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Commander le bien ou interdire le mal

Tu crois pouvoir ordonner le bien et interdire le mal, mais en es-tu bien digne ? Le Prophète – sur lui la grâce et la paix – a dit : « Seul peut commander le bien ou interdire le mal celui qui fait preuve de douceur lorsqu’il ordonne ou interdit ; celui qui est patient et intelligent lorsqu’il ordonne ou interdit ; celui qui connaît et comprend [véritablement] les règles religieuses lorsqu’il ordonne ou interdit. »

La première partie du hadith signifie – mais Dieu est le plus savant – qu’il ne formule d’ordres et d’interdits qu’avec douceur : c’est exactement le contraire de ce que tu as fait dans ton « miroir »1, ô Cheikh ! Tu aurais mieux fait de t’abstenir de toute initiative tant que tu ne connaissais pas les conditions d’exercice de cette fonction, telles que Dieu les a fixées : cela t’aurait permis d’entrer dans la maison [du commandement du bien et de l’interdiction du mal] par sa porte2

N’as tu jamais entendu l’histoire de ce jeune homme qui vint trouver le Prophète – sur lui la grâce et la paix -, lui demandant d’une voix forte : « Ô Envoyé de Dieu, me permets tu d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage ? » [Scandalisés,] les gens poussaient des exclamations, mais le Prophète ordonna soudain : « Laissez-le, laissez-le ! »3 Puis il lui demanda d’approcher et lui dit avec douceur : « Aimerais tu qu’on fasse une chose pareille avec les femmes de ta famille ? », et il se mit à énumérer ses proches parentes : sa mère, sa sœur et son épouse ; à chaque fois, le jeune homme répondait : « Non, ça me plairait pas ! » Le Prophète conclut alors : « Eh bien, les gens sont comme toi ; il n’aiment pas que l’on fasse cela avec les femmes de leur famille. » Puis il mit sa noble main sur sa poitrine et fit cette invocation : « Mon Dieu, purifie son cœur, pardonne lui sa faute, et préserve sa chasteté. ». Par la suite, nulle chose ne parut plus répugnante à ce jeune homme que la fornication.

Les récits de ce genre sont nombreux dans l’histoire de la vie du Prophète et de ses Compagnons. Il y a notamment l’anecdote bien connue du bédouin qui urina dans un coin de la Mosquée. D’un seul bond, les Compagnons se levèrent pour l’expulser sans ménagement, mais le Prophète – sur lui la grâce et la paix – les en empêcha et couvrit l’homme de son manteau, lui disant [même] de ne pas se presser. Lorsqu’il en eut terminé, le bédouin s’écria : « Mon Dieu, accorde nous Ta miséricorde, à Muhammad et à moi-même, mais ne l’accorde à personnes d’autres ! » Le Prophète dit alors : « Tu limites là quelque chose d’immense, ô bédouin ! »

Mais toi et moi, avons nous d’aussi nobles manières ? La douceur ne fait qu’embellir les choses tandis que la brutalité ne fait que les enlaidir. Voilà une partie de ce que l’on pouvait dire à propos du fait d’ordonner et d’interdire avec douceur.

Quant aux qualités de patience et d’intelligence4 que doit avoir celui qui ordonne ou interdit, elles ont généralement un effet bénéfique sur la personne à laquelle il s’adresse, car elles supposent une réelle sollicitude pour cette dernière. La Révélation y fait ainsi allusion : Plein de sollicitude envers vous, bon et miséricordieux à l’égard des croyants. (Coran 9, 128)

Ne pas chercher à avoir le dessus lorsqu’on refuse de vous écouter ou qu’on vous fait subir des revers en raison de ce que vous ordonnez et interdisez : voilà un signe de patience et d’intelligence ! Sais-tu qu’au moment où l’une de ses dents fut brisée [au cours de la bataille d’Uhud], le Prophète – sur lui la grâce et la paix – se contenta de dire : « Pardonne à mon peuple car ils ne savent pas » ? Mais peut-être n’es-tu pas d’un naturel clément ? Dans ce cas, ton devoir est d’acquérir cette qualité autant que faire se peut, en vertu de cette parole du Prophète – sur lui la grâce et la paix – : « La science s’acquiert par l’étude, et c’est en s’efforçant d’être clément (tahallum) qu’on réalise cette vertu. »5

N’as tu jamais entendu cette parole de Jésus – sur lui la paix – à propos des destinées de son peuple après lui, telle que nous la rapporte le Coran : Si Tu les châties… Ils ne sont que Tes serviteurs. Et si tu leur pardonnes… Tu es, en vérité, le Tout-Puissant, le Sage (Coran 5, 118). Considère l’excellence de cette parole et la bienveillance dont elle témoigne ! Pourtant, en dépit de l’associationnisme dont son peuple se rendit coupable par la suite, il n’a pas été jusqu’à dire ce que, toi, tu as affirmé des gens de la communauté d’Ahmad6 : qu’ils sont les pires créatures ; et ceci, simplement parce que d’après toi c’est pécher que de vénérer les saints. Ton cœur est dur, et tu es sans pitié pour les croyants : voilà la véritable raison de tes allégations ! Jabir Ibn ’Abdallah rapporte du Prophète – sur lui la grâce et la paix – la parole suivante : «  Qui n’est pas miséricordieux envers les hommes, Dieu ne le sera pas à son égard. »7 C’est donc une qualité particulière que doit avoir celui qui ordonne ou interdit.

Quant à la compréhension de la religion8 dont doit faire preuve celui qui ordonne ou interdit, c’est là le fond du problème, le point central de toute cette question du commandement du bien et de l’interdiction du mal, parce que l’incompréhension de la religion de Dieu amène généralement à statuer à rebours de Son jugement, en ordonnant le mal ou en interdisant le bien. Quelle abominable façon d’exercer l’autorité religieuse, en prétendant prescrire ce qui convient !

Notes :

 

1.Le Cheikh réponds à un livre polémique critiquant vivement le soufisme

2.Cf Coran (2, 189) : Entrez dans les maisons par leur porte

3.Aqirrûhu ; on trouve da’ûhu dans un hadith presque identique cité dans le Kanz al-’ummâl (n° 13611)

4.Hilm : il s’agit d’une patience clémente et en quelque sorte « tactique » à l’égard des autres.

5. ;Rapporté par Darâqutnî et Tabarânî (Kanz n°29265)

6.Un des noms du Prophète

7.Rapporté par Bukhâri et Muslim (Kanz n°5972)

8.Le faqîh, au sens propre, est celui qui comprend profondément la religion et la raison d’être de ses prescriptions. Au sens technique et historique, c’est le spécialiste de la jurisprudence musulmane (fiqh). Le distinguo a été établi par avance dans le hadith : « Combien connaissent le fiqh tout en manquant de clairvoyance (laysa bifaqîh) ! »

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