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BHL en toute irresponsabilité

« Pour le philosophe, âgé de 63 ans, l’aventure libyenne est l’accomplissement de toute une vie. Il tient enfin le grand roman de la liberté. Après le calvaire de Sarajevo, après l’annulation de la visite de l’Afghan Massoud à Paris, après la non-ingérence armée au Darfour : la Libye, opération réussie ! BHL, en nouveau Byron romantique, s’est vu en émancipateur d’un peuple. En toute sincérité. » pouvait-on lire en conclusion d’un article fleuve consacré à l’épopée libyenne de Bernard-Henri Lévy (Le Monde du 9 novembre).

« En toute irresponsabilité » aurait été une appréciation plus juste portée sur l’action du philosophe. Car si on adopte cette vision rétrospective de son flamboyant parcours d’intellectuel mondialisé au service de la cause de la liberté, alors il convient de rappeler que, bien avant son coup d’éclat en Libye, BHL avait déjà “libéré” Sarajevo de la présence serbe en 1995 et “libéré” deux fois l’Afghanistan : une première fois de l’occupation soviétique à la fin des années 80 puis, une deuxième fois, du joug des Talibans en 2001.

Désormais, il ne reste plus à BHL qu’à “libérer” l’Ossétie du sud de la présence militaire russe et la Palestine de la férule du Hamas pour que l’émancipation des peuples soit (enfin) complète. Une fois sa grandiose mission émancipatrice accomplie, le « nouveau Byron romantique » pourra prendre une retraite bien méritée à Saint-Paul de Vence et se consacrer entièrement à la littérature … à moins que ces satanés Talibans profitent de l’interruption prématurée de l’opération Enduring Freedom pour revenir à Kaboul asservir les femmes afghanes.

Au sujet de l’Afghan Massoud, surnommé le « lion du Panshir » auquel BHL voue un véritable culte (au point de le qualifier un peu étrangement dans un de ses fameux reportages pour Le Monde de « musulman des Lumières »), les médias favorables à BHL préfèrent généralement évoquer sa résistance héroïque aux Soviétiques puis aux Talibans plutôt que la période (1992-1995) où il était au pouvoir à Kaboul en tant que ministre de la Défense. Un intermède particulièrement désastreux émaillé par de nombreux bombardements aveugles de populations civiles, ainsi que par des massacres ethnico-religieux – notamment contre les les Hazara – dans lesquels les forces de Massoud sont directement impliquées.

Cette indifférence pour ce genre d’évènements est caractéristique de la démarche de BHL : peu lui importe comment agissent ses amis une fois qu’ils sont parvenus au pouvoir, cela ne l’intéresse plus. Seul compte pour lui l’acte libérateur, l’ivresse qu’il lui procure et la gloire médiatique qu’il en tire.

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