Les effets dévastateurs des armes américaines sur les habitants de Falloujah dépassent ceux d’Hiroshima

Dans l’histoire récente de l’occupation de l’Irak par l’armée américaine, la bataille de Falloujah restera certainement l’un des épisodes les plus noirs. Du 6 au 29 novembre 2004, des milliers de soldats américains réduiront en cendres cette localité située à 70 km à l’ouest de Bagdad dans laquelle des centaines de djihadistes et de résistants irakiens avaient trouvé refuge. Véritable bastion de l’insurrection sunnite, la ville avait été soumise à un déluge de feu pendant des semaines. Le bilan fut très lourd : à côté de la centaine de soldats américains ce sont près de 4 000 personnes qui tomberont du côté irakien dont plusieurs centaines de femmes et enfants.

Dans l’histoire récente de l’occupation de l’Irak par l’armée américaine, la bataille de Falloujah restera certainement l’un des épisodes les plus noirs. Du 6 au 29 novembre 2004, des milliers de soldats américains réduiront en cendres cette localité située à 70 km à l’ouest de Bagdad dans laquelle des centaines de djihadistes et de résistants irakiens avaient trouvé refuge. Véritable bastion de l’insurrection sunnite, la ville avait été soumise à un déluge de feu pendant des semaines. Le bilan fut très lourd : à côté de la centaine de soldats américains ce sont près de 4 000 personnes qui tomberont du côté irakien dont plusieurs centaines de femmes et enfants.

Aujourd’hui, la chaîne Al Jazerra nous apprend que les retombées de cette offensive sont désastreuses au niveau de la santé publique : dans toute la région de Falloujah, le nombre de nourrissons nés avec des malformations ne cesse d’augmenter de façon alarmante et les cas de cancer et de maladies génétiques graves se multiplient.

L’émission Bila Houdoud (“Sans limites“), un des programmes phares de la chaîne qatarie, a en effet consacré son émission fin juin à ce drame. L’invité du jour était le Professeur Chris Busby, un des spécialistes britanniques les plus réputés en matière de maladies cancerigènes[1]. Son constat est sans appel : son enquête de deux mois menée auprès de 711 foyers de la région de Falloujah regroupant plus de 4 000 personnes l’amène à la conclusion suivante : les effets dévastateurs de l’utilisation démesurée d’armes de destruction massive, chimiques et radiologiques ont engendré des rétombées terribles sur la population locale.

Il faut dire que l’armée américaine ne s’était pas gênée. Pendant son offensive, les Marines avaient largement fait appel à toute la panoplie d’armes chimiques pourtant interdites par les conventions internationales : des centaines de tonnes de bombes au phosphore blanc (les mêmes que l’armée israélienne utilisera à Gaza quelques années plus tard), au napalm, à fragmentions et à l’uranium appauvri avaient été déversées sur la ville. De nombreux témoignages faisant état de corps humains trouvés "fondus" dans les rues attestaient déjà à l’époque de l’utilisation de ces armes prohibées. Comme souvent, le Pentagone avait d’abord nié avant de se rétracter devant les preuves accumulées par de nombreux journalistes.

Aujourd’hui c’est une équipe médicale occidentale qui confirme ces faits en y ajoutant l’information frappante selon laquelle des générations entières d’Irakiens sont désormais condamnées à vivre avec des maladies atroces. Selon le Professeur Busby, les conséquences de l’attaque de Falloujah sont proportionnellement plus dramatiques que celles causées par l’utilisation de l’arme atomique à Hiroshima et Nagasaki[2]…

Dans un pays aux infrastructures sanitaires sinistrées, on imagine le mal que peut causer ce genre de pathologies. Car l’Irak est exsangue : depuis le début de la guerre, des milliers d’universitaires, intellectuels, et médecins ont été exécutés et des dizaines de milliers d’autres ont fui le pays le vidant de ses principales forces vives. Véritable bombe à retardement, les maladies et malformations qui touchent un taux anormalement élevé de la population de Falloujah et de ses alentours obèreront pendant longtemps le développement d’une ville-martyr que l’armée américaine à voulu punir pour donner une leçon à tous ceux qui contesteront son occupation.

Plus largement, c’est tout l’Irak d’aujourd’hui qui souffre dans l’indifférence générale. Le pays qui figurait dans les années 70 comme l’un des espoirs du monde arabe et où les indicateurs de développement humain se rapprochaient de ceux des pays occidentaux, est aujourd’hui, après deux décennies de guerre, renvoyé au Moyen-âge.

Dans n’importe quel endroit du monde, la révélation de telles pratiques et de telles conséquences auraient soulevé un tollé et nombreux sont ceux qui les auraient qualifiés de crimes contre l’humanité. Mais il s’agit de l’Irak dont peu de monde semble désormais s’intéresser et quasiment aucun des grands médias occidentaux n’a relayé les conclusions du Professeur Busby. Les habitants de Falloujah sont désespérés de l’omerta mondiale sur leur drame et indignés par cette impunité collective octroyée à l’armée américaine. Comme pour l’agent orange qui causa des ravages pendant et après la guerre du Viet-Nam, l’US Army ne paiera pas.

Pourtant, à Falloujah comme ailleurs en Irak et dans le monde arabe, tout est malheureusement mis en place pour que les habitants, révoltés, n’expriment leur frustration et leur colère par le seul moyen mis à leur disposition et qui effraie tant l’Occident : la résistance légitime que d’autres appellent “terrorisme“.

Notes

[1] http://www.aljazeera.net/NR/exeres/B5F1C02B-C8D0-461F-B8DB-DAC8E81B6055.htm

[2] http://yubanet.com/world/Genetic-damage-and-health-in-Fallujah-Iraq-worse-than-Hiroshima.php

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Auteur : Nabil Ennasri

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement doctorant à l'Université de Strasbourg et étudiant en théologie musulmane.

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