydratés moururent en nombre indéterminé. Parmi les rescapés de l’expulsion, se trouvait Georges Habbache, né à Lydda et futur fondateur du FPLP. La prise de Lydda, les exactions et les pillages des soldats se soldèrent, selon l’historien israélien Benny Morris, par 250 Arabes tués. Mais le grand spécialiste Henri Laurens avance le chiffre de 800 morts à Lydda. Quelques centaines d’Arabes furent autorisés à rester à Lydda et Ramla.

En 1979, quand Rabin publia ses mémoires, le passage concernant la prise de Lydda et l’expulsion fut censuré par une commission présidée par le ministre de la… Justice. Le même scénario se reproduisit dans d’autres villes arabes qui, comme par hasard, connurent aussi des émeutes en mai dernier.

A Haïfa, dès après le vote de l’ONU en faveur du partage de la Palestine, donc dès la fin de novembre 1947, les Juifs établis dans des quartiers en hauteur harcelèrent les Arabes installés en contre-bas, en bordure de mer. Les Juifs lançaient des barils d’explosifs tandis que les groupes de l’Irgoun, dirigé par Menahem Begin (qui devint plus tard Premier ministre d’Israël de 1977 à 1983) et de Stern dont Yitzhak Shamir fut un dirigeant (ce qui ne l’empêcha pas de devenir Premier ministre près d’un an en 1983-1984 et cinq ans et demi de 1986 à 1992) multipliaient les attentats terroristes.

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Chargés de maintenir l’ordre, les Britanniques s’abstinrent de toute action malgré les appels à l’aide de la communauté arabe. Affolée, la bourgeoisie arabe préféra quitter Haïfa par bateau. Après que les troupes britanniques qui séparaient les deux communautés se fussent retirées, l’attaque israélienne fut menée le 21 avril par la Qiryati, des Juifs arabes qu’on envoyait en général pour effectuer les basses tâches. Selon les archives de la Haganah, le chef de la brigade juive déclara à ses troupes : « Tuez tous les Arabes que vous rencontrez, incendiez tout ce qui est inflammable ». 60 000 Arabes furent expulsés et seuls quelques 5 000 purent rester à Haïfa.

Jaffa, terre natale du nationalisme palestinien, avait été attribuée par le plan de partage de l’ONU au futur Etat arabe comme une enclave dans l’État juif. Cette ville était très proche de Tel Aviv et un accord avait été conclu par les deux municipalités, en janvier 1948, pour éviter les affrontements. Mais la Haganah en avait décidé autrement : la cueillette des célèbres oranges commençait. En février, des maisons de Jaffa furent dynamitées avec leurs habitants. Après un siège de trois semaines, la ville fut prise le 13 mai et ses 50 000 habitants furent expulsés. Les 24 villages de Jaffa furent rasés ainsi que les 16 mosquées sur les 17 existantes. Ilan Pappe écrit : « Les pires exactions semblent avoir eu lieu à Jaffa ». Mais Wikipédia parle laconiquement de « l’exode » des Arabes de Jaffa…

Seule exception : Nazareth.Lorsque la ville fut conquise par l’armée israélienne, le général Karmil allait expulser les 16 000 Arabes, dont 10 000 chrétiens, mais Ben Gourion ordonna de n’en rien faire. « Ici, le monde nous regarde » avait remarqué un officier.

Benny Morris fut le premier historien israélien à démolir la fable d’un « départ » volontaire des Arabes palestiniens, à l’appel des pays arabes. Il déclara au quotidien Haaretz, le 9 janvier 2004 : « Les Israéliens ont perpétré beaucoup plus de massacres que je ne pensais » ; mais il ajoutait au sujet de Ben Gourion : « Je pense qu’il a commis une grave erreur historique en 1948 […] Puisqu’il avait commencé à en expulser, il aurait peut-être dû finir le travail ». Et Morris estimait que le « transfert » et l’expulsion des Arabes de Cisjordanie, de Gaza et peut-être même de Galilée et du Triangle serait envisageable « un jour peut-être ? », dans « des circonstances apocalyptiques ». 

Rappelons que la résolution 194 de l’Assemblée des Nations Unies, du 11 décembre 1948, décida « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins ». Cette résolution qui ne fut jamais appliquée par Israël fut renouvelée par la résolution 334 (en 1950) suivie d’une quarantaine d’autres de 1952 jusqu’en 1994, et d’autres encore ensuite, tout aussi vaines.

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