Son rêve semblait impossible. Pourtant, à 74 ans, Abdul Rehman Kumar va enfin accomplir le Hajj grâce à la générosité d’un médecin anonyme. Chaque année, ils partaient. Lui restait. Depuis 1978, cet habitant de Srinagar, principale ville du Cachemire disputé entre l’Inde et le Pakistan, observait en silence le ballet des pèlerins. “Je venais juste pour les voir partir. Ça me suffisait”, confie ce Cachemiri pauvre et sans famille, dans son dialecte ourdou teinté de kashmiri.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais dans cette région meurtrie par des décennies de conflit, un élan de solidarité a tout changé. Une vidéo montrant ce vieil homme aux mains calleuses, posté comme chaque année devant le Hajj House, a fait le tour des réseaux sociaux. “C’est un appel qui a duré trois minutes. Trois minutes qui ont bouleversé ma vie”, raconte Rehman, la voix tremblante. À l’autre bout du fil, un chirurgien orthopédiste de Kupwara, ville du nord du Cachemire, lui offrait ce qu’il n’avait jamais osé demander.
L’histoire de cet homme simple, qui se lavait longuement avant de se rendre au Hajj House par respect pour les pèlerins, a ému bien au-delà de la vallée du Cachemire. “Son humilité nous a tous remis en question”, témoigne un commerçant du centre-ville de Srinagar. Aujourd’hui, celui qui n’avait pour tout bagage que sa foi séculaire prépare enfin son voyage. Dans sa modeste maison du quartier de Nowhatta, près de la célèbre mosquée Jamia Masjid, il range avec soin les quelques affaires qu’il emportera vers La Mecque. “Je n’ai jamais eu de passeport, jamais pris l’avion”, murmure-t-il en examinant son billet avec des doigts tremblants. Après une vie d’attente dans cette ville divisée par les conflits, son miracle est venu d’un simple coup de fil – preuve que les rêves les plus fous peuvent se réaliser, même au Cachemire.



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