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Ce que m’inspire le Brexit

Étant donné les nocturnes du Ramadan, c'est le lendemain soir ou matin, je ne m'en souviens plus trop, que j'ai appris la nouvelle de la victoire du oui à la sortie de l'Angleterre de l'UE. Et depuis, j'entends une chose et son contraire. Entre ceux qui sont assommés par ce coup de tonnerre historique et ceux qui s'en réjouissent, à l'intérieur comme à l'extérieur de cette monarchie parlementaire, le torchon salivaire ne brûle plus, il a fondu.

Et ce, bien avant la proclamation de la victoire du oui à la sortie. Le paroxysme de cette violence est sans conteste l'assassinat horrible et inadmissible de la jeune députée Jo Cox.

Mais, là n'est pas mon propos. Je trouve qu'au lieu de pointer du doigt le vrai problème, qui n'est d'ailleurs pas propre à l'UE mais bien universel, on invoque des causes qui, en réalité, ne sont que des conséquences. La vraie raison de la sortie des anglais de l'UE, comme de la poussée du populisme dans nos sociétés, est l'égoïsme.

La preuve est que d'une campagne opposant des visions politiques différentes, disons un socialisme plus ou moins social versus un ultra-libéralisme, les anglais ont dangereusement glissé vers le statut de l'étranger, qui viendrait leur « piquer » leur pain.

Et les arguments sont les mêmes ici, en France, qu'ailleurs, dans le monde. Trump ne peut pas se targuer d'une intelligence quelconque, à part celle de l'excitation de l'égoïsme, sentiment enfoui en tout homme qui sous-tend l'ensemble de nos actes, cherchant constamment, même quand on sert l'autre, à nous faire gagner quelque chose, avant, plus que, ou sans lui.

Or, toutes les guerres de religion, économiques ou politiques naissent de l'ego d'un homme ou d'un groupe, pour ne pas dire d'un peuple. C'est du moins la vision de Rousseau, que je ne m'en vais pas défendre ici.

J'ai, en revanche, un coup de gueule à pousser contre notre égoïsme. Il nous fait oublier que l'essentiel de notre vie ne peut se construire sans l'autre. Je me demande, sans doute naïvement, trop naïvement même, ce que va faire quelqu'un comme Bill Gates de sa fortune de 64 Milliards de dollars, en une vie aussi courte que celle des humains.

Je me demande surtout pourquoi cherche-t-il à en gagner plus, au détriment, par exemple, de ceux qui n'en ont pas du tout. Seraient-ils sadiques, lui et les « comme lui » ?

Je crois que même s'ils le sont, ils ne peuvent pas s'en rendre compte car le propre de l'égoïsme est de ne nous montrer que ce qui touche à notre propre personne, celle des autres ne comptant pas ou que très peu pour nous.

Au niveau des peuples, il n'en va pas différemment. Au moment où des gens mangent de l'argile ou consomment des cadavres humains pour survivre, nous nous plaignons de ne pas avoir le dernier smartphone ; nous larmoyons pour un ou deux euros de moins sur notre salaire, quand ailleurs dans le monde le salaire mensuel est inférieur à notre smic horaire et le PIB/habitant de certains pays est deux fois inférieur au Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) en France.

Et l’impression que l’on donne est qu’il faut surtout que celui qui vit dans ces horribles conditions reste loin de nous, pour ne pas perturber notre quiétude, ce qui met à nu notre concupiscence.  Il doit rester loin de nous pour que seulement nous en entendions parler comme d'un conte merveilleux où les gens sont si affamés qu'ils mangent les cadavres des uns et des autres.

Le Syrien, l'Afghan, le Congolais, le Comorien, oui des Comoriens meurent par milliers depuis le visa instauré au sein de l'archipel entre les trois îles indépendantes et Mayotte, en 1995, par E. Balladur, on en dénombrerait 20000, dont mon oncle maternel, le petit frère de ma mère, qui m'a tant donné dans mon enfance, et Oncle Chaabani, un ami d'enfance qui avait le même âge que moi, dont j'ai appris la mort tragique en mer d'Egypte, la semaine dernière, tentant de gagner l'Europe pour une vie meilleure, le Rohingya, etc. peut manger son frère, car c'est dans sa nature, sous-entend-on. Et on oublie qui et où on était, il y a à peine un siècle, en Europe, en Arabie, aux USA. Bref, dans tous les coins du monde où il fait bon vivre, matériellement, aujourd’hui.

Le plus grand danger de l'égoïsme est, donc, qu’il nous rend amnésiques. Celui qui ne veut pas voir l'étranger chez lui, en brexitant, oublie que l'Angleterre, comme le reste des puissances d'aujourd'hui, doit une bonne partie de son développement au pillage des pays de cet étranger, jadis.

Que seraient, en effet, nos pays occidentaux sans la traite des noirs et la colonisation ? Sans l'exploitation souvent abusive, encore aujourd’hui, des matières premières des pays de cet étranger dont on ne veut plus « chez nous » par nos firmes multinationales ?

Mais, ce serait malhonnête, et trop facile parce que c’est dans l’air du temps, de ne pointer du doigt que l’égoïsme dans nos sociétés européennes ou occidentales.  C’est un sentiment universel, qui n’est en réalité pas seulement contre le non-Européen, en Europe. Et je les vois venir les schizo-manichéens pour qui le méchant est le blanc et la victime le non-blanc.

À Mayotte, par exemple, celui qui rejette n'est pas blanc, mais bien comorien, ou comoromalgache, et le rejeté n'est personne d'autre que son demi-frère, car le Mahorais est qu'il le veuille ou non le fils d'un comorien ou d'une comorienne ou inversement. En Espagne, les Catalans ne veulent pas des autres Espagnols, car ils sont riches et estiment que leurs frères espagnols sont un boulet. Solution toute trouvée : l'indépendance. En France, au rythme où vont les choses, il n'est pas exclu que la région île de France ne veuille demain se constituer en République, pour protéger ses intérêts.

Prenons alors garde à notre égoïsme. Il n'est ni blanc, ni noir. Il est humain et surtout très sournois. On ne se reconnaît jamais égoïste. Mais, tout le monde l'est, d'une façon ou d'une autre. On doit constamment lutter contre lui, sous peine de devenir insensible aux peines des autres.

Ne soyons pas amnésiques. Le riche d'aujourd'hui ne l'a pas toujours été. Ceux dont on ne veut pas aujourd'hui sont les nantis de demain. Et ce, qu'on le veuille ou non. Un verset du Coran nous dit : « Et ces jours-là (de bonheur comme de malheur) nous les changeons constamment entre les hommes ».

De même qu'on ne reste jamais éternellement jeune, de même on ne peut rester éternellement riche. L'autre n'est qu'une prolongation de notre personne, notre reflet, dont on ne saura jamais se défaire. Partageons, et il y aura moins ou pas de guerre du tout. Cessons d'être égoïstes et le monde ira mieux. Voilà ce que m'a inspiré le brexit.

Très humainement vôtre.

 

Secrétaire Général Adjoint du Conseil Théologique Musulman de France (CTMF).

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