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Alain Juppé s’oppose à une loi anti-burkini à laquelle appelle son rival Sarkozy, à cor et à cri

Il semble vouloir se situer résolument au-dessus de la mêlée, quand son ennemi juré, Nicolas Sarkozy, s’escrime à tirer la politique vers le bas, dans un abîme obscur et insondable, Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, refuse de céder aux sirènes du populisme qui se font hurlantes depuis l’abrogation vendredi, par le Conseil d’Etat, des arrêtés anti-burkini sur le territoire national.

« Le meilleur d’entre nous », selon l’expression consacrée de son père spirituel Jacques Chirac, et la grosse épine dans le pied du leader fulminant de la droite de plus en plus droitisée, et de moins en moins républicaine, a rejeté l’idée même de légiférer à tout prix contre le burkini dans un entretien au Figaro publié samedi.

Alors que Sarkozy, le fauteur de troubles professionnel, embrase sciemment les esprits en réclamant une loi, à cor et à cri, n’ayant cure qu’elle soit entachée d’inconstitutionnalité, le maire de Bordeaux, qui s’était déjà singularisé au sein de son propre camp en se prononçant contre l’interdiction du voile à l’université, s’oppose fermement à cette perspective bassement électoraliste.

"Résistons à la tentation d’exiger des lois de circonstance au fil des polémiques médiatiques". "Aujourd’hui, dans l’état de tension et de souffrance dans lequel se trouve la société française, nous serions tous bien inspirés d’arrêter de jeter de l’huile sur le feu", a-t-il déclaré, en précisant qu’il avait désapprouvé les arrêtés anti-burkini, liberticides et discriminatoires, dont les maires de son parti se sont fait les précurseurs enragés.

Et de poursuivre : "Et je le dis à nos compatriotes musulmans: on note aujourd'hui dans cette religion un durcissement, un retour à ce que certains considèrent comme la rigueur originelle, qui peut aboutir à des comportements de prosélytisme proches de la provocation. Il faut calmer le jeu d’un côté comme de l’autre".

Alain Juppé, le promoteur du concept de « l’identité heureuse », dont Sarkozy se moque avec le même cynisme qui le fait ironiser sur son âge, parviendra-t-il à éteindre le brasier de la haine que son rival s’évertue à raviver par tous les moyens ?

Là est toute la question, alors que le mois de novembre se profile à l’horizon et que les deux ténors des Républicains se préparent à des joutes houleuses, l’un soufflant sur des braises incandescentes, l’autre pas, restant "convaincu que l’identité heureuse correspond à une attente profonde de l’opinion".

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