La lutte palestinienne pour la libération s'inscrit dans un mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, renforcé par la solidarité internationale.
Pourquoi lire cet article :
- Comprendre le lien entre la lutte palestinienne et d'autres mouvements de décolonisation.
- Explorer l'impact des mouvements sociaux contemporains sur la solidarité mondiale.
Pendant des décennies, la lutte pour la libération nationale en Palestine a été considérée, à juste titre, comme faisant partie intégrante de la lutte mondiale pour la libération, principalement dans les pays du Sud.
Comme les mouvements de libération nationale étaient, par définition, la lutte des peuples indigènes pour affirmer leurs droits collectifs à la liberté, à l’égalité et à la justice, la lutte palestinienne a été reconnue comme faisant partie de ce mouvement indigène mondial.
Mais l’effondrement de l’Union soviétique, la domination croissante des États-Unis et de leurs alliés, le retour du colonialisme occidental sous la forme du néocolonialisme en Afrique, au Moyen-Orient et ailleurs, ont conduit à de nombreuses luttes des mouvements indigènes.
Cela s’est avéré coûteux, car cela a permis à la France, aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à d’autres de diviser une fois de plus le Sud mondial en diverses zones d’influence et de les contrôler en usant de stratégies militaires, politiques et économiques qu’ils ont toujours eu en tête.
À l’instar de la ruée vers l’Afrique à la fin du XIXe siècle, les dernières décennies ont donné lieu à une nouvelle forme de ruée coloniale vers le Sud.
Dans le contexte palestinien, en particulier, la lutte a revêtu plusieurs aspects : la disparition de puissances mondiales telles que l’URSS, qui maintenait une sorte d’équilibre géopolitique, a isolé les mouvements de résistance palestiniens, en particulier ceux qui étaient impliqués dans l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Cela les a contraints à rechercher des « compromis » politiques, sans rien obtenir de tangible en retour.
Pour Washington, ces concessions de la part de l’ancien mouvement de libération nationale en Palestine étaient conformes à ses objectifs dans la région et à sa poursuite d’un « nouveau Moyen-Orient ». Cela a aussi abouti à la mal-décrite « division palestinienne », à des affrontements entre organisations en 2007 et à une paralysie politique qui caractérise depuis la soi-disant direction palestinienne.
En outre, alors que les Palestiniens étaient occupés à résoudre leurs crises politiques et de direction, le processus de colonisation israélien s’est accéléré, aux dépens de ce qui restait des territoires palestiniens occupés.
Bien sûr, d’un point de vue intellectuel et historique, cela ne modifie pas la nature essentielle de la lutte palestinienne, qui reste celle d’une nation indigène luttant pour ses droits. Cependant, cela a semé la confusion dans les définitions et les discours politiques entourant le ainsi-nommé conflit israélo-palestinien.
Cette confusion est le résultat direct de la représentation erronée de la lutte palestinienne par la propagande israélienne et les médias américano-occidentaux, qui ont continué à promouvoir le discours israélien.
Israël a investi dans la présentation des Palestiniens comme un peuple divisé sans vision de paix, et de leurs mouvements de résistance comme des groupes essentiellement « terroristes », résolus à détruire Israël, etc.
Pourtant, les choses ont commencé à changer ces dernières années, avec la renaissance des mouvements indigènes dans le monde entier, de la lutte des Noirs aux États-Unis à la résurgence des peuples indigènes en Amérique du Nord et du Sud, jusqu’à l’émergence d’un véritable mouvement mondial, centré sur les sociétés sans terre et les droits indigènes, qui a beaucoup investi dans la solidarité mondiale et l’intersectionnalité, ce qui lui a permis de démultiplier son influence.
Le point commun de la « décolonisation » – dans toutes ses manifestations – a créé des liens intersectoriels entre diverses luttes à travers le monde et a permis à la lutte palestinienne pour la libération de s’intégrer parfaitement dans la nouvelle approche au niveau mondial.
« Les Australiens aborigènes et les Palestiniens partagent une histoire et une réalité d’effacement qui ont duré bien au-delà de l’ère anticoloniale du début du siècle dernier, lorsque la plupart des peuples colonisés ont obtenu leur indépendance des puissances coloniales », ont écrit Eugenia Flynn et Tasnim Sammak dans leur article « Black Australia to Palestine : solidarity in decolonial struggle » (De l’Australie noire à la Palestine : la solidarité dans la lutte décoloniale).
Le mouvement Black Lives Matter a également joué un rôle central dans le recentrage de la Palestine autour des luttes les plus prioritaires et actives aux États-Unis et même au-delà de l’Amérique du Nord.
« Les Palestiniens ont joué un rôle crucial dans le soulèvement [de 2014] de Ferguson, dans le Missouri, qui a éclaté cette année-là à la suite du meurtre par la police de l’adolescent noir Michael Brown », a écrit Russell Rickford dans Vox. « Les militants palestiniens ont utilisé les médias sociaux pour partager avec les manifestants afro-américains des tactiques pour faire face aux attaques au gaz lacrymogène des forces de police militarisées – une expérience avec laquelle de nombreuses victimes de l’occupation israélienne ne sont que trop familiarisés. »
Ce n’était toutefois qu’un début, car au fil des ans, la Palestine a commencé à figurer comme un élément essentiel du discours de la lutte des Noirs aux États-Unis. Les deux mouvements se sont nourris de la popularité de l’un et de l’autre, concevant de nouveaux réseaux et reliant d’autres luttes mondiales de la manière la plus harmonieuse qui soit.
Tout cela a été favorisé par les relations croissantes des militants et de leurs luttes dans le monde entier, grâce à l’utilisation des médias sociaux et des médias indigènes indépendants en tant qu’éléments essentiels de l’organisation et de la mobilisation.
Auteur : Romana Rubeo
* Editrice du site internet Palestine Chronicle, Romana Rubeo est traductrice freelance et vit en Italie. Elle est titulaire d’une maîtrise en langues et littératures étrangères et spécialisée en traduction audiovisuelle et journalistique.
Ses centre d’intérêt sont principalement la politique et la géopolitique.
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Auteur : Ramzy Baroud
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l’auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s’intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out ». Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française)
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
22 novembre 2023 – The Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – BoutrosA



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