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Une réconciliation politique au détriment de la cause palestinienne

Si parvenir à un accord de réconciliation nationale entre le Fatah et le Hamas était facile au point d’être bouclé en moins de 24 heures – ce qui est arrivé cette semaine – pourquoi ces deux partis ont-ils omis de le faire les sept dernières années ?

Pourquoi les nombreuses réunions, discussions, et les efforts de médiation arabes au cours des dernières années n’ont-ils pu combler le fossé entre le Fatah et le Hamas, tandis qu’un bref séjour d’une délégation représentant l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), envoyée dans la bande de Gaza par le Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne (AP) , a été en mesure de le faire sans aucune médiation ? Pourquoi l’Accord du Caire de 2011 et la Déclaration de Doha de 2012 ont-ils échoué à leur époque, alors que la réconciliation proclamée aujourd’hui reprend les termes des deux accords précédents ?

Pourquoi les deux organisations ont-elles tout ce temps imposé au peuple palestinien de supporter le fardeau de leur différend, si elles étaient en mesure d’y mettre un terme ? La question la plus importante et la plus vitale est : si le différend entre le Fatah et le Hamas était le résultat de leurs programmes nationaux et visions politiques opposés, comme ils le prétendent, cela voudrait dire qu’ils ont enfin réussi à élaborer un programme national commun ?

L’accord de réconciliation national qui a été annoncé postule clairement la formation d’un gouvernementtechnocratique composé de personnalités en l’espace de cinq semaines, des élections législatives et présidentielles dans les six mois et le renouvellement des institutions de l’OLP afin d’ouvrir la porte au Hamas.

Cela soulève une question évidente sur le programme national commun qui sera en premier présenté aux Palestiniens puis en second à la communauté internationale. Comment ont été résolues les différences fondamentales entre un parti qui voit les démarches pacifiques comme la seule voie pour parvenir à un État palestinien dans les frontières de 1967, et un autre qui croit en la résistance sous toutes ses formes comme la voie pour libérer la Palestine historique ? Un côté a-t-il succombé devant la stratégie de l’autre ?

Les déclarations faites par les deux organisations indiquent que l’accord de réconciliation reconnaît les accords d’Oslo comme cadre de l’Autorité palestinienne, laquelle renouvelera ses institutions à travers des élections. Le chef du Fatah, Azzam al-Ahmed a été très clair à ce sujet : « Nous, Palestiniens, acceptons unanimement un État palestinien indépendant dans les frontières de 1967, la résolution du problème des réfugiés, la pleine souveraineté sur tout notre territoire, et aucune reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif. » Saeb Erekat avait précédé Ahmed en soulignant que « la réconciliation est nécessaire pour parvenir à la paix. » Abbas lui-même n’a pas manqué l’occasion de faire valoir qu’ « il n’y a pas de contradiction entre la réconciliation et la négociation ».

Les dirigeants du Hamas d’autre part se sont exprimés en termes généraux. Le membre du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk, a déclaré : « L’occupation est le seul bénéficiaire de la division palestinienne » … « Le peuple palestinien est le premier intéressé à mettre fin à la division », soulignant qu’il ne niait pas que la mise en œuvre de cette accord devra faire face à beaucoup de difficultés, mais en insistant sur la nécessité de « secouer la poussière et tourner une nouvelle page en allant de l’avant vers la réconciliation. »

Mais Abou Marzouk devrait nous dire comment est-il possible d’aller de l’avant si son parti politique ne répond pas aux questions qui ont été posées en 2006 ? Que faire si la communauté internationale impose ses conditions antérieures au Hamas ? Quelle est sa réponse à ce que Ahmed a déclaré à propos de l’unanimisme palestinien en ce qui concerne la solution à deux États ? Est- il d’accord avec Erekat que la réconciliation est le chemin vers la paix ?

La clarté avec laquelle les dirigeants du Fatah ont confirmé leurs positions habituelles tandis que les dirigeants du Hamas restaient évasifs dans leurs réponses, indique clairement que le Hamas est le maillon faible de cette réconciliation. Même si Abbas a recours à la réconciliation comme à une manœuvre après avoir échoué à obtenir le minimum de ce dont il a besoin de la part du gouvernement de Benjamin Netanyahu, le Hamas y a été contraint par la perte du soutien des Frères musulmans – sa principale source d’appui – et la perte de la Syrie et de l’Iran comme alliés, sans pour autant gagner le Qatar.

Cela signifie que les deux parties ont eu recours à la dite réconciliation nationale uniquement pour améliorer leurs positions politiques et non pas parce qu’elle devra servir la cause palestinienne comme elle est censée le faire. Il est absolument impossible de servir cette cause en l’absence d’un accord clair et précis sur la nature des principes nationaux de base et la façon dont ils peuvent être atteints, que ce soit par la résistance, des négociations ou un compromis entre les deux. L’intérêt de la cause palestinienne ne peut être servi étant donné que l’une des organisations s’est embourbée dans de vaines négociations depuis 20 ans et que l’autre fluctue dans sa position en fonction des circonstances régionales et internationales tout en appelant à une résistance qu’elle hésite à pratiquer depuis 2006.

La réconciliation dont ils se vantent confirme une fois de plus que l’AP en tant qu’institution avec les Accords d’Oslo comme cadre de référence est devenu un point de consensus entre toutes les parties. Ils sont en désaccord sur leur part du gâteau, mais ils ne sont pas en désaccord sur le fond. Sinon quelle serait la raison du Hamas de revenir à ce pouvoir par le biais de nouvelles élections, après une première tentative qui a prouvé sans l’ombre d’un doute que manœuvrer de l’intérieur cette institution était une tâche impossible ? S’il a justifié sa participation aux élections de 2006 par la mort des accords d’Oslo au cours de la deuxième Intifada, quelle est cette fois-ci sa justification ? Comment Abbas peut-il menacer de remettre les clés de cette autorité alors qu’il est censé demain faire appel au peuple palestinien pour en obtenir une légitimité ?

Si Abbas avait été sérieux au sujet de sa menace, il aurait utilisé l’accord de réconciliation nationale comme une opportunité pour appeler toutes les organisations palestiniennes à s’investir dans un atelier national ouvert visant à élaborer des scénarios et des alternatives pour l’ère post-AP. Si le Hamas adhère encore à l’idée de la Palestine historique, il aurait refusé de participer à une réconciliation sur la base d’élections régies par les Accords d’Oslo.

Laisser toutes ces questions en suspens, sans réponses et notamment de la part du Hamas, indique que ce qui s’est passé dans la bande de Gaza hier n’est rien d’autre qu’un spectacle, une forme infantile et hypocrite de la politique pratiquée par les dirigeants des deux organisations, et cela à l’encontre du peuple palestinien. C’est aussi une question de partager des intérêts et non d’en terminer avec cette scission. Mais même si nous admettions que cette réconciliation mette réellement fin à la division , alors c’est sans aucun doute au détriment de la cause palestinienne et de ses principes fondamentaux.

Al-Akhbar – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://english.al-akhbar.com/conten…
Traduction : Info-Palestine.eu – Al-Mukhtar

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